Les joueurs de l'équipe de France, lors d'un footing à Clairefontaine, le 5 octobre 2010.
Les joueurs de l'équipe de France, lors d'un footing à Clairefontaine, le 5 octobre 2010. - C.Platiau/REUTERS

Comme sur une scène d’enquête, il a débarqué mardi midi à Clairefontaine. Juste avant le repas, le «profileur» désigné par Laurent Blanc a fait la connaissance des 23 Bleus. A sa manière, en leur faisant remplir un questionnaire de personnalité. L’appellation anglo-saxonne de la fonction peut surprendre. Mais dans l’esprit du sélectionneur, il s’agit bien d’un préparateur mental. Un homme – son nom n’est pas encore connu – qui intègrera le staff pour «aider les joueurs à mieux maîtriser l'environnement d'un match à enjeu», selon les mots de Blanc.

A Bordeaux déjà, l’ancien coach des Girondins comptait s’adjoindre un spécialiste des méninges. Récemment, il s’est entretenu avec Jean-Marie Goyeneche qui travaille avec les joueurs du XV de France. Blanc n’est pas le dernier à discuter avec ses joueurs, mais dans son rôle de sélectionneur, il sait que la préparation mentale n’est pas son cœur de métier. Pour Hubert Ripoll, fondateur à l’Insep du laboratoire de psychologie du sport et auteur de "Mental des champions" (Payot), le préparateur mental «va d’abord identifier les typologies de caractères dans cette équipe. Aider le coach à savoir qui est en face de lui.» Loin de l’image du divan, pas vraiment adaptée au monde du sport, il s’agit pour lui d’analyser le fonctionnement du groupe et le comportement des joueurs. «Qu’il voit s’il y a des points de blocages entre les individus. La préparation mentale c’est d’abord un travail sur la régulation des affects et la gestion du stress.»

Trémoulinas «bien dans sa peau»

Avant l’arrivée de Blanc, la fin de l’ère Domenech avait été marquée par la présence de Jean-Pierre Doly dans le staff, encore surnommé «Doliprane» sur la colline de Knysna. Personne n’a vraiment su quel était le rôle de ce super DRH, «accordeur de talents», selon son site Internet. L’essentiel pour le préparateur est de nouer le dialogue avec les joueurs pour qu’ils adoptent un langage commun. «On intervient directement sur le psychisme, par la sophrologie, la programmation neurolinguistique, la psychologie cognitive, enchaîne Ripoll. C’est un travail personnalisé. Il faut une très grande confiance avec l’athlète, entrer dans une relation affective avec lui.»

C’est là que le défi semble corsé. Dans le groupe, cette arrivée inspire deux types de réaction. Il y a d’abord les évasifs, à l’image de Lassana Diarra, que le sujet agace. «Si le coach l’a décidé, c’est qu’il en faut un…» Comme si cette intervention extérieure mettait en lumière une faiblesse cachée. Benoît Trémoulinas assure d’ailleurs «qu’il se sent bien dans sa peau». Puis les curieux, comme Nasri, pas convaincus de l’utilité d’un préparateur, mais attiré par le concept. «Chaque joueur est différent dans sa préparation. Certains ont envie de parler, de rigoler ou d’écouter de la musique. Moi, je ne sais pas… Je n’ai jamais eu affaire à un préparateur mental. Il faut voir.» Chez les Bleus, les bienfaits se traduisent avant tout par des résultats.

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