Le gardien de l'équipe de France, Hugo Lloris, le 15 juin 2012
Le gardien de l'équipe de France, Hugo Lloris, le 15 juin 2012 - Y.HERMAN/REUTERS

Bertrand Volpilhac

De notre envoyé spécial en Ukraine,

C’est au milieu de la tempête que le capitaine tient la barre. Si cet adage est sans doute vrai sur un bateau –Concordia mis à part-, il ne l’est pas vraiment en équipe de France. Que ce soit pendant le match face à la Suède (0-2) ou après, lorsque le vestiaire s’est embrasé, aucun joueur ne s’est élevé pour «protéger» l’équipe, la rassembler, la calmer. Normalement, c’est le rôle d’Hugo Lloris. Mais on peut difficilement lui en vouloir de ne pas être un beuglard, lui qui a été choisi à ce poste en février dernier justement parce qu’il tranchait avec le style agressif de Patrice Evra, en 2010.

«Hugo fait très bien son rôle de capitaine, estime Alain Boghossian, entraîneur adjoint des Bleus. D’abord, il est loin pour élever la voix sur le terrain et lever la voix quand on le sent, c’est bien, quand on se force, ça ne l’est pas. Il faut que ce soit naturel, quand on essaye de jouer un rôle, ce n’est jamais bon.»

Boghossian: «Le problème ne va pas se résoudre d’ici samedi»

Effacé, Hugo Lloris est «le représentant d’un groupe où tout le monde a le droit de parler», comme le définissait avant l’Euro Cédric Carrasso. En clair, le Premier ministre d’une belle démocratie participative qui fonctionne dans la victoire, mais qui a tendance à se gripper quand ça va moins bien. Et à ce moment-là, personne ne renverse la hiérarchie établie. Alou Diarra en méforme, Philippe Mexès coupable d’un coup de poing en Italie, Eric Abidal malade, tous les hommes forts de Laurent Blanc se sont éliminés les uns après les autres.

Aucun autre non plus n’a émergé pour prendre le vestiaire sous sa coupe. «On ne peut pas claquer des doigts et dire "pourvu qu’il y ait un leader qui arrive", poursuit Boghossian. Le leader, ou il vient naturellement ou il n’y en a pas.» Et quand il n’y en a pas, «on fait autrement. C’est un autre management. Le leader peut être sélectionneur. Aujourd’hui, on fait avec les joueurs que l’on a, il n'y a pas de leader de terrain qui se détache, à nous de s’adapter à ça. Le problème ne va pas se résoudre d’ici à samedi.» 

D’ici là, les Bleus vont donc se parler, communiquer. Comme ils l’ont toujours fait depuis le début de l’ère Blanc, d’égal à égal. Avec réussite, jusque-là. «Il n’y avait jamais eu de problème avant, affirme à qui veut bien le croire Alain Boghossian. Les joueurs se parlent entre eux, ils se disent des choses dans la douche, dans le vestiaire. Ce ne sont pas des Bernardo.» On verra samedi si ça suffit à traverser une tempête.