VIDEO. Japon: Empêtré dans les scandales, le sumo entame une nouvelle année cahin-caha

SUMO Le tournoi de janvier, qui commence ce dimanche, est le premier depuis le scandale qui a forcé le champion mongol Harumafuji a prendre sa retraite après l’agression d’un autre lutteur…

Mathias Cena

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Le "yokozuna" Kakuryu (à g.) lors d'une cérémonie au sanctuaire Meiji, à Tokyo, le 9 janvier 2018.

Le "yokozuna" Kakuryu (à g.) lors d'une cérémonie au sanctuaire Meiji, à Tokyo, le 9 janvier 2018. — Toshifumi KITAMURA / AFP

  • L’arbitre le plus gradé de la fédération de sumo, accusé d’agression sexuelle par un confrère mineur, a été suspendu cette semaine.
  • Ce scandale suit celui d’Harumafuji, le champion qui a dû mettre fin à sa carrière en novembre après avoir frappé un autre lutteur.
  • Les trois champions restants sont critiqués pour leurs mauvaises performances ou leur comportement.
  • L’empereur et l’impératrice, qui assistent traditionnellement au tournoi de janvier, ne feront pas le déplacement cette année.

De notre correspondant à Tokyo,

L’année 2017 avait commencé sous les meilleurs auspices pour la Fédération japonaise de sumo. Le sport, à la cote fluctuante ces dernières années en raison de divers scandales, et de l’absence depuis plus d’une décennie d’un champion né au Japon, recevait de nouveau les faveurs du public après les victoires en tournoi de deux lutteurs japonais, et les espoirs placés sur un troisième enfant du pays, le vice-champion Kisenosato*. En janvier, le Nippon qu’on pensait maudit et condamné à être un éternel second avait poussé le sumo vers une popularité record en remportant le premier tournoi de sa carrière, assurant sa promotion au rang suprême de yokozuna.

Kisenosato lors d’une cérémonie au sanctuaire Meiji, à Tokyo, le 9 janvier 2018.

Un an plus tard, la donne a bien changé. Secoué par le scandale de violence qui a forcé le Mongol Harumafuji à mettre un terme à sa carrière en novembre, le monde de sumo n’aura pas l’honneur cette année de la visite de l’empereur et de l’impératrice, qui viennent traditionnellement assister à une journée de combats du tournoi de janvier.

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Quelques jours avant l’ouverture de ce premier tournoi de 2018, un nouveau scandale est en outre venu s’ajouter à l’ardoise déjà chargée du « sport national » japonais. L’arbitre le plus gradé de la fédération a été accusé d’agression sexuelle par un jeune confrère mineur, qu’il aurait embrassé à plusieurs reprises et touché à la poitrine après une soirée arrosée en décembre, lors d’un déplacement sur l’archipel d’Okinawa (sud du Japon). L’arbitre a présenté ses excuses à la victime présumée, tout en affirmant n’avoir aucun souvenir de l’incident. Il a été suspendu jusqu’en mai, après quoi la fédération devrait accepter sa démission.

Deux yokozuna accablés par les blessures

Déjà victime d’une image désastreuse, la fédération de sumo, privée de l’un de ses quatre yokozuna, ne pourra guère compter non plus sur les trois autres pour illuminer ce tournoi de janvier, qui se tient jusqu’au 28.

Le messie nippon Kisenosato, blessé en mars dernier, n’a ainsi pas terminé un tournoi depuis. Tout comme le Mongol Kakuryu, considéré comme un « yokozuna faible » en raison notamment de ses blessures – et absences – à répétition, Kisenosato a reçu un avertissement de la fédération : les deux champions doivent montrer en janvier des performances dignes d’un yokozuna – comprendre : aller jusqu’au bout du tournoi et ne pas concéder plus de trois ou quatre défaites en quinze jours – ou en tirer les conséquences, c’est-à-dire prendre leur retraite, car le rang de yokozuna est le seul dont on ne peut pas redescendre.

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Le public attend les yokozuna de demain

Quand à Hakuho, le grand champion incontesté de la discipline, lui aussi de nationalité mongole, il a remporté en novembre le 40e tournoi de sa carrière (le précédent record - 32 victoires - datait de 1971) mais n’est pas en odeur de sainteté auprès de la fédération et du public japonais. Accusé de manquer de « dignité », il irrite régulièrement les fans les plus conservateurs par son comportement : gifles ou coups de coude pour déstabiliser l’adversaire, geste triomphal en recevant les liasses d’enveloppes pleines d’argent remises aux vainqueurs des combats sponsorisés…

Hakuho lors d’une cérémonie au sanctuaire Meiji, à Tokyo, le 9 janvier 2018.

Dans le collimateur de la fédération pour n’avoir pas empêché son compatriote Harumafuji de frapper un lutteur plus jeune lors de la soirée arrosée à laquelle il était présent, il a été privé de salaire pour un mois et demi, et a aussi reçu un avertissement pour avoir ouvertement contesté l’arbitrage d’un combat en novembre, un fait jusque-là inédit dans l’histoire du sumo.

Pour faire oublier ses « côtés obscurs », qui à la longue pourraient bien avoir raison de la patience du public, le sumo pourra heureusement compter sur la montée en régime de jeunes lutteurs, potentiels yokozuna de demain. Les Japonais Takayasu, Mitakeumi, Hokutofuji, Takakeisho ou Onosho, âgés de 21 à 27 ans, ont progressé dans les rangs ces derniers mois pour venir remettre en cause la domination des yokozuna, qui ont tous passé la trentaine. En plus de leurs performances sur le dohyo, le ring d’argile où ont lieu les combats, ils savent que leur comportement en-dehors sera scruté à la loupe.

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*Les sumos, qui ont aussi un prénom, sont généralement désignés sous leur seul nom de lutteur.

Les tournois de sumo

Ils ont lieu tous les deux mois (à Tokyo en janvier, mai et septembre, à Osaka en mars, à Nagoya en juillet et à Fukuoka en novembre), soit six par an, et durent quinze jours. Les lutteurs (650 pour ce tournoi) sont répartis en 6 divisions. Ils combattent 15 ou 7 fois par tournoi selon leur rang. Le dernier jour, celui qui dans chaque division a remporté le plus grand nombre de victoires (départagé par un play-off en cas d’égalité) s’adjuge le tournoi. Un lutteur qui a plus de victoires que de défaites progresse au classement ; dans le cas contraire il redescend.