Le coureur cycliste britannique, David Millar, lors d'un contre-la-montre du Dauphiné sous les couleurs de l'équipe Garmin, le 10 juin 2009.
Le coureur cycliste britannique, David Millar, lors d'un contre-la-montre du Dauphiné sous les couleurs de l'équipe Garmin, le 10 juin 2009. - R.Pratta/REUTERS

David Millar n’est pas schizophrène. Le coureur britannique se présente juste comme un repenti des années EPO, bien placé pour encadrer ses jeunes coéquipiers chez Garmin, à la veille de son 8e Tour de France. Depuis qu’il s’est installé à Gérone, en Espagne, près du camp de base de sa formation, il se dit «très relax» et particulièrement affûté. Prêt à défendre avec autant de vigueur les couleurs de son équipe et un cyclisme propre…

Un an après les affaires de dopage du dernier Tour, peut-on vraiment parler d’un changement de culture dans le peloton?

Tout le monde est sur la bonne voie, mais seulement depuis l’année dernière. Avec le passeport biologique, les managers qui commencent à prendre leurs responsabilités... Je crois qu’on est passé dans la culture de l’antidopage. Avant, c’était la culture du dopage.

On attend pourtant toujours les résultats du passeport biologique…


On a été déçu au début. Le passeport, c’est un tel progrès qu’il va falloir du temps pour comprendre comment l’utiliser. Pour moi, il faut que les gérants des équipes l’utilisent. Quand on fait signer un coureur, on doit demander à regarder les résultats du passeport. Si on fait signer un coureur comme Kohl, mieux vaut connaître ses résultats dès le début.

Ce qu’il a dévoilé, dans «L’Equipe» sur les pratiques actuelles du peloton, vous a choqué?

C’est irresponsable de la part de «L’Equipe» d’avoir publié ça. Parce que c’est clair que Kohl représente une minorité de coureurs. Il faut s’interroger sur sa motivation. Il a fait ça parce qu’il sait qu’il n'a pas la culture du vélo. Il faut qu’il se crée une image pour vendre des livres, faire croire qu’il va aider les jeunes. Mais je n’y crois pas du tout. Ce n’est pas un exemple. Il n’est pas du tout représentatif du peloton. Il va cracher sur tout le monde, accuser les gens. C’est une menace.

A l’entendre, on peut pourtant croire que le scénario du dernier Tour peut se reproduire…

Si des coureurs se dopent, ils vont être exclus. Ça fait partie du changement et on est sur la bonne voie. Le changement ne se fait pas du jour au lendemain. Ça va prendre des années. Plus la lutte antidopage se développe, plus on va en choper.

Le fait que d’anciens coureurs soient aux commandes des équipes n’arrange pas toujours les choses…

Pour moi, ça fait partie du problème initial. Jusqu’à présent, les managers ont toujours échappé aux sanctions. C’est un problème fondamental. Ils disent toujours «on savait pas, on savait pas». Maintenant, c’est impossible pour un manager de ne pas savoir si quelque chose ne va pas avec l’un de ses coureurs. Parce qu’avec toutes les informations du passeport, on voit s’il y a des anomalies. Avant que l’UCI sanctionne, il faut que les gérants des équipes réagissent.

Vous n’en avez pas marre qu’on parle toujours autant de dopage?


Mais nous, dans le peloton, on en parle de moins en moins. Il y a dix ans, c’était le principal sujet. Tel docteur a tel produit. Les conversations ne tournaient qu’autour du dopage. Maintenant, ce n’est plus le cas. Tous les jeunes qui arrivent n’ont aucune idée de ça. Ils ne connaissent pas. Ils arrivent innocents, sans parler des injections et tout ça.

Dans l’équipe Garmin, quel message faites vous passer aux jeunes sur le dopage?


Ils sont au courant de ce que j’ai fait. Ce n’est pas un sujet dont on parle comme ça. S’ils ne posent jamais de questions, c’est bon signe. De toute façon, le dopage est tellement loin d’eux, qu’ils ne pensent pas à aborder ce sujet.

Vous comprenez que le public dise parfois que ce que vous faites est inhumain?


Non. C’est un faux débat. Ma copine va faire l’étape du Tour et elle ne roule que deux fois par semaine. Elle va quand même faire 160 bornes et monter le Ventoux. Même moi, si je suis malade ou si je chute, quand je finis le parcours en voiture, j’arrive à l’arrivée et je me dis «comment c’est possible?»

Lance Armstrong peut-il réaliser quelque chose de grand sur ce Tour?

C’est Lance Armstrong. Il va faire quelque chose de grand mais je ne sais pas quoi. C’est difficile à savoir. Au Giro, il était quand même impressionnant. Quand tu ne cours pas pendant trois ans et que tu reviens à un tel niveau… Son retour peut-être une bonne chose. C’est à lui de faire en sorte que ce soit une bonne chose. Il l’opportunité de le prouver. Ce n’est pas parce qu’il a couru à une mauvaise époque qu’il est un mauvais athlète.

Et s’il gagne le Tour de France?


… Je ne sais pas (rires). Il y a Contador. C’est le meilleur cycliste que je n’ai jamais vu. Il est hors nome, exceptionnel. Et je l’aime bien. C’est un coureur classique. Il est droit, digne, il a du panache, de la classe. Il fait vraiment du bien au vélo.

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