Affaire Lance Armstrong: «La condamnation du dopage est plus le fait des élites bien-pensantes»

19 contributions
Publié le 23 octobre 2012.

INTERVIEW - Gilles Dumas, cofondateur de la société Sportlab, explique pourquoi le Tour de France survivra à Lance Armstrong...

«Le Tour est plus grand que les coureurs», répète souvent Christian Prudhomme, son directeur. Lance Armstrong à terre, est-ce le coup de grâce pour la Grande boucle? Pas du tout selon Gilles Dumas, cofondateur de la société Sportlab.

Après quinze années de révélations sur le dopage, l’affaire Lance Armstrong est-elle le scandale de trop pour le Tour de France?

Il faut savoir que la condamnation du dopage est plus le fait des élites bien-pensantes que nous sommes que du plus grand nombre, qui finalement, a une condamnation beaucoup moins forte. Dans les études qualitatives, si vous demandez «est-ce que c’est bien ou mal le dopage?» 90% des gens vont dire que c’est mal. Par contre, quand on veut savoir ce que les Français pensent du cyclisme et de son rapport au dopage, on se rend compte que la condamnation est beaucoup moins forte. Il y a une sorte de compréhension du dopage dans le cyclisme par le grand public. Ca leur paraît relativement logique que pour faire 250km, passer quatre cols, par 40° à l’ombre on ait la tentation de se doper.  

Est-ce que c’est encore plus valable pour le Tour de France?

Il y a plus de fans du Tour de France que de fans du cyclisme en France. Quand on demande aux gens pourquoi ils regardent le Tour de France, ils donnent comme réponse les beaux paysages qu’on leur montre à la télé. Le Tour dépasse largement le cadre sportif. Finalement, quand on parle de dopage, les gens considèrent que les coupables sont tout autant les médias qui soulèvent les problèmes et leur gâchent le plaisir. Après, dans ce qui passionne les gens, la clé c'est la souffrance. C'est celui qui accepte de souffrir qui gagne. Jusque-là c'était compréhensible par tout le monde, et puis l'EPO est arrivée. Parce qu'elle supprime la souffrance. Et donc il n'y a pas de défaillance. Au final, l'EPO était mauvaise pour le spectacle du cyclisme.

Depuis l’affaire Armstrong, quelles sont les questions des sociétés que vous conseillez?

Il y a deux types de posture. La première: «Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.» On profite de cette affaire -qui fait suite à l’affaire Karabatic et à un Euro calamiteux- pour dire «décidément, le sport n’est plus porteur, j’ai aucune raison d’y investir». Autre cas de figure: se dire que l’affaire Armstrong, c’est quand même la démonstration que le système fonctionne. Chez SportLab, on a un outil qui mesure la performance sponsoring des marques. On se rend compte que 4 ou 5 des 10 premiers du classement sont des sponsors du cyclisme. Française des Jeux, LCL, Europcar… 

Vous citez deux équipes qui ne gagnent pas beaucoup… Le cyclisme est-il le seul sport au monde dans lequel il faut investir et ne pas gagner?

La Française des jeux est première de notre classement. Un sponsor qui ne gagne pas mais qui est fortement investi dans la lutte anti-dopage. A l’arrivée, dix ans plus tard, il en tire les fruits. Ils ont une position claire. Il y a une bonne manière de savoir qu’on n’est pas dopé, c’est quand on ne gagne pas de course. Je ne dirai pas qu’il ne faut pas gagner. Mais plutôt qu’il ne faut pas gagner à tout prix.

 

Propos recueillis par Antoine Maes
Newsletter
SPORT

En fin de matinée retrouvez toutes les infos indispensables du sport

publicité
publicité
Les dernières contributions

Chargement des contributions en cours

Réagissez à cet article
Vous souhaitez contribuer ? Inscrivez- vous, ou .
Confirmer l'alerte de commentaire
Annuler
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr