Loïc Féry (Lorient): «Au départ, on m'a pris pour un original dans le foot»

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Publié le 22 novembre 2012.

FOOTBALL - Patron d'un fonds d'investissement à Londres et d'un club de L1, Lorient, il compare le monde de la finance et celui du foot...

Au départ, il trouve que la comparaison n’est pas «relevant» [pertinente]. Mais Loïc Féry, président du FC Lorient et actionnaire majoritaire de Chenavari, une société de gestion à Londres, a fini par se «prendre au jeu». Et comparer le milieu de la City et celui de la Ligue 1, loin des clichés des jeunes «pros qui débutent et des traders fous», comme l’explique ce natif de Nancy.

Est-il plus difficile de recruter un trader pour votre société de gestion qu’un joueur pour le FC Lorient?

Ce n’est pas la même chose… Si Christian Gourcuff me dit qu’Alain Traoré, c’est sa priorité, à ce moment-là, le directeur général du club attaque les discussions. Moi je vais essayer de convaincre et d’expliquer quel est le projet, où va Lorient… Mais je ne vais pas me poser la question «est-ce qu’on a plus besoin d’un joueur au profil technique?». Dans ma société, si je dois recruter quelqu’un pour s’occuper de la dette immobilière, je serai beaucoup plus impliqué dans la validation stratégique et je verrai beaucoup plus de candidats. Ce qu’il y a de similaire, c’est la question des valeurs. Je suis un grand partisan du travail, parce que ce qui est sûr, c’est qu’on n’arrive à rien de grand sans beaucoup de travail. Ensuite le collectif: ce n’est pas avec des sommes d’égos qu’on va arriver à quelque chose dans l’entreprise, ou dans l’équipe. Là-dessus, j’ai le même discours au club qu’avec mes équipes à Londres. 

Si les sommes ne sont pas les mêmes, vous avez calqué les salaires de vos joueurs sur le modèle de rémunération variable de vos traders. Pourquoi?

Dans la finance, il peut y avoir des rémunérations qui sont importantes, mais l’essentiel, c’est que ces rémunérations ne soient possibles que lorsque l’entreprise fonctionne très bien. Ce qui me choquait dans le foot, c’est que les rémunérations pouvaient être très importantes même si le club terminait 20e. J’ai essayé de changer ça. Au départ, on m’a pris pour un original dans le foot. On est peut-être un peu original, mais c’est un modèle économique qui nous paraît équilibré et qui garantit la pérennité du club. Ce n’est pas facile pour un joueur de décider de gagner trois fois moins en salaire fixe pour décider de venir jouer chez nous. Mais il peut gagner beaucoup plus si le club est en ligne avec ses objectifs sportifs. Tous n’ont pas adhéré. Mais on est sûr que ceux qui viennent adhèrent au projet sportif et au projet d’entreprise du FC Lorient. 

Gérez-vous les conflits humains de la même façon chez les Merlus qu’à Londres?

C’est un peu pareil. A Lorient, les conflits au «day-to-day» sont gérés par le DG. Cela m’arrive aussi d’intervenir. Un soir, Kevin Gameiro et Morgan Amalfitano se chamaillaient sur le terrain. Et devant les caméras, en ayant des mots peu sympathiques l’un pour l’autre. Je les ai repris, et de la même manière que j’aurais repris quelqu’un à Londres s’il avait un comportement que je ne juge pas en ligne avec les valeurs de ma société. 

Un mauvais article dans L’Equipe est-il aussi grave pour le FC Lorient qu’un mauvais papier sur votre entreprise dans Les Echos?

On ne contrôle pas tout. Et on sait très bien que dans le foot, il y aura plus facilement des critiques négatives ou positives en fonction de l’humeur du temps. Après, si c’est un mauvais article qui dit n’importe quoi, ce n’est pas un problème. Ce qui compte, c’est que nos clients -et donc nos spectateurs et téléspectateurs à Lorient, et nos investisseurs dans le cadre d’une société de gestion– soient satisfaits. 

La City est-elle un milieu plus compliqué à appréhender que le football professionnel?

Ce n’est pas plus ou moins compliqué. Il y a des codes dans tous les métiers. Il faut toujours un temps pour appréhender les modes de fonctionnement. En l’occurrence, cela fait quatre ans que je suis dans le secteur du foot, je viens d’être élu au conseil d’administration de la LFP… Evidemment, la première année, vous n’allez pas être au courant de tout. Il y a un «process». Quand vous avez vingt ans d’expérience, vous savez que vous en savez plus que quelqu’un qui n’en a qu’une année. 

Vous parlez de votre club comme d’une entreprise. Mais gérez-vous l’aléa sportif?

C’est dur. Le moment du match, par exemple, n’est jamais facile, parce que ce ne sont pas des choses qu’on maîtrise. C’est aussi ce qui fait la magie de ce secteur. Vous pouvez avoir le 15e budget de L1, vivre des émotions extraordinaires: regardez ce qu’a fait Montpellier. Cela prouve que c’est possible. C’est cela qui m’intéresse dans le sport. Il y a cinq ans, notre société de gestion n’existait pas, aujourd’hui elle fait partie des leaders mondiaux. Cela veut dire qu’à Lorient, qui a 85 ans d’histoire, si on a la bonne recette, on peut prétendre à progresser. Cela ne veut pas dire jouer la Ligue des champions, je n’ai pas d’ambition aussi claire que ça. Mais je veux vivre des belles choses. Mon «driver», c’est de faire vivre des émotions fortes aux 18.000 personnes qui remplissent le Moustoir. Cette émotion-là, c’est quelque chose que vous ne retrouverez pas ailleurs.

Propos recueillis par Antoine Maes
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