• Steve Mandanda devrait débuter en Allemagne mardi et ainsi enchaîner un deuxième match dans les buts de l’équipe de France.
  • Arrivé chez les Bleus il y a bientôt 10 ans, il a dû se contenter à partir de 2009 d’un rôle de numéro 2 derrière Hugo Lloris.
  • S’il a été frustré pendant de longues années, il n’en a jamais rien montré dans le groupe et semble mieux vivre cette situation aujourd’hui.

Ça a été bref, mais le moment de sincérité livré par Steve Mandanda dimanche valait à lui seul le déplacement à Clairefontaine - qu’on n’a pas fait, d’ailleurs. Interrogé sur son plaisir de jouer vendredi au Stade de France face au pays de Galles, et puis « probablement » (dixit DD) encore à Cologne mardi, l’habituel numéro 2 de l’équipe de France a poussé la réflexion au-delà de ce que l’on peut attendre d’une conférence de presse digne de ce nom :

« Ça faisait longtemps, et c’est sûr qu’après la saison dernière, c’est un bon moment pour moi. J’ai été blessé, j’ai raté des rassemblements, quand on revient on profite un maximum, on savoure plus. Mais ça fait quelque temps que je prends du plaisir en équipe de France. Plus qu’à une certaine époque, j’ai l’impression, parce qu’il y avait cette frustration d’avoir perdu la place de numéro 1 »

La partie la plus intéressante, vous l’aurez compris, c’est la fin. On ne vous fera pas le coup du « poste si particulier de gardien de but », mais un peu quand même, désolé. Après tout, ce n’est pas si souvent qu’un cliché fait sens, et celui-là est sacrément juste. C’est vrai, c’est particulier de rater un ou deux matchs et se retrouver pour le restant de sa carrière sur le banc de touche. De se coltiner chaque jour des charges de travail monumentales pour seulement échauffer le collègue le week-end.

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Steve Mandanda a de la chance, il est celui qui joue depuis ses étonnants débuts en Ligue 2 au Havre en 2005, puis sa prise de pouvoir à l’OM en 2007 - on mettra de côté sa parenthèse à Crystal Palace la saison dernière. Sauf que ce n’est vrai qu’en club. Avec les Bleus, ça fait bientôt une décennie qu’il marche dans l’ombre de Hugo Lloris. Qu’il est de toutes les campagnes sans qu’on se rappelle exactement les matchs qu’il a eus à jouer. Qu’il n’aurait certainement pas dépareillé dans les buts de la sélection mais qu’il doive se contenter, à 32 ans, de 25 sélections.

Là où le Congolais de naissance est fort, c’est qu’il réussit depuis tout ce temps à être parfait dans ce rôle, alors que ça bouillonnait sévère à l’intérieur. Demandez à Bernard Lama ou Grégory Coupet si c’est facile… Mandanda a un don, celui de ne pas cacher ses regrets tout en apportant un sacré coup de main au titulaire du poste.

"Moi, au moins, j'arrive à plier ma jambe". - FRANCK FIFE / AFP

Il a en effet toujours conforté son cadet, ne cherchant jamais à déclencher une guéguerre qui aurait pu pourrir la vie de tout le monde. « Hugo mérite clairement sa place de numéro un, disait-il par exemple en 2010. Dans le jeu, je n’ai rien à lui envier, mais dans la régularité des performances, il est devant moi. » Honnête et costaud, d’autant que, comme on l’a perçu lors de son intervention depuis le Château des Bleus, le bon Steve est longtemps venu aux rassemblements avec une petite déchirure au cœur.

En remontant dans les archives, on a retrouvé cette vidéo, datant d’avril 2014. A deux mois du Mondial brésilien, le Marseillais s’était confié à Téléfoot. Bougrement instructif. « C’est frustrant d’être numéro 2, c’est frustrant de ne pas participer directement aux rencontres, expliquait-il. Être capitaine à l’OM et arriver en sélection pour se faire "petit", ce n’est pas évident. Les matchs on les vit plutôt bien, c’est plus les avants et après-matchs qui sont difficiles à gérer. »

Si vous n’avez pas le courage de cliquer sur lecture, on vous retranscrit les réponses les plus intéressantes :

  • « Est-ce que je me refais le film de ma carrière en Bleu ? Ça m’est arrivé, oui »
  • « Pourquoi je perds ma place ? Parce que je n’ai pas été bon quand il le fallait »
  • - « Est-ce que ça reste une blessure ? Oui. C’est un gros regret. J’avais cette place, et je regrette de ne pas avoir su la garder ».
  • - « Est-ce que c’est plus dur d’être numéro 2 quand on a été numéro 1 ? Oui, c’est plus dur, c’est clair ».

On revient un instant sur cette histoire de place perdue. Ce n’est peut-être plus très clair pour tout le monde, mais il fut un temps où Steve Mandanda avait de l’avance sur Hugo Lloris. Après l’Euro 2008 et le choix de Raymond Domenech de se passer de Grégory Coupet, les deux gardiens incarnent la relève. Le Marseillais, 23 ans, part devant le Lyonnais, 21 ans. Ni excellent, ni particulièrement mauvais, il ne dégage pas la sérénité qu’on attend d’un gardien, notamment face à l’Argentine ou au Nigeria. Lloris est installé en juin 2009 et ne se manque pas, participant grandement à la qualification au Mondial lors des barrages contre l’Irlande.

L’art de la « présence effacée »

Sept ans plus tard, c’est lui qui compte 94 sélections, deux Coupes du monde, deux Championnats d’Europe et un record de capitanats en équipe de France devant Didier Deschamps. Le train qui est passé, tout ça… Mandanda a depuis cultivé l’art de la « présence effacée », un concept inventé à l’instant par nos soins pour parler du rôle de numéro 2, toujours là pour pousser le numéro 1 et le suppléer en cas de pépin tout en ne lui mettant pas trop la pression pour qu’il se sente en confiance.

Cet art, il le maîtrise de mieux en mieux. L’âge aide, son expérience ratée en Angleterre, qui l’a écarté un temps de la sélection, aussi. Le fameux « c’est quand on perd quelque chose qu’on se rend compte de sa valeur ». A l’écouter, il a appris à gérer sa frustration. Steve Mandanda devrait honorer en Allemagne sa 26e sélection. Et tant pis si c’est la 18e dans un match amical.