Le judoka français Ugo Legrand, lors de sa troisième place aux Jeux olympiques de Londres, le 30 juillet 2012.
Le judoka français Ugo Legrand, lors de sa troisième place aux Jeux olympiques de Londres, le 30 juillet 2012. - REUTERS

Propos recueillis par Romain Scotto, à Londres

Son cou lacéré de griffures porte encore les stigmates d’une journée particulièrement éprouvante, mais couronnée d’une médaille de bronze. Ugo Legrand a confirmé dès sa première participation aux Jeux le statut d’espoir du judo français, placé en lui depuis son titre mondial chez les juniors il y a quatre ans. A 23 ans, il rêve déjà de l’or à Rio.

Réalisez-vous que vous intégrez le cercle des médaillés olympiques désormais?

Je ne me rends pas trop compte. Je suis heureux c’est sûr, j’ai le sourire aux lèvres. Je suis content que ça se finisse comme ça en battant le numéro 1 mondial. C’était une belle journée. Contre l’Egyptien (en huitième de finale), je m’attendais à un match plus facile. C’était quelqu’un d’un niveau en dessous du mien. En fait il y a eu un tournant dans le match quand j’étais mené. J’ai ressenti la panique, la boule au ventre. Ce match là m’a vraiment traumatisé. Je me suis bien reconcentré. Après, j’avais les nerfs contre Elmond (en quart de finale). Au final je prends une taule encore, mais à la décision, je gagnais.

Etait-il difficile de vous remettre dans le bain pour les repêchages après cette défaite?

Après cette défaite, j’ai essayé d’être le plus «professionnel» possible (il mime des guillemets). Je savais qu’il y avait quelque chose au bout. Finalement, ce n’était pas plus mal d’affronter Wang, le numéro 1 mondial. Il était usé, j’avais ma carte à jouer. Voilà physiquement j’ai mal partout. Mon ischio m’a tiré, mes doigts, mon nez. Je saigne souvent du nez avec la pression. Ça doit monter au cerveau et péter.

Que représente cette médaille de bronze?

Je ne sais pas ce que ça représente. Ce sont mes premiers Jeux. A 23 ans, on m’a dit que c’est énorme une médaille olympique. Quand j’écoute Lucie Decosse, elle dit que sa médaille d’argent à Pékin est plus forte que ses trois titres mondiaux. Je suis pressé de voir. Mais je ne vais rien changer, continuer à m’entraîner pour changer de métal. Je confirme sur les grands podiums mondiaux. Et je  pense à la famille. Pour la lignée des Legrand, c’est marqué au fer rouge.

Comment vous sentiez-vous avant la compétition?

Je n’étais vraiment pas comme d’habitude. J’avais une espèce d’énergie à revendre, quelque chose qui bouillonnait en moi. Un besoin de faire des activités tout le temps, j’étais surexcité. Je pense que c’est de l’adrénaline avec un peu de pression. Il faut être présent le jour J. Je n’ai pas très bien dormi cette nuit. Dimanche, avec Automne (Pavia, également médaillée de bronze), on était en train de se faire masser et on a entendu la Marseillaise des nageurs. On, s’est dit qu’il fallait faire quelque chose. 

Que récompense ce podium olympique exactement?

Il récompense plus de quatre ans de travail. Tout l’investissement, les choix que j’ai faits dans la vie. J’ai arrêté mes études pour faire du judo. Je suis content de ce choix, de changer de club pour aller à Orléans. C’est un travail qui paye. Mon dernier combat a concrétisé quatre ans de travail. Si je terminais cinquième ça faisait quatre ans pour rien. Aujourd’hui, quel bonheur!

De quoi avez-vous envie maintenant?

J’ai envie de manger parce que j’ai été privé pas mal de temps. J’ai envie d’un fast-food. Jai aussi envie de partager ça avec le plus de monde possible.

Saviez –vous que vous combattiez devant François Hollande?

Non pas du tout, je savais que Madame la ministre était là. Mais pas François Hollande. J’étais très surpris et content