Athlétisme: «Christophe Lemaître a mis fin à une anomalie»

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Publié le 7 août 2012.

JEUX OLYMPIQUES - Auteur de «Pourquoi les blancs courent moins vite», le journaliste Jean-Philippe Leclaire s'est intéressé au phénomène Lemaître, en piste pour un podium sur 200m...

Ancien rédacteur en chef de L’Equipe Magazine, Jean-Philippe Leclaire s’attaque à un tabou: le sport et la couleur de peau. Dans son enquête parue avant le début des Jeux Olympiques, ce spécialiste de l’athlétisme s’intéresse aux raisons de la mainmise des athlètes noirs sur le sprint.  Une domination si écrasante qu’elle a laissé penser les blancs n’avaient plus leur place dans les finales mondiales et olympiques. C’était avant Christophe Lemaître.

Votre livre n’aurait jamais existé sans Christophe Lemaître…
J’ai travaillé pendant sept ans à la rubrique athlétisme de L’Equipe et je ne l’ai pas du tout vu  venir. Si on m’avait dit qu’un grand échalas d’Aix-les-Bains serait le premier blanc sous les 10 secondes, j’aurais trouvé ça aussi crédible qu’une victoire de Saint-Etienne en Ligue des champions. Son explosion m’a sauté à la gueule. Sa grande force est d’avoir dépassé le complexe d’infériorité des blancs  dans le sprint. Sans doute parce qu’il ne connaissait rien à l’histoire de l’athlétisme. Il n’avait jamais entendu parler de Carl Lewis par exemple. Il ne s’est pas laissé bouffer  par ce complexe  comme d’autres avant lui. Il remet en cause les idées reçues dans le sprint. Les Jamaïcains sont très admiratifs de ses performances alors qu’ils ont une dizaine de garçons sous les 10 secondes.

Pourquoi?
Quand on met trop l'accent sur l’aspect génétique et le don à la naissance des sprinteurs noirs, on finit par enlever tout mérite à leurs performances. En 1936, les Nazis voient Jessie Owens mettre des raclées aux aryens censés être la race supérieure. Comment expliquer cette domination? Ils vont alors mettre l’accent sur les capacités naturelles des noirs, qui seraient des primitifs sortis de leur jungle. C’est de là que démarre tout ce processus nauséabond de délégitimisation. Or,  ces athlètes ont peut-être eu de la chance à la naissance, mais il y a aussi le travail et la personnalité qui entrent en compte.

Toutes les études scientifiques que vous exposez présentent leurs faiblesses. Pourra-t-on un jour répondre à la question posé par le titre de votre livre?
Une chose est déjà acquise. Toutes les performances sportives s’expliquent par la génétique. Au-delà de notre couleur de peau, nous sommes tous inégaux devant la performance sportive. Il suffit de demander à des gamins de courir 30 mètres. On en verra tout de suite certains plus doués que les autres. La question est de savoir s’il existe des combinaisons génétiques spécifiques à certaines populations géographiques.  Les scientifiques sont divisés sur la question. Gérard Dîne (père du passeport biologique) pense que les athlètes originaires du Ghana, du Nigéria et donc les descendants d’esclaves présentent des combinaisons qui expliquent leur supériorité.  D’autres en sont revenus. Cette question est complexe car la science doit disposer d’un échantillon large pour établir des comparaisons, or, par définition, le champion est rare.

Le contexte social et culturel est-il aussi important, voire plus important, que les prédispositions génétiques?
Il est déterminant et pour le coup on dispose de certitudes sur le sujet.  La domination des Jamaïquains s’explique peut-être par la génétique, mais surtout  par le système de détection et de formation de ce pays qui est unique au monde. Dans le livre, j’explique que le contexte social et culturel est déterminant, mais qu’il n’explique pas pourquoi sur les 80 sprinters sous les 10 secondes, 78 sont originaires d’Afrique de l’ouest.  Il y a quand-même des choses troublantes. Par exemple, les meilleurs marathoniens actuels viennent presque tous de la même ethnie.

Y aura-t-il un avant et un après Christophe Lemaître dans le sprint?
Il peut ouvrir des portes. Est-ce qu’on peut avoir un renversement de situation pour autant? Je ne crois pas. Lemaître a juste mis fin à une anomalie. Depuis 1968, on attendait qu’un blanc passe sous les 10 secondes.  Ses performances peuvent contribuer à vaincre ce complexe, mais il faudrait d’autres Lemaître pour provoquer des vocations.

«Pourquoi les blancs courent moins vite», chez Grasset

Propos recueillis par Alexande Pedro
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