Entre larmes, recueillement et chants de supporteurs, la ville brésilienne de Chapeco a rendu samedi dans son petit stade archi-comble un ultime et déchirant hommage à son équipe de football, décimée lundi dans le crash de l'avion qui la transportait en Colombie. Bravant une pluie battante, des milliers d'habitants de cette petite ville du sud du Brésil se sont massés dans la matinée tout au long du trajet du cortège funèbre, entre l'aéroport et le stade, pour saluer la mémoire de ses champions décédés.

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Des fusées d'artifices tirées depuis le stade ont illuminé le ciel de Chapeco au moment où se sont posés à l'aéroport les deux appareils de la Force aérienne brésilienne rapatriant les dépouilles.

Une sensation «horrible»

«La sensation est horrible, regarder et savoir que mon fils va entrer ici dans un cercueil», a confié Ilaide Padilha, la mère de Danilo, le gardien de but de l'équipe, âgé de 31 ans, ovationnée juste avant par le public à son arrivée sur la pelouse.

Un par un, 50 cercueils blancs protégés de la pluie par des bâches de plastique transparent et portant l'inscription du nom des défunts, ont été débarqués sur le tarmac où des militaires formaient une haie d'honneur. Les cercueils ont ensuite été chargés à bord de quatre camions aux bâches découvertes qui les ont très lentement transportés jusqu'au stade où ils ont été exposés au bord de la pelouse sous un chapiteau.

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Les proches parents des victimes se serraient dans les bras en sanglots, sous les regards émus de 19.000 amis, proches, et supporteurs massés dans les gradins sous des parapluies. Sur une grande banderole déployée au bord de la pelouse, où étaient déposées des couronnes de fleur, on pouvait lire: «dans la joie comme dans les moments les plus difficiles, tu sors toujours vainqueur».

Des militaires portent les cercueils des victimes du crash aérien
Des militaires portent les cercueils des victimes du crash aérien - Andre Penner/AP/SIPA

Beaucoup dans le public portaient les maillots vert et blanc du Champenoise. D'autres des tee-shirts floqués des photos des joueurs qui les avaient tant fait vibrer tout au long d'une saison de rêve, avant d'être fauchés aux portes de la gloire.

«Un cauchemar»

«Nous sommes très tristes. Nous vivions un rêve avec eux. Ils nous donnaient tant de joie», a témoigné Roniele Pizini, 34 ans, employée de bureau à Chapeco où un deuil de 30 jours a été décrété.«Aujourd'hui, c'est un cauchemar. Toute la ville pleure, même la pluie, pour tous ceux qui sont morts, sans oublier les journalistes», a-t-elle ajouté en éclatant en sanglots.

Le président brésilien Michel Temer et celui de la Fédération internationale de football (Fifa) Gianni Infantino avaient pris place dans les tribunes, où ont retenti les hymnes du Brésil et du club. Après de brefs discours officiels, le speaker a lu au micro les noms des joueurs et membres de l'encadrement techniques décédés, qui ont été salués à tour de rôle par les ovations du public.

La cérémonie s'est poursuivie dans un profond recueillement, entre musiques funèbres, salve d'honneur, minute de silence, et un hommage religieux oecuménique pendant laquelle un message de solidarité et condoléances du pape François a été lu. Au même moment, à Barcelone, où se disputait le championnet d'Espagne de football, les 22 joueurs du Real Madrid et du FC Barcelone ont respecté une minute de silence à la mémoire des victimes.

Au total, 77 personnes ont péri dans le crash de l'avion de la compagnie charter bolivienne Lamia. Parmi elles, une vingtaine de journalistes dont les dépouilles ont été rapatriées par avion séparément.