Badminton: Des jupettes obligatoires pour faire grimper l'audimat

MODE A partir du 1er mai, les filles seront obligées de porter des tenues plus féminines en compétition...

Romain Scotto

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Les joueuses de badminton en double Miyuki Maeda (à g.) et Satoko Suetsuna lors d'un match aux Jeux asiatiques à Guangzhou, en Chine, le 13 novembre 2010.

Les joueuses de badminton en double Miyuki Maeda (à g.) et Satoko Suetsuna lors d'un match aux Jeux asiatiques à Guangzhou, en Chine, le 13 novembre 2010. — REUTERS

C’est un grand classique du printemps. Avec l’arrivée des beaux jours, les jupes raccourcissent. Cela n’a pas échappé à la fédération internationale de badminton. A partir du 1er mai, les joueuses du circuit international devront obligatoirement jouer en jupette, sous peine d’être disqualifiées. L’idée assumée des pontes du volant a vocation à drainer un «plus large public vers les tournois, apporter une meilleure exposition médiatique et rendre le badminton plus attractif.» Un pas que le tennis et surtout le beach-volley ont franchi depuis longtemps.

La mesure ne devrait pas changer les habitudes de la majorité des joueuses, déjà converties à la jupe. Mais certaines dénoncent l’introduction d’une mesure jugée contraignante. «On veut rendre le sport plus glamour, mais la méthode n’est pas la bonne. On ne doit pas imposer aux joueuses leurs tenues», s’indigne l’indienne Jwala Gutta, icône sexy du bad. Habituées au cuissard et au short, les équipes asiatiques sont les premières concernées par ce changement de garde-robe. Jusqu’à présent celles-ci misaient plutôt sur l’efficacité que sur le look pour rafler tous les titres.

Pas de gêne technique

Inutile pourtant de parler d’une éventuelle gêne dans la gestuelle. L’argument ne tient pas selon Hongyan Pi, la numéro 1 française de la discipline, conquise par les jupettes depuis longtemps. «Elles sont plutôt serrées et se portent sur un cuissard. Les filles qui n’acceptent pas cela sont celles qui n’ont pas l’habitude. Elles s’y feront très vite. Si cela change le regard des gens extérieurs au badminton, c’est une bonne chose.» A Taïwan, la Française sait que le look est souvent mis en avant par les commentateurs. «Ils disent que ma jupe est élégante. Ça fait plaisir.»

Attirer l’œil d’un public néophyte, pourquoi pas. Mais pour Fabrice Vallet, le directeur des équipes de France, l’enjeu est d’abord financier pour la fédération internationale. Selon lui, la mesure s’inscrit dans la mutation générale du badminton, un sport de plus en plus professionnel, où les équipementiers commencent à investir. Nike, totalement absent des salles de badminton, serait d’ailleurs sur le point de se positionner sur ce marché. «Ils veulent vendre des tenues, donc il faut les rendre plus attrayantes à la télé, enchaîne Vallet. Mais je ne crois pas que ce soit en imposant des jupettes qu’on va se créer une image. Il faut d’abord être plus présent dans les médias supports, communiquer sur les valeurs de notre sport et nos champions. Et là, on saura qui est Hongyan Pi.» Avec ou sans jupette.

Les féministes ne sont pas contre

Danielle Salva, présidente de l’association féministe «Femix Sport»: «Nous n’y voyons pas d’inconvénient. Les filles se plaignent d’être moins médiatisées que les garçons, donc vu le contexte c’est une bonne chose. Cela reste une tenue de sport qui ne gêne pas pour jouer. Si elles étaient plus déshabillées, ça pourrait gêner, mais là, c’est correct. Il ne faut pas non plus exagérer.»

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