Euro 2016: Arbitrage maison et «grosse escroquerie»... Bienvenue à l’Europeada, l’autre Euro

FOOTBALL L’Europeada, compétition réservée aux minorités linguistiques, dont l’Occitanie, s’est terminée dans la confusion, samedi au Tyrol du Sud, en Italie…

Nicolas Stival

— 

En marge de l'Euro 2016, l'Europeada a eu lieu au Tyrol du Sud, en Italie, du 18 au 26 juin.

En marge de l'Euro 2016, l'Europeada a eu lieu au Tyrol du Sud, en Italie, du 18 au 26 juin. — AOF

Non, l’Europeada n’est pas une danse imaginée à Bruxelles pour redorer le blason de l’Union Européenne, secouée par le Brexit. C’est une compétition organisée tous les quatre ans et réservée aux minorités linguistiques, dont la troisième édition s’est achevée samedi soir dans le Tyrol du Sud (ou Haut-Adige), région italienne en majorité germanophone. Alors que Portugal et Croatie préparaient leur purge dans le « grand » Euro, l’Europeada se finissait dans la confusion.

« C’était une grosse, grosse escroquerie », témoigne Nicolas Desachy. En proie à une colère froide, le président de l’Associacion occitana de fotbòl (AOF), n’a pas digéré les finales perdues par les sélections féminine et masculine, les seules venues de France, chaque fois face au pays hôte.​

>> A lire aussi : VIDEO. Dans l’ombre des Bleus, l'Occitanie prépare aussi son Euro

​« Les filles ont un peu déjoué, mais elles ont reçu un carton rouge pas du tout mérité, c’est le début de l’escroquerie, détaille le chef d’entreprise de 34 ans. Et chez les garçons, l’arbitre a sorti un rouge pour un deuxième jaune à un joueur qui n’avait pas été averti, sifflé un penalty totalement imaginaire que notre gardien sort, et oublié de siffler des fautes assez incroyables. J’ai dû retenir mes joueurs, en leur disant qu’on n’était pas des voyous en Occitanie, mais il n’en fallait pas beaucoup pour distribuer des claques. »

Il faut dire que le fait de désigner des arbitres locaux ne facilite pas, a priori, l’impartialité des décisions. « Le FUEN (ONG basée en Allemagne), en charge de l’organisation, réfléchit à ce problème », assure Desachy. Cependant, d’autres matchs ont été perturbés : ainsi, lors de la demi-finale masculine face aux Occitans, les Croates de Serbie avaient quitté la pelouse dès la 36e minute pour protester contre un penalty et deux expulsions. Ils ont perdu la rencontre sur tapis vert…

En match de poule, l'Occitanie avait torpillé les Slovaques de Hongrie (4-1).
En match de poule, l'Occitanie avait torpillé les Slovaques de Hongrie (4-1). - AOF

« Ils n’avaient même pas le niveau de DH (sixième division) », observe Nicolas Desachy, dont la sélection masculine comptait de nombreux joueurs ayant évolué en CFA ou CFA2, et l’équipe féminine des éléments de D1 ou D2, dont une internationale A française (Rose Lavaud). Chez les hommes, seuls le Sud Tyrol et les autres demi-finalistes (les Slovènes de Carinthie) avaient un niveau CFA. »

On pourrait penser lire les paroles d’un mauvais perdant. Mais la « contre-cérémonie » de samedi après la finale masculine laisse penser le contraire : plusieurs équipes ont préféré acclamer les finalistes malheureux plutôt que les vainqueurs. Un peu de baume au cœur avant dix heures de voyage retour en minibus vers la nouvelle région Occitanie.​

>> A lire aussi : La région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées sera rebaptisée Occitanie

​Le budget total du périple était de 20.000 euros pour six jours de compétition, dont plus de 3.000 dénichés grâce au financement participatif. « Chaque joueur et joueuse a posé des congés et déboursé 250 euros », ajoute Nicolas Desachy. Un peu cher l’« escroquerie », même si le versant culturel du voyage adoucit un peu l’amertume : cours d’occitan délivrés par le sélectionneur masculin, Didier Amiel, un spectacle pour présenter les différentes minorités linguistiques en compétition, et même dégustation de fromages dans une ferme d’altitude.

« On est en cours de réflexion pour savoir si on participera, ou pas à la prochaine édition », précise toutefois le président de l’AOF. Pourquoi pas, si l’Occitanie amène ses arbitres…