Euro 2012: «S'il y a un problème Nasri, ce n'est pas la faute de Nasri, c'est la faute de Blanc» pour Simon Kuper

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Publié le 27 juin 2012.

FOOTBALL - Le journaliste et spécialiste de l'économie du sport Simon Kuper montre comment les règles économiques peuvent expliquer le foot, et s'attaque au cas de l'équipe de France...

Dans Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux qui marquent le plus de buts (Ed. De Boeck), Simon Kuper et Stefan Szymanski décryptent les lois économiques qui régissent le foot. Le premier nommé revient pour 20 Minutes sur les enseignements de l’Euro.

Quelle est la part d’instinct et la part de science économique dans le foot?

Il y a des choses qu’on sent en football. L’instinct est souvent bon, mais cela ne suffit pas. L’instinct peut aussi vous tromper. Prenons l’exemple des corners. Beaucoup pensent que les corners sortants sont les plus efficaces, mais statistiquement, ce sont les ballons rentrants qui provoquent le plus de buts. Manchester City a fait une grande étude là-dessus. Au début, Mancini, le manager était dubitatif. Il pensait cela car les buts sur des ballons sortants sont plus spectaculaires. Mais l’instinct de Mancini le trompait. Manchester City l’a finalement convaincu, et le but de la victoire face à Manchester United, qui est un peu le but qui a offert le titre à City, a été marqué par Vincent Kompany sur un corner rentrant.

Y-a-t-il une explication statistique aux comportements de certains joueurs de l’équipe de France comme Nasri?

Un des chapitres du livre porte justement sur comment gérer les joueurs, notamment de cultures ou de générations différentes. Pour moi, Domenech puis Blanc ont eu du mal à gérer de jeunes joueurs qui ont une certaine défiance vis-à-vis de l’entraîneur. Blanc ne comprend pas des comportements comme celui de Nasri ou Menez. Pour lui, ce n’est pas professionnel. Mais la solution, ce n’est pas de virer Nasri, de dire qu’il est mauvais. Il n’est pas mauvais, il réussit très bien sa vie professionnelle: s’il est en équipe nationale, c’est qu’il a réussi une très belle saison avec Manchester City. Nasri peut être très utile en équipe de France. Je l’ai vu jouer face à l’Angleterre, et j’ai trouvé que c’était le meilleur joueur sur le terrain. Les entraîneurs sont là pour faire fonctionner les joueurs, les joueurs ne sont pas là pour obéir à l’entraîneur. S’il y a un problème Nasri, ce n’est pas la faute de Nasri, c’est la faute de Blanc. C’est très facile d’entraîner des joueurs très professionnels comme Lilian Thuram. Il est toujours là, il est toujours à fond. Rijkaard m’avait dit: «Moi, je ne parle pas trop à Thuram, il n’a pas besoin de moi.» Un bon entraîneur doit aussi pouvoir entraîner Ben Arfa ou Nasri. Hiddink, qui a eu à gérer le cas Romario, pas toujours présent à l’entraînement, et pas très professionnel m’a expliqué: «Tu peux virer Romario, mais ça, c’est trop facile.»

Quelle est la solution?

Dans le foot, on a cette tradition autocratique: l’entraîneur fait tout, décide de tout. Je ne crois pas que ce soit le plus intelligent. On a besoin, comme l’Olympique lyonnais l’a fait les années où ils ont tout gagné, de plusieurs têtes pensantes pour se partager les responsabilités. C’est comme ça que l’Allemagne fonctionne depuis les années Klinsmann. L’équipe de France a besoin d‘autres décideurs que Blanc, car les entraîneurs ne sont souvent pas capables de gérer des gens différents. Il y a cette culture d’obéissance dans le foot professionnel: tu m’obéis, tu donnes tout pour l’équipe ou c’est la porte. C’est pour ça que la France a joué la Coupe du monde 2010 sans Nasri, Benzema ou Ben Arfa. Ça n’a pas donné de super résultats. Avec un staff qui peut les gérer, vous aurez une bonne équipe.

Les sélections présentent en demi-finale à l’Euro sont-elles celles qui utilisent le plus les statistiques?

Pas toutes. Je pense que les Espagnols ne le font pas. Les Allemands eux sont les meilleurs. Tout le monde analyse les coups-francs, les corners, les penaltys, ce qui n’était pas le cas en 2010. Les Allemands, eux, sont déjà passés à la vitesse supérieure. Ils analysent comment joue l’équipe adverse. Ils regardent où sont les défenseurs. Quand on joue à quatre défenseurs, il faut avoir une distance moyenne de 8 à 10 mètres entre chaque défenseur. Si la distance est plus rapprochée ou plus éloigné, c’est une opportunité pour l’attaque. Ils ont vu que les Néerlandais laissaient trop d’espace entre les défenseurs, et ils en ont profité. Ils regardent aussi d’où partent les attaques. Ce n’est pas toujours le milieu créatif le déclencheur. Aux Pays-Bas, c’est Sneijder le milieu créatif, mais ce qu’ont regardé les Allemands, c’est qui passait le ballon à Sneijder, et c’est là qu’ils ont essayé de bloquer l’attaque.

Propos recueillis par Pierre Koetschet
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