Andres Iniesta lors de la finale de l'Euro, le 1 juillet 2012
Andres Iniesta lors de la finale de l'Euro, le 1 juillet 2012 - K.PFAFFENBACH/REUTERS

Bertrand Volpilhac, à Kiev

De notre envoyé spécial à Kiev,

Pour espérer voir l’Espagne tomber, il aurait mieux fallu ne pas l’énerver. Critiquée pour son jeu ennuyeux et parfois inefficace, la Roja a répondu d’une magistrale claque dans le visage du reste du monde. Plus que l’Italie, ce sont tous ceux qui croyaient que le règne du beau à l’espagnol ne pourrait plus durer qui ont perdu dimanche soir à Kiev. Et pas n’importe comment: «C’est un bonheur immense, surtout si on ajoute la forme avec laquelle nous avons gagné.»

Le jeu de 2008

C’est incontestable, l’espace d’un match, l’Espagne a retrouvé la flamboyance de son jeu qui a fait sa réputation. Les dribbles ont fonctionné, les enchaînements ont déstabilisé la défense italienne et comme s’il s’était réservé pour la finale, Xavi a enchaîné les passes lumineuses vers… l’avant. «Nous avons joué notre meilleur match de l'Euro, résume le milieu du Barça, passeur décisif sur les deuxième et troisième buts des siens. Ce fut un match plein en permanence. A titre personnel, j'ai été bien, enfin déterminant.»

Mais ne comptez pas sur eux pour la ramener. Pour vous lâcher un «on vous l’avait bien dit» en conférence de presse. Non, surtout pas. «Tout le monde a son point de vue, son opinion, on n'est pas là pour dire que notre jeu est ennuyeux ou pas, assure l’homme du match Andrès Iniesta. Aujourd’hui on a un super niveau, mais surtout on est resté fidèles à notre jeu.» C’est ça, la clé. Quel que soit l’adversaire, la critique, la météo ou le cours de l’acier à la bourse de Shanghaï, les Espagnols récitent leur leçon, sans rien demander à personne.

«Il n’y a pas qu’un seul football»

«Luis Aragones, le coach lors du titre de 2008, nous a montré la voie à suivre, nous n’avons eu qu’à continuer», reconnaît ainsi le sélectionneur actuel Vicente Del Bosque. Et on va finir par y croire à cette vision presque rationnalisée du football, celle qui veut que l’Espagne ne se soucie que d’elle-même et pratique un jeu qu’elle ne considère pas comme parfait, qui ne lui donne pas l’assurance de gagner, mais qui lui permet simplement d’avoir plus de chance que l’adversaire de l’emporter. «Il n’y a pas qu’un seul football, l’important c’est juste de marquer des buts, poursuit Del Bosque. Ce soir, on a eu de la chance. On a fait un bon match mais tout a marché dans le bon sens pour nous.»

Comme souvent. Car l’Espagne force aussi cette chance. Avec un seul but encaissé dans la compétition, elle possède grâce à sa défense une marge de sécurité qui lui permet de développer du jeu, son jeu. «Peu importe qui marque, lance Iniesta. Moi, sur le terrain, je veux juste me faire plaisir dans ce que je fais et en donner aux gens. On doit être fiers de ce qu’on a fait. Pas que les joueurs mais aussi les supporters et tous ceux qui s’identifient à notre jeu.» Dimanche soir, dans le monde, il y en avait beaucoup.

>> Pour vivre en VO la victoire de l'Espagne sur 20Minutos, c'est par ici