Karim Benzema au duel avec l'Anglais Scott Parker, à l'Euro, à Donetsk, le 11 juin 2012.
Karim Benzema au duel avec l'Anglais Scott Parker, à l'Euro, à Donetsk, le 11 juin 2012. - DAN ROWLEY/COLORSPORT/SIPA

Bertrand Volpilhac, à Donetsk

De notre envoyé spécial à Donetsk,

Il a conscience d’avoir un impact «infime» sur le résultat d’un match, et pourtant, son rôle dans un staff est tout sauf négligeable. Thierry Maszalek, 20 ans d’expérience dont 14 au service de l’équipe de France, est à la tête d’un groupe de cinq personnes chargées «d'observer les adversaires à travers les matchs ainsi que l’équipe de France pour faire des montages vidéo au staff technique». Description d’un des jobs de l’ombre des Bleus.

Décrypter un match

«Avant chaque match, nous faisons un montage d’une vingtaine de minutes pour présenter aux joueurs les caractéristiques de l’adversaire, d’une manière poussée et approfondie. Pour analyser un match de 90 minutes, on passe six à huit heures dessus. On ne suit pas que le ballon, on a aussi des plans larges donnés par l’UEFA qui permettent de voir le placement de tous les joueurs. Par exemple, face à l’Ukraine, nous avons pu voir que leurs deux ailiers qui n’était pas très connus, Yarmolenko et  Konoplyanka, jouaient faux pied (ndr : un droitier à gauche, un gaucher à droite). Ils rentraient donc systématiquement vers l’intérieur pour frapper. Pour l’analyse de l’équipe de France, nous faisons aussi un montage individualisé pour chaque joueur des ballons touchés. Ca donne des montages qui peuvent durer de 10 minutes pour les attaquants à 25 minutes pour les milieux. Par exemple, Ribéry a touché 100 ballons face à l’Ukraine, son montagne dure 22 minutes, c’est énorme. Par contre, celui de Lloris (rires)…»

Solliciter les joueurs

«Avec des clés USB, on met à disposition des joueurs sur un serveur leur montages vidéo personnels. Tous les joueurs ne le regardent pas systématiquement. Karim Benzema ou Gaël Clichy, par exemple, sont  demandeurs. Ils viennent toujours chercher leur montage individuel de leur performance  et celui de leur prochain adversaire. Mais comme pour tout, certains joueurs ont moins d’affinités avec la vidéo aussi. Il y a un travail de sollicitation à faire de notre part. Mais avec le temps, ça a évolué. Cela dit, on peut être un joueur de haut-niveau et ne jamais regarder ses matchs. Zidane, par exemple, le ne faisait jamais. Et pourtant, je pense que c'était un joueur de haut-niveau (rires).»

Apporter en match et à l’entraînement

«A l’entraînement, nous filmons  toutes les séances et nous avons couplé la vidéo avec le GPS, pour essayer d’avoir un rendu visuel sur les efforts. On a des données en direct, on peut dire à ce joueur-là il faut qu’on arrête un peu, où à un autre qu’il n’a pas donné assez. Pendant les matchs, nous avons installé sur l’Ipad d’Alain Boghossian (entraîneur adjoint) un petit logiciel qui permet de faire des animations. Lorsqu’on fait un changement, on peut expliquer au joueur les conséquences tactiques que ça peut avoir sur l’équipe. Et puis il y a des PowerPoint sur les coups de pieds arrêtés défensifs et offensifs. Chaque joueur a un rôle bien particulier, au marquage, au poteau, en zone. On vérifie que ces rôles sont bien respectés, on informe le staff si ça ne l’est pas et on indique au joueur où se mettre quand il rentre. Nous faisons aussi de l’observation individuelle. On note tous les ballons touchés par les joueurs, on a les stats en temps réel, ça permet de donner des informations et de prendre de l’avance pour l’analyse.»