France-Biélorussie: Les Bleus n’ont pas l’air plus avancés qu’au sortir de l’Euro, c’est grave docteur ?

FOOTBALL La campagne de qualification au Mondial n’a pas permis à l’équipe de France d’affirmer sa force et son jeu, après un Euro réussi…

Au Stade de France, Nicolas Camus (avec J.L.)

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Didier Deschamps, Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Olivier Giroud lors de la victoire des Bleus contre la Biélorussie, le 10 octobre 2017 au Stade de France.

Didier Deschamps, Kylian Mbappé, Antoine Griezmann et Olivier Giroud lors de la victoire des Bleus contre la Biélorussie, le 10 octobre 2017 au Stade de France. — Montage SIPA

  • L’équipe de France est qualifiée pour le Mondial en Russie.
  • Elle n’a toutefois pas montré de grands progrès lors de cette campagne de qualification.
  • Les chantiers sont nombreux pour Didier Deschamps, à huit mois de la compétition.

Bizarre, tout de même, cette soirée qui a vu la France valider son ticket pour la Coupe du monde. On s’imaginait quitter le stade heureux comme des gamins et impatients de voir nos Bleus en découdre en Russie, mais ce n’est pas vraiment dans cet état d’esprit qu’on est rentré chez nous.

Non, c’est plutôt une grosse interrogation qui nous a accompagnés sur le chemin du retour. Comment est-ce qu’une équipe vice-championne d’Europe, renforcée par des joueurs comme Mbappé, Lemar, Tolisso, Sidibé ou Mendy, peut-elle sembler moins cohérente aujourd’hui qu’au sortir de l’Euro ? Ou en tout cas, pas plus avancée.

Parce qu’au-delà de la qualification à la Coupe du monde, cette campagne était censée valider les acquis du championnat d’Europe à la maison et voir les Bleus prospérer dessus en y ajoutant les petites touches manquantes. Mais hormis face aux Pays-Bas fin août (4-0), rien de ce qu’on a vu ces derniers mois ne semble aller dans le bon sens. C’est comme si la ligne directrice collective disparaissait à mesure que les talents individuels émergeaient.

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« On n’a pas de maîtrise sur la durée, pendant les matchs ou d’un match sur l’autre »

La défaite en Suède, le match nul contre le Luxembourg, les secondes périodes face à la Bulgarie et à la Biélorussie… Les Français ne maîtrisent pas grand-chose, surtout dans leur expression offensive. Juste une stat, comme ça, au passage : ils finissent les qualifications avec 18 buts inscrits en 10 matchs, contre 43 pour l’Allemagne et la Belgique, 36 pour l’Espagne ou 32 pour le Portugal.

Ne vous en faites pas, les intéressés en sont bien conscients. « Je ne suis pas borgne ou aveugle, répond Didier Deschamps. On n’a pas de maîtrise sur la durée, que ce soit pendant les matchs ou d’un match sur l’autre. » Et ce malgré les changements de système, l’émulation au sein du groupe et les rassemblements qui passent, quand même. A huit mois du Mondial, et avec seulement six ou sept matchs amicaux d’ici là, ça fait encore un sacré paquet de questions. On vous les met comme ça, pêle-mêle :

  • C’est quoi le meilleur système, 4-4-2 ou 4-3-3 ?
  • Où on met Mbappé ? Ailier droit n’est pas son meilleur poste, mais Griezmann et Giroud s’entendent à merveille et marquent les buts qui comptent pendant que Lacazette tente d’exister.
  • D’ailleurs, est-ce qu’il a vraiment un avenir dans cette équipe, Lacazette ?
  • Et Dembélé, on fera quoi quand il sera de retour ?
  • Tout ça nous amène à la concurrence en attaque. Mbappé Dembélé, Martial, Lemar, Fekir, Lacazette, Coman, Payet… A qui DD va devoir expliquer qu’il reste sur le banc (ou pire, à la maison) ?
  • Kanté, Matuidi, Pogba et maintenant Tolisso… Qui doit être sacrifié au milieu de terrain ?
  • Si Sidibé se blesse, le plan B c’est vraiment Jallet ?
  • Est-ce qu’il faut continuer à se raconter des histoires au sujet de Benjamin Mendy ? Le latéral de City a 5 % de chances d’être remis à temps, et derrière c’est Kurzawa et Digne.
  • Varane-Umtiti ou Varane-Koscielny ?
  • Comment on fait pour avoir un banc décisif un jour ?
  • [Bonus >> Deschamps devrait prolonger bientôt jusqu’à l’Euro 2020, si tout se passe comme annoncé. Mais si on fait quart de finale en Russie sans voir de progrès flagrants, on fait quoi ?]

Il y a un peu de tout là-dedans, mais ça résume les problématiques des Bleus. Interrogé sur l’idée de resserrer le groupe dès le prochain rassemblement (en novembre) et dégager une équipe type pour la faire bosser ensemble, le sélectionneur n’avait pas l’air très emballé. « Il peut se passer des choses, comme avec Varane avant l’Euro. Je vais avoir l’air malin si certains [que j’aurais choisis] me manquaient finalement avant la Coupe du monde. J’ai différentes associations possibles, on verra. Entre novembre et mars, je ne vois plus les joueurs. Il va falloir bien analyser ce qu’on a fait, et puis ensuite il y aura des choix à faire, comme d’habitude. »

« On doit progresser dans tous les domaines »

Parlons des domaines où les Bleus peuvent s’améliorer, alors. En zone mixte, les joueurs n’ont pas caché que la marge de progression était importante. « En deuxième mi-temps, par exemple, on n’a pas eu d’occasions, on n’a pas su imprimer notre rythme, note Corentin Tolisso. C’est dans ce domaine-là qu’il faudra progresser pour aller loin en Coupe du monde. » « On a une équipe mentalement solide, on arrive toujours à répondre présent, mais au vu de notre qualité on pourrait se rendre les matchs plus faciles plus rapidement en étant plus tueurs, plus justes, ajoute Dimitri Payet.

On passera sur les fameux « automatismes à trouver avec les jeunes qui arrivent » (dixit Blaise Matuidi). En fait, les chantiers sont aux quatre coins du terrain. « On doit progresser dans tous les domaines. Je ne focalise pas sur un secteur parce que tout est lié », fait savoir DD. La bonne nouvelle, quand même, c’est que la matière est là. On peut même dire qu’intrinsèquement, elle n’a pas beaucoup d’équivalents dans le monde. C’est pour ça que la frustration est grande, mais qu’on passera les prochains mois à se dire que si tout s’aligne comme il faut, on peut vivre un sacré été.