Tournoi de judo de Paris: Teddy Riner met les idées reçues au tapis

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Publié le 3 février 2012.

JUDO - Avant de viser un cinquième titre d'affilée, dimanche, au tournoi de Paris...

A Bercy, où il a été sacré champion du monde l’année dernière, Teddy Riner est bien chez lui. Le poids lourd du judo français vise dimanche un cinquième titre au tournoi de Paris. L’occasion de découvrir un peu plus celui qui a les yeux déjà braqués sur les Jeux de Londres, en le soumettant à certaines idées reçues.

Vous êtes un judoka invincible. «Quand tu gagnes trop, c’est ce qu’on dit. Simplement, si je ne travaillais pas autant, je ne serais pas le champion que je suis actuellement. Et si je n’avais pas d’adversaires crédibles, je ne serais pas là. Pour moi, tous sont forts. Ils ont tous quelque chose. C’est à moi de trouver quelque chose en plus à chaque fois pour faire la différence.»

Vous êtes un surdoué. «Je ne suis pas d’accord et mes entraîneurs sont bien placés pour le dire. Quand les entraîneurs m’ont vu arriver en pôle espoir, je me faisais démonter par tout le monde. Puis j’ai commencé à faire chuter les adultes parce que j’en avais marre de tomber. Et on m’a amené à l’Insep. Là, j’ai pris cher. J’appelais ma mère tous les soirs. Je lui disais: “Je m’accroche maman, ne t’inquiète pas.” On voyait mes quatre fers en l’air tout le temps. A un moment, j’ai eu un déclic, et j’ai dit: “Non, je ne vais pas tomber.” A la force de caractère. Mais sinon, j’étais un vrai chiffon.»

Vous êtes un grand enfant. «Ah oui carrément. Un gros bébé même. C’est mon surnom. J’ai 22 ans, mais dans la tête… je suis un enfant. Je suis un gars positif. Si tu n’es pas positif, tu n’as rien à faire avec moi. Même quand il y a un drame. Il y a une solution à chaque problème. J’adore les dessins animés, les bandes dessinées par exemple. Les mangas, «Les Chevaliers du Zodiac», «Dragon Ball», «Olive et Tom». J’aime aussi le côté cartoon. Mickey, Dingo, Pluto. Je ne me reconnais pas dans les dessins animés d’aujourd’hui.»

Vous êtes une force de la nature. «Pfff… Vous me verriez en muscu. J’ai un travail structuré, mais ce que je bosse le plus, c’est le judo. Déjà, je n’aime pas la muscu. Mais je ne suis pas une force de la nature. J’en fais parce que j’aime bien mon préparateur physique. Je veux lui faire plaisir. En développé couché, je pousse 160kg. Mais je pense que je n’irai pas plus haut. Proportionnellement, Darbelet ou Bataille sont bien meilleurs que moi. Darbeu’, c’est une machine.»

Vous détestez la presse people. «J’ai été dedans, ça m’a fait rire. C’était des photos volées à Saint-Barth. Tu ne t’y attends pas, tu ne les vois pas. Se planquer pour prendre des photos (il souffle)… Il n’y a plus de vie privée. Ce n’est pas top. Moi je suis un sportif, donc je ne suis pas people. Même avec le succès. Tu deviens people si tu le veux. Moi je fais attention, je ne vais pas n’importe où.»

Vous êtes arrogant en compétition. «Non. Ce n’est pas mon tempérament. Je donne tout ce que j’ai, j’explose en fêtant ma victoire mais je ne suis pas nonchalant ni pas fair-play. Que je fête mes victoires, ce n’est pas apprécié, mais je ne suis pas là pour faire plaisir aux gens. Si ça ne leur plaît pas, ce n’est pas ma faute. Du moment que ça plaît à ma famille et les gens qui m’aiment, c’est l’essentiel.»

Vous pensez que le judo est un sport «coincé». «Il est un peu coincé parce que c’est l’un des seuls qui a un code moral. Les gens veulent rester dans un cadre. Si le judo s’inspirait du tennis, avec de la musique, des tee-shirts lancés dans les gradins, ça prendrait une autre ampleur. Un peu comme la NBA. Mais c’est un sport qui a des valeurs. Et beaucoup ne veulent pas y toucher.»

Vous avez un avenir au cinéma. «Ça me plairait plus tard. On fait les Jeux et après on verra. On m’a proposé de jouer dans des séries, des films. Je me verrais bien dans des films d’action. Moi j’aime beaucoup Chris Tucker dans Rush Hour, Eddie Murphy, Wesley Snipes et Steven Seagal. Il ne meurt jamais dans ses films, celui-là.»

Vous arrêtez le judo si vous êtes champion olympique. «Non. 2012 est un grand point dans ma vie. C’est le début de quelque chose. Il faudra recommencer après. En fait, je vois les Jeux et après on verra. Changer de sport? Non, on verra, franchement. Je veux d’abord juste être champion olympique. Il ne faut pas être gourmand.»

Propos recueillis par Romain Scotto

 

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