• Il y a six mois, Anthony Belleau n'était connu que par les plus assidus des fans du RCT (et par quelques Lot-et-Garonnais).
  • Un drop en demi-finale, quelques très bons matchs, une série de blessures chez ses concurrents : voilà comment il s'est retrouvé propulsé titulaire face aux All Blacks, ce samedi.

Monflanquin, c’est ce genre de patelin du Sud-Ouest qui ne vit que pour le rugby, ou presque – il y a la chasse à la palombe, aussi. Et le jour de gloire va arriver : ce samedi, un gamin du village va connaître sa première Marseillaise. Anthony Belleau, aligné à l’ouverture par Guy Novès.

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« Quand on va le voir à l'écran pendant les hymnes, ça va être un sacré frisson », avoue son grand frère Damien. Des frissons, mais du stress aussi chez le président de l’US Monflanquin, Bertrand Paillé :

J’ai peur que les Bleus se loupent. Et si Anthony se fait passer trois fois de file, c’est mort pour lui, les médias et le public ne lui laisseront pas sa chance. Et malheureusement, face aux Blacks, c’est possible.

From quasi inconnu to petit prodige du rugby real quick

Effectivement, ça n’a rien d’un cadeau que de se farcir les Blacks pour une première titularisation avec l’équipe de France... A 21 ans, et après seulement 22 matchs chez les pros. « Qu’est-ce que j’ai à perdre ? Je n’ai pas de pression », a répondu Anthony Belleau, à Rugbyrama. Son frangin Cyril, agriculteur à Monflanquin, stresse pour deux : « Je n’aimerais pas être à sa place ! Mentalement, faut être costaud quand tout arrive comme ça d’un coup. » Tout est arrivé en une soirée, effectivement.

Nous sommes au Vélodrome, le 26 mai dernier. Demi-finale de Top 14 rugueuse face à La Rochelle. Le jeune Belleau fait un match énorme et offre la victoire à Toulon, d'un drop, à la sirène. En manque de temps de jeu au RCT, il devait revenir en prêt à Agen, son club formateur, après les phases finales. Mourad Boudjellal annule tout. Et ça n’étonne pas vraiment les dirigeants du SUA : « Quand j’ai vu son match, je me suis douté que c’était mal barré pour nous », racontera Philippe Sella. Un contrat de prêt déchiré, une  page Wikipédia créée dans la soirée : en quelques heures, Anthony Belleau est passé de quasi inconnu à petit prodige du rugby français. Et pour ses proches, ce n'est même pas une surprise.

Je sais ce qu'il vaut ! Depuis qu'il a 7 ou 8 ans il impressionne tout le monde. Et il n'est pas fier, pour lui, c'est normal ! [Didier, son père]

Son histoire est ouf de l’extérieur, mais pour nous ce n’est pas étonnant, il était tellement au-dessus… [Léo, qui jouait avec lui à l’école de rugby des Quatre Cantons]

Ce qui nous a surpris, c’est qu’il soit appelé en novembre avec les Bleus : avec mon frère, on pensait plutôt qu’il ferait le tournoi en février. [Damien, le grand frère]

A 5 ans, le « drôle » (on ne dit pas « minot » en Lot-et-Garonne) raconte partout qu’il sera rugbyman professionnel. Et dans sa tête, il n'y a pas de plan B. Damien Belleau, intarissable pour décrire le frère prodige : « Il est bon au tennis, à la pétanque… Même au ball-trap, alors qu’il n’est même pas chasseur ! » Un petit texto arrivera un peu après l’interview : « Ah si, il ne m’a jamais battu au golf ! » 

A mi-chemin entre Wilkinson et les bons vivants du Lot-et-Garonne

Dans le jardin des Belleau, pas de green, mais deux tuyaux d'arrosage, en guise de perches. A peine ado, le jeune ouvreur enchaîne, tout seul, entraînements devant le but et séances de fractionné. Il bouquine aussi des biographies de joueurs. Et le premier dans sa bibliothèque, comme sur les murs de sa chambre, c’est  Jonny Wilkinson.

C’est d’ailleurs pour lui qu’il a rejoint Toulon, en 2014, après quelques années avec les Espoirs du SU Agen. Déjà à l’époque, Philippe Sella n’a pas pu lutter : « Ce n’était même pas une question financière, sur les contrats jeunes, la différence n’est pas énorme. Non, le truc qui revenait, c’était Wilko ! » Après avoir visité les installations de Clermont, le jeune Belleau a en effet passé une journée à Toulon… Et un entraînement avec son idole. Il signe dans la foulée. Et s'inspire du mode de vie ascétique de l’ouvreur britannique. Un peu trop, selon ce proche :

Il s’était vachement fermé. Il se privait de tout. Il a fallu lui faire comprendre que ce n’est pas une petite bière de temps en temps qu’il allait tuer sa carrière. Il ne picole pas non plus tous les week-ends, hein…

« On voit qu’il a moins l’habitude que nous, il tient moins bien », nous dira un copain. « Il aime retrouver ce qu’on aime tous ici, la fête et les copains » : plus politique, Bertrand Paillé, le président de l’US Monflanquin, décrit un « bon vivant. » « C’est le gamin du village qui est arrivé tout en haut, c’est vrai. Mais il sait d’où il vient. Et il sait où il reviendra. »