Andres Iniesta et Juanfran lors d'un entraînnement de l'Espagne, le 8 juin à Gniewino (Pologne).
Andres Iniesta et Juanfran lors d'un entraînnement de l'Espagne, le 8 juin à Gniewino (Pologne). - J.Medina / REUTERS

Alexandre Pedro

De notre envoyé spécial à Gniewino (Pologne),

Ce n’est pas parce que leur terrain d’entraînement est planté devant un champ d’éoliennes, que la Roja a forcément le vent dans le dos en ce début de championnat d’Europe. La  dernière fois qu’une sélection a postulé à une troisième victoire de rang dans un grand championnat, l’affaire s’est terminée dans la honte et la confusion. France 2002 et Espagne 2012, même combat alors?  Gniewino (2.000 habitants mais un complexe sportif flambant neuf) n’a pas grand-chose avoir avec l’hôtel Sheraton de Séoul. Ce lieu de «perdition» où Bleus refaisaient le monde, autour d’un verre, jusqu’à plus d’heures dans la discothèque au sous-sol. «Personne n’évoque un tel scénario en Espagne, rassure Ivan Orio, journaliste pour El Correo de Bilbao. Tout le monde comprend que gagner une troisième fois tient de l’exploit. En revanche, personne n’imagine rentrer après le premier tour.»

Puyol «une absence douloureuse»

Quand on est champion du Monde et d’Europe en titre, il faut s’attendre à voyager avec l’étiquette de favori collée sur le porte-bagage. «Si tu l’as, c’est que tu as le niveau pour gagner cet Euro», observe Gerard Piqué. Mais à l’image  du ciel polonais à deux jours d’une entrée en matière corsée contre l’Italie, les nuages s’accumulent au-dessus de la Roja. Pour la première fois depuis dix ans, elle doit apprendre à vivre sans Carles Puyol. Privé de son chef de meute et capitaine, le troupeau se sent un peu livré à lui-même. «C'est une absence douloureuse pour nous tous, admet le latéral Alvaro Arbeloa. Il va nous manquer sur et en dehors du terrain.»

Ce coup dur oblige Sergio Ramos à glisser dans l’axe de la défense. Si elle séduit déjà toutes les jeunes filles en fleurs du royaume, l’association entre le playboy madrilène et Monsieur Shakira, doit encore faire ses preuves à l’examen. Piqué balaye en une phrase les doutes émis sur cette cohabitation. «Je m’entendais comme dans un rêve avec Carles, mais je suis persuadé  qu’il sera facile de s’adapter avec un joueur de la qualité de Sergio.» Derrière la question de la complémentarité entre les deux hommes, il y  a celle sur l’état des relations entre Barcelonais et Madrilènes. Attisées toute la saison par José Mourinho, les braises pourraient-elle retomber sur la sélection? Ivan Orio fait confiance au sélectionneur Vicente Del Bosque, pour enfiler son plus beau casque bleu. «Les tensions sont derrières nous. Del Bosque a demandé à Xavi et Iker Casillas, de provoquer une discussion entre les joueurs des deux équipes, pour évacuer tous les conflits accumulés cette saison.»

Torres titulaire par défaut?

Mais le joueur qui fait le plus débat, ne porte pas le maillot du Real ou du Barça. David Villa forfait, Fernando Torres récupère sa place à la pointe de l’attaque. Plutôt inespérée pour un garçon qui a accumulé, avec Chelsea, plus de 24 heures d’abstinence et de frustration devant les buts. Comme pas mal d’autres supporters, Auréliano doute à la résurrection de «El Nino». Il n’est pas beaucoup plus convaincu par ses remplaçants.  «On est mal en attaque. Personne n’a la capacité à combiner avec nos milieux comme le faisait Villa. Negredo n’a pas le niveau. Llorente est bon, mais il reste surtout dans la surface pour reprendre les ballons de la tête.»

Malgré ses réserves, Auréliano espère toujours dégoter, au marché noir, une place pour le match contre l’Italie. «Je suis prêt à mettre 160 euro. Pas plus. C’est quand-même la crise chez nous.»  Aux dernières nouvelles, la récession n’a pas encore touchée la Roja. Mais un crack peut très vite arriver. Demandez plutôt aux Bleus de 2002.

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