• Comme en Bretagne ou dans le Nord, le rugby tente doucement de se faire une plus grosse place en Alsace.
  • Sa locomotive du RC Strasbourg joue depuis la reprise en Fédérale 1 élite, l'antichambre du monde pro.
  • Ambitieux, le club aimerait accéder à la Pro D2 d'ici trois ans, dans la lignée de son projet de développement lancé en 2012.

Aucun rugbyman alsacien n’affrontera les All Blacks avec les Bleus ce samedi (20h45). Un peu plus tôt (18 heures), dans un choc entre deux ambitieux de Fédérale 1 élite, troisième division aux portes du monde pro, le Rugby club de Strasbourg recevra Chambéry dans son antre de Hautepierre. Un brin plus champêtre que le stade de France…

Même si le Mutzigeois - devenu Palois - Fabrice Metz a été le premier régional de l’histoire à jouer en Top 14, avant de gagner les honneurs d’une cape avec le XV de France en 2016, le rugby tente encore de s’implanter dans le nord-est du pays. Tout doucement. Avec le RC Strasbourg comme locomotive, à l’instar de  celle de Vannes de Bretagne.

>> A lire aussi : Sireli Bobo, une vieille star du rugby fidjien qui ne s'est pas perdue à Strasbourg

Encore deux niveaux en dessous (en Fédérale 2) en 2012, la formation de la capitale alsacienne prend depuis du galon charge après charge, malgré une fin de saison rageante. Après quatre défaites pour ses débuts dans la poule d’accession à la Pro D2, le RCS a gagné contre Bourgoin (26-10), bastion historique de l’ovalie, mi-octobre.

« Construire quelque chose ensemble » dans une région pauvre côté rugby

De nouveau défait, depuis, à Rouen (25-15), Strasbourg se veut toujours en apprentissage à ce niveau apportant ses nouvelles exigences, dans une région aux moins de 4.000 licenciés (pour 1,8 million d’habitants). A l’aube de la septième journée, le club peut compter sur un effectif plus que semi-pro, modifié à 30 % cet été, avec un staff renforcé.

« On voulait des morts de faim et créer un vrai groupe d’amis pour se recentrer autour d’un objectif commun entre joueurs et club, avec beaucoup d’ambition », résume le manager Julien Chastanet qui attend encore de voir son équipe diffusée en direct sur La chaîne L’Equipe, qui retransmet une rencontre de chaque journée de la poule.

Dans leur poule de Fédérale 1 élite, les Strasbourgeois visent d'ici trois ans la montée en Pro D2, et ont déjà mis leur stade de Hautepierre aux normes dans cette idée.
Dans leur poule de Fédérale 1 élite, les Strasbourgeois visent d'ici trois ans la montée en Pro D2, et ont déjà mis leur stade de Hautepierre aux normes dans cette idée. - B. Poussard / 20 Minutes.

Monté deux fois en Alsace en préalable à son recrutement (pour rencontrer, notamment, dirigeants, staff et préparateur mental) au mois de juin, le troisième ligne de 31 ans Leandro Perez-Galeone fait partie des nouveaux venus :

« Quand j’ai rencontré Julien, il m’a présenté le projet en montrant beaucoup d’envie et en me redonnant la motivation après une année compliquée. L’objectif, c’est de participer à la construction de quelque chose ensemble. Tout le monde veut aller dans le même sens, on a envie de progresser chaque année, vers le haut de tableau. »

Un centre de formation pour les meilleurs alsaciens

En marge des entraînements, l’Argentin intervient chaque semaine auprès d’autres catégories, sur la touche ou la vision du jeu. « Tu sais qu’en signant ici, tu feras des actions auprès des jeunes de 8 ans à 18 ans », insiste le manager. C’est le cas pour toutes les recrues, même Agustin Ormaechea, qui a déjà pris part à une Coupe du monde avec l’Uruguay…

Comme la vitrine à redorer, le plan de formation global de l’école de rugby est au cœur du projet de développement du club amorcé voilà cinq ans. Un ADN de jeu et de plaisir est donné dès les plus petites catégories, des formations sont transmises aux éducateurs bénévoles et des livrets et fiches ont été créés(e) s en mettant un réel suivi en place.

Ici à gauche, en bleu, les Alsaciens découvrent l'antichambre du rugby pro, dans le troisième échelon national.
Ici à gauche, en bleu, les Alsaciens découvrent l'antichambre du rugby pro, dans le troisième échelon national. - B. Poussard / 20 Minutes.

Pour amener les jeunes vers le plus haut niveau possible, un centre et un pré-centre de formation ont aussi été mis en place, tandis que de nombreuses actions sont menées avec les écoles des quartiers et communes voisin(e) s. « L’objectif, c’est d’amener un maximum de joueurs de la région chez les pros, complète Julien Chastanet. On a besoin de qualité. C’est un travail de longue haleine. »

Un budget en pleine croissance, comme ses licenciés

Du haut de ses 400 licenciés (un nombre toujours en hausse), le RC Strasbourg fait de la détection dans toute l’Alsace, le Grand Est, et même au-delà. Néanmoins, malgré une volonté de tirer le niveau du rugby alsacien vers le haut, la formation strasbourgeoise ne se sent pas toujours suivie par certains clubs locaux qui sembleraient y voir une concurrence.

Alors qu’il optimise déjà des outils technologiques comme quelques clubs du Top 14, le RCS, passé de 7 à 43 salariés en cinq ans espère également atteindre les trois millions de budget d’ici deux ans (contre 1,9 million l’an dernier). Le manager général Julien Chastanet est très positif à propos de ces perspectives économiques :

« Là où des places historiquement fortes du rugby s’essoufflent parce que ça ne suit plus financièrement - comme à Tarbes ou à Bourgoin - nous, on atteint aujourd’hui 2.100.000 euros de budget avec les amis d’amis des dirigeants. »

Se faire une place à Strasbourg derrière la SIG et le Racing

En attendant d’être rejoint par deux commerciaux, un directeur commercial a été recruté à plein-temps en juin afin de prospecter dans cette idée. Si la mission n’est pas aisée, derrière le foot et le basket bien implantés, David Hugony est bien décidé à jouer sur l’identité alsacienne : « On veut une vraie mixité régionale. […] Et ici, le ticket d’entrée est moins important qu’ailleurs. »

Preuve des évolutions en cours, une brasserie a ouvert il y a peu en haut de la principale tribune. D’ailleurs, au stade, les prix ont aussi augmenté, face aux demandes du niveau supérieur de la Fédérale 1. En interne, quelques changements n’ont pas manqué de faire grincer des dents. Mais dans deux ans, le RC Strasbourg veut être un prétendant à la montée en Pro D2.