Euro2012: Comment l'Ukraine passe à côté de sa compétition

7 contributions
Publié le 14 juin 2012.

FOOTBALL - L'Euro a lieu dans l'indifférence et l'incompétence la plus complète...

De notre envoyé spécial en Ukraine

«Il ne se passe rien ici.» Le constat est cinglant, triste mais vrai. Habitué de l’ambiance embrasée des grandes compétitions, Thomas «s’ennuie à Donetsk». Supporter des Bleus depuis 1998, il ne comprend pas le désintérêt porté par l’Ukraine pour son Euro. Celui qui devait donner une crédibilité mondiale à ce pays en proie à une grave crise économique.

«Les oligarques nous ont volé l’Euro»

La crise économique, c’est sans doute elle qui fait que les Ukrainiens s’en «foutent du foot». «Ils ont bien d’autres soucis ici, explique Maxime, un français trader dans le charbon et habitué des soirées de Donetsk. Il y a deux semaines, certaines personnes dans la ville n’étaient même pas au courant qu’il y avait l’Euro ici.» On veut bien le croire. Pas de drapeaux ukrainiens aux fenêtres, pas de posters de Shevchenko (pourtant l’idole du peuple) aux murs, pas de supporters délicieusement alcoolisés et enthousiastes dans les rues.

>> France-Ukraine est à vivre en live comme-à-la-maison dès 17h50 vendredi

Il faut dire qu’ici, les classes sociales sont bien établies et terriblement déséquilibrées. Le salaire moyen est de 300 euros et pourtant les Porsche Cayenne déboulent dans les rues. Les oligarques contrôlent tout. «Il nous ont volé l’Euro, explique Andrei, serveur de 22 ans. Ils décident de tout, financièrement, politiquement. Ils ont profité de l’événement pour se faire encore plus d’argent. Par exemple, les billets de matchs (NDR: le stade n'était pas plein lors de France-Angleterre) étaient incroyablement chers, tout le monde est un peu dégoûté par ça.»

«Le camping sera peut-être fini pour la fin de la compétition»

C’est dommage, Donetsk est une ville jeune et dynamique, son centre-ville tout à fait agréable. Sauf que si vous ne le savez pas, rien n’indique que l’Euro est là. Dans les points d’aides installés par l’UEFA un peu partout, les bénévoles jouent aux cartes. Dans la Fanzone, seuls les matchs de la Russie et de l’Ukraine font recette. Pendant Portugal-Danemark, la poignée de supporters présente devant les deux écrans géants – immenses – pourrait s’installer dans le salon d’un appartement parisien. Il faut dire que rien n’a été fait pour les attirer. Entre les prix prohibitifs, les logements inaccessibles, l’insécurité politique, ils n’ont pas eu le courage de faire le déplacement. Ils n’ont pas forcément eu tort. «Le camping où l’on dort est encore en train d’être construit, les tracteurs passent toute la journée… Il sera peut-être fini pour la fin de la compétition, se marre Thomas. Et à partir de 6 heures du matin, on ne peut pas plus dormir tellement il fait chaud.»

Résultat? A peine 1.000 Français, pas plus de 3.000 Anglais, pourtant habitués à retourner les villes dans lesquelles leur équipe joue. Et ils ont du courage. Le nouvel aéroport n’est pas encore terminé, l’office de tourisme spéciale Euro n’a toujours pas ouvert ses portes, l’autoroute près de Kirsha (centre d’entraînement des Bleus) est en construction. Bref, l’Ukraine n’est pas prête pour cet Euro et son peuple n’en veut pas. «Tout ça commencera à prendre si l’équipe fait des bons résultats», analyse cependant Andrei. Il tient donc aux Bleus de ne pas réveiller le pays… 

Bertrand Volpilhac, à Donetsk
Mots-clés
Newsletter
SPORT

En fin de matinée retrouvez toutes les infos indispensables du sport

publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr