Euro/France: des joueurs humains, trop humains

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Publié le 26 juin 2012.

PARIS - Les footballeurs de l'équipe de France sont-ils contraints par leur maillot d'être exemplaires et irréprochables, ou peuvent-ils être faillibles, comme Zinédine Zidane en finale de la Coupe du monde 2006, finalement pardonné ?

La question agite le microcosme des socio-psychologues, amateurs du ballon rond, au lendemain de l'Euro raté des Bleus, sur le terrain et en dehors, achevé par l'altercation entre Samir Nasri et un journaliste qui pourrait déboucher sur de lourdes sanctions envers l'attaquant des Bleus.

"Quand on gagne des fortunes, 100.000 euros pour un Euro raté, on ne peut pas perpétuellement invoquer l'excuse d'être né dans une cité", relève André Comte-Sponville, philosophe, membre de la Fondation du football, évoquant la thèse répandue d'un football, sport populaire des banlieues, pratiqué par des jeunes moins éduqués que leurs confrères du rugby ou du tennis.

"Il y a un délire médiatique autour du foot. Il n'est pas étonnant que ça monte à la tête. Ca explique ces comportements mais cela ne les excuse pas. A 20 ans, n'importe quel jeune sait que dire +Nique ta mère+ ce n'est pas bien", reprend le philosophe.

Celui-ci souhaiterait que le football applique des sanctions comparables à celles du tennis en cas de mauvais geste, où une injure ou un mauvais geste conduisent à des sanctions, qui peuvent rapidement mener à la disqualification d'un tournoi.

Sociologue spécialisé dans le foot, Stéphane Beaud a écrit en 2010 un ouvrage décortiquant le Mondial calamiteux des Bleus, et notamment l'affaire du bus de Knysna. Il établit la thèse -à décharge- d'un racisme de classe envers les joueurs de l'équipe de France revenus d'Afrique du Sud avec l'image de "sales gosses", et depuis tenus pour tels par la presse et l'opinion.

Une manière d'en finir avec l'exigence d'exemplarité, une vertu encore brandie par le sociologue Patrick Mignon: "Un bon professionnel sait qu'il a un devoir d'exemplarité et fait attention à l'image qu'il renvoie au public à travers les medias", dit-il dans un entretien au Parisien, mardi.

Les dérapages des Bleus n'ont pas commencé en Afrique du Sud, ni en Ukraine. C'est en 2006, lors de la finale de la Coupe du monde perdue face à l'Italie après le célèbre coup de "boule" de Zidane que les footballeurs français ont commencé à flirter avec le fait divers.

Zidane, icône absolue que personne à l'époque n'osa trop vivement critiquer, a finalement désinhibé ses successeurs, unis artificiellement par le maillot tricolore mais tous disséminés dans des clubs étrangers le reste de l'année.

"Le rapport à la nation dans une catégorie professionnelle aussi internationalisée se révèle forcément décalé par rapport à la demande sociale - encore teintée de patriotisme - de la Coupe du monde", écrivait Stéphane Beaud en 2010.

Deux ans plus tard, parmi toutes les équipes majeures présentes à l'Euro, la France est l'une de celles dont les joueurs jouent le plus à l'étranger. Un paramètre qui, entre autres, permet d'expliquer ce rapport distant à la nation.

© 2012 AFP
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