Le patineur français Brian Joubert (au centre), avec ses entraîneurs dont Laurent Depouilly (à droite) après son programme court sur la patinoire des Jeux de Vancouver, le 16 février 2010.
Le patineur français Brian Joubert (au centre), avec ses entraîneurs dont Laurent Depouilly (à droite) après son programme court sur la patinoire des Jeux de Vancouver, le 16 février 2010. - REUTERS
De notre envoyé spécial à Vancouver,

Comment avez-vous vécu le programme de Brian?

Comme un cauchemar. Mais je pense surtout à lui. Outre le fait que les Jeux ne sont pas faits pour lui, il a fait de grandes choses dans sa vie. Il en fera d'autres, peut-être pas dans le patinage. Mon impression, c'est qu'il va falloir prendre le temps de souffler. Se poser. On ne peut pas lui reprocher de ne pas s'être préparé, c'est clair. Il a fait tout ce qu'il fallait. Tous les tests, tout ce qu'il fallait...

Où est l'erreur alors?
L'erreur n'est pas technique. Quoi qu'on en dise, il a été blessé deux fois aux Jeux. On compte sur lui par ce que c'est un mec qui a un mental. Enfin qui a eu un mental. Et de toute façon, ces blessures étaient là. La blessure des autres Jeux est beaucoup plus grande qu'on pouvait le penser. Il revit un cauchemar. Tant que lui n'acceptera pas cette souffrance, on ne le fera pas changer d'avis. Nous, on ne peut pas lui amener quatre cerbères et lui dire: "Tu vas travailler ta tête". C'est faux.

Le travail aurait dû être plus psychologique alors?
C'est une putain de bonne question... Vu ce qu'il s'est passé à Turin... Je ne sais pas. Pourtant tous les jours, on s'est remis en question.

Les nombreux changements de coachs ces dernières années ne l'ont-ils pas chamboulé?
Je ne crois pas. L'équipe qu'il a choisi cette année était soudée pour qu'il se sente au mieux. Si on fait un constat, pour les Jeux, ça n'a pas marché. Mais il y a aussi un paramètre important, c'est qu'il ne bouge pas de Poitiers. Nous, n'étant pas sur place, c'est normal qu'il y ait un turn-over d'entraîneurs. Poitiers, c'est un lieu dont il a besoin. Peut-être qu'il faut aller un peu plus loin. Pour qu'il se sente bien, on a mis les croix dans les cases. On a fait tout ce qu'il voulait.

Comment se sentait-il dans l'après-midi, avant de monter sur la glace?

Tout allait bien. Tout le rituel a été respecté. Il s'est promené, il a mangé, il se sentait bien. Après, pour moi, c'est une paralysie. Il y a quelque chose. Ça, nous, on peut le dire, mais lui doit l'exprimer. Sans l'accabler, il a fait des grandes choses, mais il en fera d'autres après. En sport ou pas en sport. Je ne voudrais pas que le poids des Jeux lui reste comme ça. Parce que c'est un homme à construire. Avant tout.

Est-ce que ce peut être la fin de sa carrière sportive?
C'est lui qui mettra le mot fin. Ce n'est pas à nous de prendre la décision. La plus proche personne qui peut le conseiller, c'est sa maman. Mais c'est lui qui doit le dire. Moi pour l'instant, je ne voudrais pas que le cauchemar lui reste pour ses vingt ou trente ans à venir. Je m'inquiète de ça.

Quelle est votre part de responsabilité?

On ne pouvait pas faire plus. On ne peut pas patiner et faire le programme à sa place. Est ce qu'on a bien fait ceci, cela? Je crois qu'on a fait tout ce qu'on pouvait mais la fusée n'est pas partie.

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