Le sélectionneur du Portugal, Paulo Bento, donne ses consignes à Rolando, le 17 juin à Kharkiv.
Le sélectionneur du Portugal, Paulo Bento, donne ses consignes à Rolando, le 17 juin à Kharkiv. - Y.Herman / REUTERS

Alexandre Pedro

Quand Carlos Queiroz prend la porte de la sélection portugaise en septembre 2010, Paulo Bento n’est qu’un plan B. Comment peut-il en être autrement quand le CV de José Mourinho trône en haut de la pile? Mais l’interdiction de cumul des mandats édictée par le Real Madrid à son «Special One» pousse l’ancien entraîneur du Sporting à la tête d’une équipe à la dérive. Et de quasiment perdu pour la qualification à cet Euro 2012, Bento a transformé son Portugal en demi-finaliste (mercredi 20h45 contre l’Espagne à Donestk). 

>> Espagne-Portugal est à suivre en live mercredi à partir de 20h45

A 43 ans, le plus jeune sélectionneur de la compétition capte enfin la lumière. International à 35 reprises, ce milieu défensif de devoir a toujours évolué dans l’ombre de la génération dorée et solaire des Luis Figo et Rui Costa. Il ne s’en est jamais plaint. Bento est trop conscient que sa carrière tient déjà du petit miracle. «J’aurais très bien pu ne jamais être footballeur, confie-t-il dans un reportage pour une chaîne portugaise. A 20 ans, je travaillais dans le restaurant de mon père. J’avais arrêté mes études à 16 ans, je n’avais aucun diplôme et aucun centre de formation n’avait voulu de moi. J’ai eu la chance qu’on m’offre un contrat (au Estrela Amadora, un club de la banlieue de Lisbonne, NDLR) pour jouer au foot.»

Destiné à reprendre le commerce familial, cet enfant du Bairro Alto (le quartier populaire et branché de la capitale portugaise) dirige aujourd’hui une brigade de 23 hommes. De ses années passées en cuisine, il tire une métaphore culinaire pour résumer sa méthode. «J’aime débatte avec mes joueurs. Evidemment, je ne vais pas les laisser choisir si nous jouons en 4-3-3 ou en 4-4-2, mais on peut leur dire que le plat est un steak et leur demander s'ils le veulent bien cuit ou à point, avec du riz ou des pâtes.»

Il vire Carvalho et Bosingwa

Mais attention, le chef sait aussi transiger dans le vif. Contre l’avis général, il a rayé de la carte un cadre comme Ricardo Carvalho. «Carvalho est un déserteur», justifie-t-il, quand le défenseur du Real quitte un entraînement après avoir appris sa non-titularisation pour un match de qualification. José Bosingwa a connu la même déchéance. Cette force de caractère ne surprend pas Joao Alves, considéré par Bento comme son mentor depuis ses débuts avec l’Estrela Amadora. «Paulo affronte toujours les événements frontalement. Il a une autorité naturelle sans jamais être autoritaire. C’est un don chez lui.»

Moqué par les très populaires humoristes «Gato Fedorento» pour son utilisation abusive du mot «tranquillité», Bento traîne une tache vieille de douze ans. Euro 2000, il empoigne l’arbitre de la demi-finale France-Portugal, à qui il reproche à sa façon le pénalty accordé aux Bleus pour une main d’Abel Xavier. Verdict: six mois de suspension. Au moment de son éviction, Bosingwa ressort le cadavre du placard et dénonce «un homme qui en termes émotionnels a laissé à désirer». «Je ne suis pas fier de moi, mais j’ai toujours assumé cette erreur, plaide le coupable avec le recul. Et si à cause de cette histoire, on avait refusé de me confier la sélection, je l’aurais très bien compris.» Mais José Mourinho n’était pas libre et le voilà de nouveau aux portes d’une finale d’un championnat d’Europe. Pas mal pour un plan B.