Rugby: Les rugbymen sont-ils les footballeurs de demain?

COUPE DU MONDE En osant la comparaison avec l’équipe de France de Raymond Domenech, Marc Lièvremont laisse entendre que ses joueurs ressemblent plus qu’ils ne le pensent à ces footballeurs tant décriés par le petit monde de l’ovalie…

Alexandre Pedro à Auckland

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Morgan Parra à l'entraînement, le 3 septembre 2011 à Katapuna.

Morgan Parra à l'entraînement, le 3 septembre 2011 à Katapuna. — F.Fife / AFP

De notre envoyé spécial,

 Il n’existe pas pire insulte pour un rugbyman que «manchot», ce synonyme de footballeur, le cousin jalousé pour son compte en banque et snobé pour son absence supposée de valeurs morales. Dimanche, Marc Lièvremont a pourtant traité ses Bleus de manchots après une prestation de manches face aux Tonga. «Mes joueurs se gaussaient des footballeurs l’an dernier, mais quelque part, samedi soir, on n’est pas descendus du bus.» Avec cette référence à Knysna, ce Waterloo du sport tricolore, le sélectionneur de l’équipe de France ouvre lui-même un débat ouvert depuis l’arrivée du professionnalisme, la création des centres de formation et l’explosion des salaires: le rugbyman est-il un footballeur en puissance?

 Le football, modèle et repoussoir

 «De toute évidence, oui», répond et regrette à la fois Jean-Pierre Elissalde. Pour l’ancien international, «ce ne sont pas les joueurs qui changent, mais le monde du rugby qui se rapproche de celui du football». Au fond de lui, le rugbyman ne sait pas trop s’il aspire à suivre cet exemple et c’est bien là le problème, selon le consultant de Canal Plus. «Le football est à la fois le paradis et l’enfer du sportif. Il rêve de gagner autant d’argent que lui et d’être adulé, mais craint de devenir comme lui le prisonnier de son image.» Ce culte de l’image que dénonce Saint Marc Lièvremont dans son évangile de dimanche dernier. «Leur image est très importante. Ils ont des agents pour ça et j'ai vu certains d'entre eux avec eux après le match», stigmatise le sélectionneur.

 Image, agent, carrière, les mots renvoient encore au foot. Pourtant, le rugby évolue dans des sphères beaucoup moins éloignées du commun des mortels quand il s’agit de parler gros sous comme le démontre Mary Simonet dont l’agence Atypique s’occupe de la communication de sept joueurs de l’équipe de France. «Les contrats publicitaires ne représentent même pas 5%  de leurs revenus et il faut les diviser par dix par rapport au foot. Avec cette équipe de France, on n’est pas face à un problème d’image mais de communication.  Et puis d’ailleurs, il faut arrêter avec ces clichés sur des footballeurs forcément bêtes et des rugbymen avec BAC +7. Dans mon agence, Bacary Sagna a un DEUG alors que Morgan Parra a dû arrêter assez tôt ses études pour signer pro à 18 ans.»

 «C’est la faiblesse humaine que de tendre vers plus d’égoïsme»

 Fier de ses fameuses valeurs qu’il exhibe comme une appellation d’origine contrôlée, le rugby vit malgré tout une crise d’identité lors de ce séjour néo-zélandais avec des garçons qui donnent l’impression de dire «je» même quand ils prononcent «nous». Christian Califano veut croire «que les gars bandent encore pour le maillot et pas pour leur image» mais Richard Astre ne partage pas l’optimisme de l’ancien pilier. «Comme les footballeurs, ils ont une carrière professionnelle à mener, des agents pour négocier leur contrat. Mais c’est la faiblesse humaine que de tendre vers plus d’égoïsme», constate, fataliste, l’ancien demi de mêlée aujourd’hui consultant pour Radio France.

 «A partir du moment où le sens de l’identité s’est dilué dans les clubs, forcément que les joueurs ont plus de mal à appréhender ce que représente le poids du maillot de l’équipe de France», poursuit Jean-Pierre Elissalde. Laurent Blanc ne disait pas autre chose lors de sa prise de fonction. Les partenaires de Thierry Dusautoir ont eux encore un rendez-vous avec l’Angleterre samedi pour descendre du bus.

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