VIDEO. Strasbourg: En plus de son superbe kop, le Racing a son «kop'In», tribune réservée aux femmes

FOOTBALL Initiative unique en France, l’association strasbourgeoise Femmes de foot a pour but de mobiliser le public féminin au stade mais aussi en dehors, en soutenant des actions caritatives locales…

Alexia Ighirri

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VIDEO. Strasbourg: En plus de son superbe kop, le Racing a son «kop'In», tribune réservée aux femmes.

VIDEO. Strasbourg: En plus de son superbe kop, le Racing a son «kop'In», tribune réservée aux femmes. — Femmes de Foot

  • On savait que le Racing club de Strasbourg avait un super kop de supporters.
  • Le club alsacien a depuis le début de saison en Ligue 1 son «kop'In», tribune réservée aux femmes.
  • Une initiative de la nouvelle association Femmes de foot, rattachée au Racing, qui veut mobiliser le public féminin au stade mais aussi en dehors, en soutenant des actions caritatives locales.

A-t-on encore besoin de présenter le kop de Strasbourg, tant le public installé dans la tribune ouest du stade de la Meinau est connu pour être l’un des meilleurs de France ? Depuis le début de saison néanmoins, il y a une petite nouveauté dans les gradins : face à Rennes samedi (20h), comme lors de chaque match à domicile, une alcôve de la tribune sud du stade sera réservée aux femmes.

Ce “Kop’In” l’un des éléments phares et des plus visuels de l’association Femmes de foot, fondée il y a quelques mois par Sabryna Keller, (dont le mari, Marc, n’est autre que le président du Racing club de Strasbourg) pour mobiliser le public féminin.

Un premier essai d’une tribune féminine, d’un millier de places, avait été réalisé en mai le soir de la montée en Ligue 1, dans un stade archi-comble. « Ce n’était pas du tout une provocation. Ce n‘était pas féministe. C’était dire aux femmes “Est-ce que vous êtes capables de vous engager ?”», explique Sabryna Keller, qui a vu moins grand pour pérenniser le “Kop’In” cette saison.

« Ce n’est pas de la discrimination, c’est un choix »

Mais ce kop féminin a interrogé, a été critiqué par certains : n’est-ce pas discriminatoire de réserver des sièges aux femmes, d’autant plus quand la Meinau manque de places pour la plupart des matches de Ligue 1 ?

« C’est 125 places sur un stade de 25.000… Je les ai réservées à des femmes qui ont envie d’être entre elles. On n’a pas une réflexion de remplissage et de pognon, répond Sabryna Keller. Ce n’est pas de la discrimination. C’est un choix : la femme peut aller où elle veut dans le stade, mais elle sait qu’il y a un espace réservé si elle le souhaite. »

« Pour les femmes qui ne sont jamais venues voir le Racing, c’est une porte d’entrée. Mais si dans deux, trois ans, toutes ces femmes-là me disent qu’elles n’en ont plus besoin parce qu’elles savent où aller, comment évoluer dans le stade, très bien ! Il y a d’ailleurs déjà des Femme de foot un peu partout dans la Meinau. »

Toutes deux abonnés au Racing depuis 2007, Caroline, 22 ans, et Laetitia, 30 ans, ont été un peu « surprises » de voir les femmes installées dans un même coin. Elles saluent toutefois l’initiative « si elle peut peut amener plus de femmes à s’intéresser au foot, et pas que pendant la Coupe du monde », dixit Laetitia.

Membre de la Fédération des supporters, Caroline aurait peut-être préféré voir essaimer ces “kop’In” « dans chaque tribune, pour une meilleure intégration. »

Drapeaux et écharpes roses pour accompagner le bleu du Racing, le “kop’In” est facilement identifiable. Limite cliché ? « Il fallait dire qu’on existe. Vous nous avez vues avec nos drapeaux roses ? On était mille, eh bien j’ai remis 1.000 euros à une association ce jour-là qui œuvre pour le soutien scolaire », ne se dérobe pas la présidente de l’association.

Tout comme elle assume les animations plage, bar à smoothie, maquillage (ou plutôt « grimage ») et coiffure proposées à la Meinau depuis quatre ans lors des soirées Femmes de foot, d’où émane en fait l’association. « Le kop était sponsorisé par les salons de coiffure Serge Comtesse. C’est quelqu’un qui m’aide depuis le début. Il est coiffeur donc qu’est ce qu’il imagine en premier ? Faire des perruques discos, des coiffes. Pour faire venir les femmes au stade, on a senti qu’il fallait proposer autre chose : de pouvoir se retrouver dans des endroits bien spécifiques, de faire la fête… »

Soutien à des actions caritatives de la région

Consciente qu’il ne fallait pas donner l’impression aux gens d’appliquer un simple vernis rose sur le Racing pour attirer un nouveau public, Sabryna Keller s’est attachée à impliquer la supportrice : « Certains clubs invitent toutes les femmes au stade ou leur font 50 % le 8 mars. Pour moi, dès le départ, c’était inconcevable. Il n’y a pas plus condescendant. Je considère que les femmes qui viennent au stade peuvent payer leur place. Surtout si on leur propose des choses en plus. On a tout de suite voulu que les femmes s’impliquent en payant. Et elles savent qu’une partie de l’argent investi va revenir à une association. »

L’association Femmes de foot, aux 148 membres ayant tous au moins apporté une cotisation de 20 euros (et dont la moitié est des hommes !), entend surtout les mobiliser sur d’autres terrains. Faire que la tribune se transforme en chaîne de solidarité.

Comment ? En soutenant surtout actions caritatives locales. « Aujourd’hui, j’ai une convention avec le Racing, avec pour mission d’identifier et de soutenir au nom et pour le compte du Racing des actions », indique la fondatrice qui a ciblé l’aide auprès aux enfants et des femmes en difficulté. « Pour casser l’image du foot, fric, dégueulasse. C’est bien que les footballeurs s’impliquent sur les causes qui touchent particulièrement les femmes. C’est ce que j’attends d’un joueur de foot : qu’il soit bon sur le terrain mais qu’il s’engage en dehors. »

Et puis, il y a le terrain économique, à destination des ambassadrices, chefs d’entreprise, décideuses, bref des abonnés un peu plus VIP, qui adhèrent aussi à Femmes de foot pour faire du “réseautage” au stade.

Tout un pan événementiel est organisé à leur attention. A l’instar de ce cycle de conférences où la première intervenante, Nathalie Iannetta, parlera du leadership au féminin. Histoire de faire du relationnel et créer du contact au Racing, même quand lorsque les crampons sont rangés.

« J’ai pris le virus »

Elles n’ont pas la carte mais les fidèles supportrices Caroline et Laetitia ne viennent pas au stade pour “réseauter”. La première n’aimait pas spécialement le sport avant sa première à la Meinau. La ferveur et l’ambiance l’ont convaincue. Elle n’a d’ailleurs plus raté de match à domicile depuis la saison 2011/2012.

Quant à la trentenaire, depuis qu’elle a « pris le virus », elle parcourt 300 km pour venir voir un match à la Meinau. La passion, qu’elle soit au féminin ou au masculin finalement… « Un supporter, ça soutient son club en toutes circonstances. Et avec ce qu’on a vécu à Strasbourg ça prend tout son sens, complète Laetitia. Ce qui différencie les supporters hommes et femmes ? Je crois que les femmes ont un lien plus affectif avec les joueurs, tandis que les hommes sont davantage attachés au club ».

En fait, si, elles ont constitué leur propre réseau : celui d’amis proches, d’une « famille dans la famille du Racing ».