Raymond Domenech et Thierry Henry à Bloemfontein, le 22 juin 2010.
Raymond Domenech et Thierry Henry à Bloemfontein, le 22 juin 2010. - SIPA

Jean-Pierre Paclet était un des proches de Domenech. Médecin des équipes de Raymond depuis les espoirs, l’homme de l’ombre a vécu de l’intérieur le Mondial 2006 puis l’ambiance délétère de l’Euro 2008. A cette époque, il est viré, désigné seul responsable de la gestion catastrophique de la blessure de Patrick Vieira. Jeudi, il sort un livre («L’implosion», Ed. Michel Lafon) où il déballe tout. «En tant que passionné de foot, j’ai été chagriné par ce qui s’est passé en juin. Pour moi, c’est tellement évident que l’on allait arriver à la catastrophe. Je savais des choses que j’ai vues de l’intérieur. Et j’avais envie de sortir ce que j’avais sur la patate», explique-t-il à 20 minutes.fr.
 
La co-gestion au Mondial 2006 et les insultes de Materazzi
 
Les anciens Zidane, Makelele et Thuram ont-ils évincé le sélectionneur pour  diriger  les Bleus en 2006? Uean-Pierre Paclet est plus nuancé. «C’est en partie vrai. Mais en partie seulement. C’est évident que Domenech avait perdu le contrôle de ses joueurs dès avant 2008. A cette époque-là, il y avait des cadres qui tenaient les choses. C’était une co-gestion entre gens intelligents et responsables.» Autre événement du Mondial 2006, les insultes incessantes de Materazzi pendant la finale. «Tu ne sers à rien, docteur de merde. Il est mort le vieux. Tu comprends, il est mort», lance le défenseur à Paclet qui soigne Zidane. 
 
Domenech dépassé
 
Après le Mondial, le sélectionneur perd peu à peu le contrôle de ses joueurs. «Quand ses cadres ont disparu, c’est parti à vau-l’eau. Encore plus à partir du moment où Domenech  a été maintenu en place alors qu’il n’avait plus de résultats donc plus de légitimité. A partir de là, c’est parti en quenouille», explique Paclet. A l’Euro 2008, les tensions entre les joueurs sont nombreuses. Nasri et Ribéry en viennent presqu’aux mains. «Ces deux-là ne s’entendent pas depuis l’époque de l’OM et à l’Euro ils étaient constamment en train de se chercher. Raymond n’intervenait pas parce qu’il n’avait ni le courage, ni l’autorité nécessaires. C’est comme dans une cour d’école. Si le maître n’est pas capable de siffler la fin de la récréation, eh bien la récréation continue.»
 
La gestion du cas Vieira

Avant l’Euro 2008, Vieira se blesse à la cuisse. Le médecin annonce au staff qu’il ne pourra pas être prêt mais le coach le sélectionne. Pendant la compétition, le joueur veut prendre un produit interdit en France (de l’actovegin), le docteur refuse. Il sera le seul à payer. «Je l’ai mal vécu. On avait  comme principe de fonctionnement de ne pas amener de joueurs blessés. On s’était mis d’accord là-dessus. Et là le coach me dit: Il vient car il veut venir. C’est un manque d’autorité de la part du sélectionneur. Après, on fait porter le chapeau au docteur car on n’a pas réussi à guérir un joueur en 24 heures, c’est un peu décevant, pour le dire gentiment. J’aurais aimé que Domenech assume son choix.»
 
 
Le fiasco du Mondial prévisible?
 
Jean-Pierre Paclet assiste en juin au fiasco sud –africain. «De manière aussi spectaculaire et médiatique, on ne pouvait pas prévoir ça. Mais en interne, c’était prévisible. Vous n’imaginez pas de telles choses se produire avec Mourinho. Dans toute équipe, il ne faut pas croire que tout le monde s’aime et s’embrasse sur la bouche. Il n’y a que les résultats qui créent cet amour. Mais Raymond ne savait pas désamorcer ces bombes-là.»
 
 
Le dopage dans le football
 
Dans son livre, Jean-Pierre Paclet met en cause les Bleus de 1998. Il évoque des analyses de sang suspectes, notamment chez les champions du monde qui évoluaient dans les clubs italiens. Une bombe médiatique. «Je dis ça dans tout un chapitre qui concerne plus généralement le dopage dans le football mais tous les médias ne parlent que de ça. Ce n’est pas une révélation, c’est sorti depuis 10 ans. Il y a eu le procès de la Juventus de Turin, les anomalies biologiques évoquées par la presse… On n’en a pas fait des montagnes à l’époque. En 1998, on avait pas envie d’explorer. Quand je parle de raison d’état, ce n’est pas les politiques mais le consensus français qui fait que l’on ne peut pas évoquer le moindre problème sur les champions du monde.»  

>> Le médecin des Bleus de l'époque  répond ici
 

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