Dakar 2012: Thierry Béthys, le Saint-Bernard du rallye

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Publié le 6 janvier 2012.

RALLYE-RAID - Le Français est devenu le spécialiste du dépannage en pleine course...

De notre envoyé spécial,

Sur le Dakar, certains pilotes partagent des clés de douze ou des disques d’embrayage comme d’autres partagent leur pain. Etre solidaire, c’est ouvrir sa boîte à outil au copain. Lui offrir une assistance de fortune sur le bord d’une route, quand la mécanique fait encore des sienne. Dans ce genre, Thierry Béthys est expert. Au fil des ans, le pilote Yamaha est devenu le spécialiste du dépannage express, quitte à sacrifier ses ambitions personnelles. «En fait, dès qu’il y a un problème avec un pilote, il y a de l’entraide. Je m‘arrête facilement pour essayer d’aider», glisse modestement l’intéressé.

Chaque année, le pilote de 40 ans alerte au moins une fois les secouristes pour une clavicule démise ou un coup de chaud. Au rayon mécanique, il ne compte plus les interventions de fortune. Le dernier grand sauvetage du pompier de service remonte à l’année dernière. Son copain Michael Pisano est bloqué dans un ravin, l’embrayage complètement détruit. Béthys lui propose alors un coup de poker mécanique. «Par chance on avait la même moto. J’ai partagé avec lui mes disques d’embrayage. Il nous restait 300 bornes. On a divisé les miens en deux.» Deux heures et demi plus tard, les deux hommes repartent, laissant chacun de leur côté leur espoirs au général. Mais s’assurant du même coup une place à l’arrivée.

«On le prend au sérieux quand il dit quelque chose»

«Il avait sacrifié son classement pour moi, se souvient Pisano. Parce qu’on est copains. Lui a déjà  fait ses preuves, il n’a plus besoin de ça. C’est un bon gars.» Officiellement, le numéro 33 n’est pas un porteur d’eau, appellation officielle de ceux qui épaulent les leaders. Mais s’il voit un jour David Casteu ou Olivier Pain sur le bord de la route, il mettra son clignotant. «On sait qu’on peut compter sur lui. En plus, il connaît bien la mécanique. Il a un magasin de moto, a été pro, prévient Casteu. On l’écoute vraiment, on le prend au sérieux quand il dit quelque chose.»

Pour David Castera, le directeur sportif de la course, Béthys est avant tout un excellent pilote. Le motard a fait ses classes en motocross, puis en endurance, avant de succomber à l’adrénaline du rallye-raid. Moins compétitif sur cette épreuve, il roule dans les vingt, trente premiers depuis plusieurs années. «On peut se demander pourquoi il est là et se fait plaisir. Mais il a chopé le virus. Il est tombé amoureux du truc. Du coup, il le prend avec philosophie, il aide les uns et les autres. Il n’est plus à cinq ou dix minutes près.»

En réalité, le motard n’est pas devenu le Saint-Bernard de la course du jour au lendemain. Le tournant de sa carrière remonte à 2006. Pour son premier Dakar, un pilote le double à toute allure. Il s’appelle Andy Caldecott et ne sait pas encore qu’il lui reste quelques minutes à vivre. 5 km plus loin, il gît au sol. «Quand je suis arrivé, c’était grave. Il était… pas terrible.» Mort sur le coup, juste avant l’arrivée de l’hélicoptère de secours, appelé par le Français. Un événement qui l’a suffisamment traumatisé pour apprendre à lever le pied, aider les autres, plutôt qu’à carburer.

Romain Scotto
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