Auxerre et Marseille, le grand jeu de la pression

FOOT Les deux équipes, comme souvent dans le foot, rejettent la pression sur leur adversaire avant ce match décisif. Mais pourquoi?...

Bertrand Volpilhac

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Duel entre Marseillais et Auxerrois, le 23 décembre 2009 au stade de l'Abbé-Deschamps

Duel entre Marseillais et Auxerrois, le 23 décembre 2009 au stade de l'Abbé-Deschamps — TSCHAEN/SIPA

A toi, à moi. Entre Auxerrois et Marseillais, l’étiquette de favori change de camp à chaque conférence de presse avant la grande «finale» de la Ligue1 à l’Abbé Deschamps vendredi. Pour Didier Deschamps, l’entraîneur de l’OM, son équipe n’a pas «plus la pression» qu’Auxerre, car «quoi qu’il arrive, on sera devant après le match». Ping. Même son de cloche chez Olivier Sorin, gardien de l’AJ Auxerre. «On n’a pas la pression, l’OM a plus à perdre». Pong. C’est systématique: avant chaque match à enjeu, les entraîneurs cherchent à rejeter la pression sur leur adversaire. «On appelle ca prendre le télescope à l’envers, explique Denis Troch, ancien entraîneur de Ligue2 devenu coach mental. Ce n’est pas un signe de faiblesse, mais une situation normale quand on ne veut pas se retrouver en panique en cas de premier quart d’heure difficile sur le terrain lors d’un rendez-vous exceptionnel.»

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«Il s’agit de dédramatiser, d’éviter que l’enjeu fasse passer les joueurs à côté de leur match, confirme à 20minutes.fr Alain Giresse, ancien entraîneur du PSG et du Gabon, favori de Raymond Domenech à sa succession. On cherche tous les moyens pour garder de la sérénité et de la fraîcheur mentale. Ca permet d’éviter de tomber dans le débat médiatique, alors qu’implicitement, les joueurs savent bien que l’OM est une équipe faite pour jouer le titre et pas Auxerre.»

Un discours pour coacher les supporters

Une sorte d’échappatoire donc, plus proche d’un acte de communication que d’un réel état d’esprit. «C’est du coaching. Evidemment, dans le vestiaire, le discours est tout autre», analyse Hubert Ripoll, auteur du livre «Le mental des champions». Il poursuit: «Le bon entraîneur, c’est celui qui est capable de coacher ses joueurs et ses supporters. Avec ce discours, il prépare le public à la défaite, qui devient moins grave.»

Ce spécialiste voit d’ailleurs dans cette fuite en avant la marque de fabrique des deux hommes, Didier Deschamps et Jean Fernandez. «Ça tient aux deux personnalités. Le premier a toujours essayé d’évacuer la pression de cette manière-là, que ce soit en équipe de France ou avec Monaco. Le second est dans une culture club, celle d’Auxerre: Guy Roux utilisait beaucoup ce type de communication.»

Pas forcément étonnant donc de retrouver en tête de classement des équipes menées par de véritables stratèges, habiles avec les médias et protecteurs de leur groupe. «On ne peut pas dire que c’est un jeu psychologique, conclut Denis Troch, mais plutôt de l’intox, une lutte d’influence qui doit aider son équipe et peser sur l’adversaire.»