Allemagne-France: «Joachim Löw n’est pas aussi critiqué que peut l’être Didier Deschamps», constate Patrick Guillou

INTERVIEW Le spécialiste de la Bundesliga parle du foot allemand avant le match amical de ce soir...

Propos recueillis par Jeremy Goujon

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L'ancienne idole de Geoffroy-Guichard, Patrick Guillou.

L'ancienne idole de Geoffroy-Guichard, Patrick Guillou. — 20 Minutes

  • Ex-latéral de Rennes et des Verts (entre autres), Patrick Guillou connaît sur le bout des doigts le football d'outre-Rhin.
  • Il commente depuis une dizaine d'années les matchs de Bundesliga, successivement pour TPS Star, Canal+ et désormais beIN Sports.
  • Ce mercredi, il scrutera plus particulièrement la prestation de Mario Götze (Borussia Dortmund), de retour en sélection après un an d'absence.

Avant le Allemagne-France de ce mardi à Cologne (20 h 45), 20 Minutes a interrogé « le plus Allemand des footballeurs français », à savoir Patrick Guillou. Natif de Villingen (RFA), l’ancien joueur du Stade Rennais et de l’AS Saint-Étienne (47 ans) revendique sans problème ses origines germaniques.

Patrick Guillou (à d.) lors d'un Red Star-Saint-Étienne au Stade de France, en mars 1999.
Patrick Guillou (à d.) lors d'un Red Star-Saint-Étienne au Stade de France, en mars 1999. - P. Hertzog / AFP

« Même si je suis un inconditionnel des Verts, j’ai grandi avec le foot allemand, pose Guillou. Je suis né là-bas, c’est ma langue maternelle, j’y ai fait mes études… C’est quelque chose que j’ai en moi. Ce n’est pas un fardeau lourd à porter. »

Où en est exactement le football allemand en cette fin d’année 2017 ?

Au niveau du classement FIFA, la question ne se pose pas, puisque l’Allemagne est leader [au 16 octobre, devant le Brésil et le Portugal]. Mais je ne sais pas si c’est la nation n°1 au monde actuellement, étant donné que l’Espagne pratique également un jeu très intéressant. En tout cas, pour avoir suivi son évolution, la Nationalmannschaft est en pleine confiance. Depuis sa défaite face à la France lors du dernier Euro, elle n’a plus perdu [20 rencontres d’affilée sans défaite, dont 16 victoires], et a même réussi à glaner un titre avec la Coupe des confédérations.

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L’Allemagne gagne aussi dans les jeunes catégories…

Les U21 ont effectivement remporté le championnat d’Europe Espoirs cet été, tandis que les U17 ont atteint les demi-finales de leur Euro en Croatie [au mois de mai]. C’est donc une nation forte et puissante en qualité, mais surtout en quantité. Aujourd’hui, il y a une cinquantaine, voire une soixantaine de joueurs qui peuvent prétendre à l’équipe nationale, sans que le niveau de jeu soit vraiment impacté par les choix du sélectionneur. À tel point que les champions du monde 2014 doivent se remettre en question et faire une bonne saison, car ils ne seront pas tout de suite couchés sur la liste des 23 que choisira Joachim Löw [pour le Mondial en Russie].

On parle encore, outre-Rhin, du « modèle français » sur lequel la Fédération s’était calquée, il y a plusieurs années ?

Il est sûr que les grands succès de ces dernières années se sont construits sur la piteuse élimination du Mondial 1998 [0-3 en quart de finale, contre la Croatie]. La Fédération a effectué un vrai travail de fond, s’inspirant du modèle français, mais aussi espagnol. Ils se sont ainsi imprégnés des meilleurs, mais il y a eu également cette volonté, au niveau des clubs, de la Fédé, de la Ligue… de reconstruire ensemble le modèle allemand. En 98, Lothar Matthäus [37 ans à l’époque] jouait encore, c’est dire ! Transformer une Mannschaft vieillissante et en difficulté dans le jeu a été un choix collectif.

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Outre le fait d’avoir su repenser leur modèle de formation, les Allemands ont réussi à intégrer des éléments issus de l’immigration…

Des joueurs turcs sont venus se greffer à la Mannschaft, ou d’autres comme Jérôme Boateng [dont le père est Ghanéen]. Ils ont réalisé le mix parfait pour obtenir une sélection performante. Après, si la génération dorée des Schweinsteiger, Lahm, etc. a été championne du monde en 2014, c’est aussi parce qu’il y a eu des échecs, ou semi-échecs, les années précédentes. En 2006, par exemple, ils ont certes atteint le dernier carré de « leur » Coupe du monde, mais ils n’ont pas été au bout.

En France, on parle souvent des « 60 millions de sélectionneurs ». Existe-t-il ce genre de débat en Allemagne ? Autrement dit, Joachim Löw subit-il les mêmes critiques que Didier Deschamps ?

Le débat sera ouvert quand il établira sa liste pour la Russie, mais aujourd’hui, avec le titre mondial, la Coupe des confédérations, les résultats en phase de qualification [carton plein et record du plus grand nombre de buts marqués en éliminatoires] et la série d’invincibilité en cours, il n’est pas aussi critiqué que peut l’être Deschamps. Il l’est d’autant moins qu’il a également un projet de jeu et la volonté d’injecter systématiquement du sang neuf en équipe A.

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Qu’attendez-vous du match de gala de ce soir ?

Ça va être une revue d’effectif côté allemand. Il y a quand même pas mal d’absents : Manuel Neuer, Jérôme Boateng, Thomas Müller… Aux Julian Brandt ou Julian Draxler de se montrer pour prouver qu’ils sont une alternative aux champions du monde [présent en 2014, l’actuel Parisien Draxler n’avait disputé que les 24 dernières minutes de l’historique demie face au Brésil]. Par ailleurs, j’attends de voir, s’il est aligné, dans quel rôle Mario Götze peut éventuellement jouer - neuf, neuf et demi, dix, peu importe - et constater s’il a retrouvé son niveau ou pas.

Et côté français ?

Il s’agira davantage de retrouver des automatismes. Il n’y a plus beaucoup de matchs pour que Didier Deschamps cristallise l’ensemble de son équipe et qu’il y ait un vrai projet de jeu. À ce sujet, je pense que l’Allemagne a plus de certitudes que la France. Sera-ce suffisant pour battre les Bleus ? Ça, c’est une autre question.

À titre personnel, prenez-vous toujours votre pied à commenter les matchs de Bundesliga, sur beIN Sports ?

Je me régale, parce qu’on a vu l’évolution du foot allemand, celle au niveau du jeu. J’étais plus circonspect par rapport au début de championnat 2017-2018, où il y avait des matchs très fermés et beaucoup moins de buts que les dernières saisons. Mais là, ça a pris son rythme, et on se retrouve à commenter des rencontres où il y a des buts, des renversements de situation, du panache, du spectacle… Je prends donc toujours autant de plaisir, et pas qu’avec le Bayern ou Dortmund. Je me réjouis, par exemple, du vent de fraîcheur tactique apporté par Hoffenheim.