Au même titre que le vautour ou le renard, le motard sans assistance est une espèce rare dans le désert d’Atacama. A six jours de l’arrivée, ils ne sont plus que neuf, réunis tous les soirs dans un coin du bivouac autour de leur malle. Depuis 17 ans, l’organisation assure une aide logistique à ces motards solitaires dont tout le paquetage tient dans ces caisses métalliques de 80cm de long sur 40 de large. A l’intérieur, des sous-vêtements, une trousse de toilette et quelques pièces de rechange pour leur moto. Rien de plus. Il n’y a pas la place pour le superflu dans le sac de ces galériens d’un autre temps, en voie d’extinction sur le Dakar.
«C’est de plus en plus compliqué pour eux, avoue David Castera, le directeur sportif de la course. Aujourd’hui, les gens qui partent essaient d’être le mieux entourés possible. Ils font l’effort de sortir un billet supplémentaire pour avoir une assistance.» Mais d’autres, comme Yannick Guyomarc’h, ne le souhaitent pas. Ce pompier de Paris ne ferait pas la course si les «malles» devaient disparaître. Question de principe. Pour lui, il est important de «préparer seul sa moto», de la ménager jusqu’à l’arrivée avec le minimum vital. «Et puis les malles, c’est une ambiance. Je ne suis pas sûr de retrouver ça dans les teams. Globalement, c’est ici qu’on vit le truc. Il y a plus d’entraide. Tant qu’on peut, on va le faire comme ça…»
«Rien n’est fait pour nous aider»
Car la question de la survie des «malles» se pose réellement. Les organisateurs reconnaissent que le service est menacé, évoquant une «démesure» entre les moyens mis en place (un semi-remorque et trois personnes à plein temps) et la réalité. La sécurité de ces pilotes, souvent très fatigués, est également pointée. «Ça me ferait mal mais j’ai peur qu’on nous dise stop. On ne peut rien contre l’évolution de la course», regrette Guyomarc’h. Pour Hugo Payen, un autre motard solitaire, l’abandon des malles moto a déjà commencé. «Ils n’en ont rien à foutre de nous. Rien n’est fait pour nous aider…»
Dans la servante prêtée aux pilotes cette année, il manquerait la moitié des outils. L’année dernière, les pilotes avaient la chance de fonctionner avec deux malles, transportées «en tiroir» d’un bivouac à l’autre, ce qui les assurait de trouver leurs affaires à l’arrivée. Cette année, ils n’ont plus qu’une malle, déposée parfois après leur arrivée au bivouac. Le problème se pose aussi au petit matin. «L’autre jour, il fallait que nos malles soient fermées à 4h. Moi je partais à 8h», peste Guyomarc’h, qui a donc patienté à la belle étoile, laissant s’envoler quelques heures de sommeil juste avant une longue étape. Comme si le rallye n’était pas assez éprouvant pour les galériens du Dakar.