Euro: les Grecs pressés d'en découdre avec l'Allemagne, leur créancier

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Publié le 20 juin 2012.

ATHENES - Quand la Grèce affrontera l'Allemagne vendredi en quart de finale de l'Euro-2012 à Gdansk, la nation entière, avec la volonté d'en découdre avec un pays dont les dirigeants sont facilement érigés en bouc-émissaire, sera rivée à sa télévision.

Alors que la Grèce s'apprête à entamer dans les prochaines semaines des négociations ardues avec ses bailleurs de fonds, au premier rang desquels figure l'Allemagne, la question des prochains jours sera de savoir si le nouveau Premier ministre grec sera assis aux côtés de la chancelière allemande Angela Merkel pour une photo commune à Gdansk, vendredi.

Car ce match va bien au-delà du football pour la plupart des Grecs. Mme Merkel, son insistance de rigueur budgétaire, et sa volonté de "punir" les Grecs trop dépensiers, est considérée comme la principale responsable de l'austérité draconienne qui leur est imposée. Du coup, elle est devenue une figure honnie d'une grande partie de la presse grecque.

"Angela, tenez-vous prête! Vous avez vu comment vos débiteurs se sont qualifiés?" pouvait-on lire à la une du quotidien sportif Sport Day après la victoire surprise de la Grèce face à la Russie samedi.

"Prendre une revanche"

Le match intervenait à la veille d'élections législatives tendues qui ont apaisé les craintes d'une sortie rapide du pays de la zone euro mais pas les tensions avec l'Allemagne, qui se cristallisent désormais autour d'une éventuelle renégociation du mémorandum de prêt entre la Grèce et ses créanciers.

"Donnez-nous (Angela) Merkel", titrait pour sa part Goal News tandis que le tabloïd Prasini montrait les muscles en lançant crânement: "Ca c'est la Grèce, bande d'imbéciles".

"Pour beaucoup, c'est un moyen, non officiel, de prendre leur revanche", avance Marios Papageorgiou, 30 ans, l'un des millions de Grecs qui devrait suivre le match sur l'un des écrans géants qui devraient être installés à différents endroits de la capitale.

"En matière de football, la Grèce et l'Allemagne sont aussi éloignées qu'en politique, mais en football, tout est possible", estime le jeune homme, qui dit prier pour une victoire de la Grèce. "Psychologiquement, cela aiderait beaucoup les Grecs", assure-t-il.

Les deux équipes se sont efforcées de ne pas exploiter le contexte politique tendu à l'approche du match, à l'instar de l'attaquant Giorgos Samaras -- aucun rapport avec le vainqueur des élections, Antonis Samaras -- qui a déclaré mardi: "On ne peut pas mêler le football et la politique".

"Ce n'est pas bien de faire ça. Le football est un jeu et nous allons jouer pour nous faire plaisir", a-t-il dit lors d'une conférence de presse près de Varsovie.

Mais interrogé sur le conseil donné par Angela Merkel samedi aux Grecs de voter pour une majorité qui respecte les engagements du pays, l'entraîneur Fernando Santos -- originaire, lui, du Portugal, un autre pays sous assistance -- a eu cette réponse: "Le peuple grec est très fier de son histoire et mérite notre respect à ce titre. La civilisation, la démocratie et les sciences ont débuté en Grèce. Il est difficile pour les autres de nous donner des leçons", a-t-il dit samedi.

La fierté grecque

Les tabloïds allemands ont aussi donné une résonance politique au match. Bild n'a pas hésité à lancer: "Pauvres Grecs, on va vous mettre en banqueroute gratuitement cette fois".

Le Berliner Kurier affichait une photo retouchée des joueurs grecs arborant "Allemagne" sur leurs maillots. La légende disait: "Les Grecs reconnaissants tiennent à montrer leurs nouveaux sponsors pour les quarts de finale".

Les supporters grecs se laissent eux aussi parfois emporter par la passion comme par exemple lors d'une rencontre de la Ligue des Champions entre le club grec Olympiakos et allemand Borussia Dortmund l'an dernier où ils ont crié: "Voilà comment on paie notre dette: en vous flanquant une raclée".

Pourtant, le sentiment anti-allemand en Grèce est surtout dirigé contre la politique menée par Mme Merkel et son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, et non l'Allemagne dans son ensemble. Après tout, la Grèce doit sa victoire lors de l'Euro-2004 à un entraîneur allemand, Otto Rehhagel.

"La Grèce a ses chances et va certainement se battre de toutes ses forces", a déclaré ce dernier à Sport Day. "Vu sa passion et son ardeur à concourir, la Grèce peut nous surprendre", a-t-il jugé.

"Nous avons assurément une chance de nous qualifier. C'est un match. Allons-y. Dieu est grand", a déclaré pour sa part le patron de la fédération grecque de football, Sofoklis Pilavios, dans Goal News.

La victoire contre la Russie samedi a fait descendre dans la rue des milliers de supporters, agitant des drapeaux et klaxonnant, quand le résultat du vote n'était fêté que par une poignée de partisans du parti victorieux à Athènes.

Alors que la campagne électorale s'est déroulée dans une atmosphère de tension extrême par crainte d'une sortie de la Grèce de la zone euro si la gauche radicale était élue, les Grecs se sont sentis "très fiers" samedi. "Cela crée un climat d'optimisme et de bonne volonté pour tous les gens", a fait valoir Panayotis Bitsaxis, secrétaire général pour les sports.

© 2012 AFP
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