Ukraine: «Ici, ce n'est pas pour se moquer qu'on appelle le Noir: Le Nègre»

8 contributions
Publié le 11 juin 2012.

FOOTBALL - Président d'une association d'aide aux étudiants africains en Ukraine, Maïga Ibrahim Ali, d'origine malienne, évoque pour 20 Minutes la question du racisme...

L’Ukraine, il connait plutôt bien. Installé à Donetsk depuis 26 ans et marié à une locale, Maïga Ibrahim Ali, la cinquantaine bien plus entamée que son sourire, préside l’association Ukrainian-African Community, composée de 300 membres et dont les objectifs sont de «sauvegarder les intérêts des étudiants africains et de les accompagner tout au long de leurs études». Souvent confronté aux problèmes de racisme dont cet Euro risque d’être une nouvelle fois le témoin, il décrit pour 20 Minutes la xénophobie ambiante dans le pays, tout en affirmant que ce le racisme n’est qu’un «racisme d’ignorance» et «socio-économique».

On entend beaucoup de choses sur l’Ukraine et ses tendances racistes. Est-ce justifié?
Depuis que je suis là, je n’ai pas particulièrement rencontré de telles choses. C’est vrai, on parle souvent de racisme et de ce genre de choses, mais je considère qu’il y en a aussi dans d’autres pays, partout. Il faut bien comprendre que le racisme est condamné par la loi ukrainienne et que la milice (ndr: terme qui désigne la Police) intervient dès qu’il y a des appels en ce sens. Il existe un certain banditisme, mais qui est lié aux problèmes socio-économiques dans ce pays. Quand on voit un étranger – un noir par exemple – dans la nuit à 1 heure du matin, on pense qu’il y a quelque chose à gagner avec lui donc on peut s’attaquer à lui parce qu’il est noir. Pas forcément par racisme, mais pour lui voler de l’argent.

Il n’y a pas de haine exacerbée envers les noirs? Tous les étrangers sont ciblés?
Ca peut être les arabes, les Français souvent, les Russes, beaucoup les Géorgiens aussi… Tout ça est lié à la crise économique.

Certaines de vos étudiantes se plaignent pourtant d’attaques injustifiées…
Ces cas d’attaques existent, mais la Milice intervient dans les mesures les plus strictes. Ici ce n’est pas comme en Russie où il y a un parti politique qui dit «les Noirs, dégagez de ce pays». On ne raconte pas choses-là en Ukraine… Après il y a peut-être un vent qui souffle depuis la Russie.

Donc elles existent bien, ces attaques purement racistes?
Ca arrive. Il y a ces incidents, mais il y en a certainement aussi en France, non? Comme ici nous sommes très peu, ça se voit beaucoup plus. Nous ne sommes que deux maliens dans tous le pays. Donc on se connait tous, les Africains. Chaque dimanche, on se rencontre pour se parler de ses problèmes.

On sent que vous avez presque envie de défendre l’indéfendable…
Défendre? Pourquoi? Je n’ai aucun intérêt à défendre ce pays vis-à-vis de ma propre race. Le problème dans ce pays, c’est que le noir est très mal connu. Ce n’est pas pour se moquer qu’on appelle le noir le nègre, ce n’est pas une question de racisme. C’est que les Ukrainiens ne connaissent pas la question. On leur explique à l’école depuis le soviétisme que le noir est de la race nègre. Ici ça arrive que les gens nous disent «Monsieur le Nègre, excusez-moi je voulais vous demander quelque chose». Ils ne comprennent pas que ce terme peut faire du mal, qu’il est offensant. Les américains disent afro-américain, ici il n’y a pas cette éducation. C’est un racisme de différence, d’ignorance. Mais s’il y a des attaques envers les noirs, c’est parce qu’ils sont étrangers. Et si tu es étranger, c’est que tu as des millions de dollars.

Pourquoi?
Car je vous le dis franchement, c’est impossible pour un étudiant étranger de trouver un emploi dans ce pays, que vous soyez français ou autre. Tous ceux qui sont installés travaillent pour une organisation étrangère. Les étudiants étrangers n’ont pas le droit au travail. Ou alors illégalement, mais il y a beaucoup de contrôles. Quand vous finissez les études, votre VISA se termine et n’est pas renouvelé. C’est obligatoire. Chaque année, il faut le prolonger. Il n’y a pas de VISA pour cinq ans car on se demande chaque année si l’étudiant sera en moyen de financer ses études. Et après, à la fin des études, on vous donne trois mois à quitter le pays. Voilà le système ukrainien.

Que font vos étudiants du coup en fin d’études? Peuvent-ils rester illégalement?
Ils rentrent automatiquement au pays. Tous. C’est impossible de travailler légalement. Illégalement non plus: ce n’est pas qu’ils ne veulent pas des noirs, mais travailler 12 heures par jours pour 5 à 10 dollars… Et comme je le disais, il y a pas beaucoup de contrôles. L’immigration illégale commence un peu, aussi. Mais c’est minime. Vous arrivez pour les études, vous pouvez vous payer une année de scolarité et après vous vous dispersez dans le pays. Mais on revient au même problème: vous êtes automatiquement recherchés, et vous avez la milice sur le dos. Et quand vous êtes noirs ici, vous avez souvent des contrôles d’identités où il faut présenter  votre carte de séjour, justement pour éviter cela.

Propos recueillis par Bertrand Volpilhac, à Donetsk
Mots-clés
Newsletter
SPORT

En fin de matinée retrouvez toutes les infos indispensables du sport

publicité
publicité

Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr