Nicolas Anelka, joueur de Chelsa.
Nicolas Anelka, joueur de Chelsa. - Agence Ivoire
Lové dans un fauteuil en cuir, Nicolas Anelka, l’attaquant de Chelsea reçoit dans une loge de Stamford Bridge, lundi après-midi. Derrière la baie vitrée, il pleut sur la pelouse, plongée dans l’obscurité. L’Iphone posé sur le ventre et vêtu d’un polo «39Pro», son numéro de maillot à Chelsea érigé en marque de vêtements, l’ancien mal-aimé du foot français se confie à 20minutes.fr. Sans esquiver le moindre sujet, il évoque dans un entretien en deux volets sa saison à Chelsea, ses projets d’avenir, ou ses rancœurs envers la France, un pays où il ne vivra plus jamais. Première partie.
 

En cette fin d’année, tout vous réussit. Vous êtes vous déjà senti aussi fort sur un terrain?
Oui et non, ça dépend. J’ai un rôle différent en fait. Quand on me demandait de jouer attaquant de pointe, on ne me voyait jamais faire ce que je fais maintenant. Jouer en décrochage, pratiquement milieu de terrain. C’est pour cela que j’ai toujours voulu jouer en retrait d’un attaquant. Montrer que je peux faire autre chose que marquer des buts. J’ai rarement eu la chance de le faire. Donc pour répondre à la question, je vais dire oui.
 
Didier Drogba, avec qui vous jouez en attaque participe beaucoup à votre épanouissement sur le terrain?
Quand j’ai signé à Chelsea, je voulais absolument jouer avec Didier devant. Dès la première année, on nous a mis en concurrence. Nous faire jouer tous les deux, c’est la meilleure solution et Ancelotti l’a bien compris. Didier en pointe, et moi, libre, c’est extraordinaire. C’est ce que je voulais.

Finalement Carlo Ancelotti est le premier entraîneur qui vous comprend depuis votre arrivée à Chelsea…
Il me laisse m’exprimer sur le terrain. Même si je sais que je ne marquerai pas autant de buts que les saisons précédentes, je prends plus de plaisir. Je n’entre pas sur le terrain en me disant: «Je marque». C’est bizarre en tant qu’attaquant, mais je ne me considère pas comme un buteur. J’entre sur le terrain pour bien jouer, gagner et si j’ai la chance de marquer, c’est encore mieux. Le fait qu’on ait compris mon football me permet d’être bien dans la vie. Je sais que je suis compris. Qu’on n’attend pas de moi juste que je marque des buts.

Si vous restez à Chelsea à la fin de la saison, vous battrez votre record de longévité au sein d’un club (deux ans et demi). Vous souhaitez même prolonger…
J’aimerais bien signer encore trois ans de plus. Il me reste un an. Je me vois jouer jusqu’à 34 ans ici. Et ce ne sera pas la fin de ma carrière. Après je ne sais pas. Je peux partir au Moyen-Orient comme au Qatar, Abou Dabi ou aux Etats-Unis. Je ne sais pas. On m’a souvent critiqué pour avoir changé de club. En même temps, c’est bien de vivre des choses différentes, que ce soit en Turquie, en Espagne. Dans tous les domaines, cela m’a enrichi. C’est une mentalité autre que celle de la France.

Une retraite dorée pour Nicolas Anelka, ça pourrait faire grincer, non?
Et alors? Pourquoi mentir, je ne vais pas aller au Qatar pour jouer la Ligue des champions. De toute façon, ça n’existe pas. C’est la vérité.

>> La deuxième partie de cette interview exclusive, consacrée à l'équipe de France, est à découvrir ici

Qu’entendez-vous par une «autre mentalité que celle de la France»?
C’est spécial. Quand tu as vécu et joué à l’étranger, tu ne peux plus revenir en France. On ne t’accepte plus comme tu étais avant. Ça, je l’ai vécu quand je suis revenu au PSG. C’est pour cela que je ne le ferai pas une deuxième fois. Ce n’était pas ce que je voulais et je n’ai pas envie de le revivre. Ça m’a déçu. On attend de vous que vous vous cassiez la gueule. Ce n’est pas une façon de faire. De la part de tout le monde. En France, il y a un problème avec l’argent. Je l’ai vu. C’est dommage.

Vous ne supportiez pas les «Anelka, il se la pète» ?
A l’époque, j’avais une Ferrari. J’avais 20 ans. Beaucoup de gens ne l’ont pas accepté. Aujourd’hui, regardez les voitures des jeunes joueurs de l’équipe de France. Ils ont des voitures plus chères qu’une Ferrari. Mais ils jouent à l’étranger. Alors ça passe mieux. Ça me fait marrer.

Vous ne comprenez pas que voir un jeune de 20 ans au volant d’une Ferrari puisse choquer?
Non (sec). Je ne comprends pas. J’ai les moyens de le faire. J’achète. Si c’était à refaire, je le referais. Que ça puisse choquer les gens qui ne touchent pas beaucoup d’argent en France, OK. Pourtant, en Espagne et en Angleterre, les gens qui ont de grosses voitures ne se cachent pas là-bas. C’est faible dans la tête de réagir comme ça. Mais c’est typiquement français. Le Français, il cache ce qu’il a. Même s’il pouvait montrer plus, il cacherait. Moi, ce n’est pas ma mentalité. Non pas que je cherche à me montrer. Mais quand tu es joueur de foot, que tu as rêvé de t’acheter une belle voiture, une belle maison, tu le fais.

Qu’est ce qui vous manque en Angleterre, que vous aviez en France?
Rien. En France, tu ne peux pas faire ce que tu as envie. J’aimerais bien habiter en France, mais ce n’est pas possible. On sait pourquoi, niveau fiscalité... Si je veux rouler en grosse voiture, je suis regardé différemment. J’aime bien aller à Paris, c’est ma ville. Mais quand je sais que je peux repartir. Deux semaines, un mois, six mois, c’est bien.
Je ne veux pas jouer au foot et payer (ndlr, aux impôts) 50% de ce que je gagne. L’argent que j’ai, il est pour mes enfants (ndlr, il n’en a qu’un pour le moment). Si je peux leur offrir quelque chose, je le ferais là où il n’y a pas de fiscalité. C’est comme ça que je le vois. Si certains sont choqués tant pis. Mais la France, c’est un pays hypocrite.

Vous envisagez d’investir au PSG à l’avenir?
Non, parce qu’on perd toujours de l’argent dans un club de foot. Mais j’aimerais bien aider le PSG. Je ne sais pas dans quel rôle. Je ne sais même pas si je vais le faire. Je dis ça comme ça. Ce que je remarque, c’est que pratiquement tous les joueurs de l’équipe de France viennent de la région parisienne. Et ils passent rarement par Paris. Si je peux faire quelque chose pour qu’ils y passent… Cela ferait gagner de l’argent au club. Si Lyon le fait, Paris peut le faire dix fois.
 

 

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