François Hollande: «Les Jeux vont imprégner une génération»

INTERVIEW L'ancien président de la République, à l'initiative d'une nouvelle candidature française à l'organisation des JO dès son élection en 2012, a répondu aux questions de « 20 Minutes »...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud et Nicolas Camus

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François Hollande lors de sa venue aux Jeux olympiques de Rio, le 5 août 2016.

François Hollande lors de sa venue aux Jeux olympiques de Rio, le 5 août 2016. — Jack GUEZ / AFP

A peine élu en 2012, il a été le premier à lancer l’idée d’une nouvelle candidature française pour accueillir les Jeux olympiques. A quelques heures de l’attribution officielle de l’édition 2024 à Paris, l’ancien président de la République François Hollande, désormais à la tête de la Fondation « La France s’engage », s’est confié à 20 Minutes, mercredi.

Ces Jeux organisés en France, est-ce une victoire personnelle ?

Non, c’est une victoire collective, une victoire pour la France. Rien n’aurait été possible s’il n’y avait pas eu cette alliance entre l’Etat, la Ville de Paris, les collectivités et, surtout, le mouvement sportif. Les athlètes ont vraiment été partie prenante du projet. C’est bien qu’il puisse y avoir des causes qui rassemblent. Il y a suffisamment de querelles qui, parfois, nous empêchent d’avancer.

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Pourquoi accueillir les Jeux était-il si important pour vous ?

Pour chaque génération, il y a des événements structurants qui marquent profondément les esprits, qui font que l’on ne sera plus les mêmes après. Les Jeux vont imprégner une génération par les valeurs qu’ils portent, par l’ampleur de l’événement et les investissements qui en découlent. C’est un défi pour la nation. On a été capable de se réunir pour obtenir ces Jeux, mais le plus difficile arrive : est-ce que l’on est capable de rester unis, dans notre diversité, pour qu’ils soient un succès ?

Vous avez confié récemment avoir pris un risque en vous engageant dès 2012. Parce qu’il y avait beaucoup d’oppositions ?

Cela n’était pas une évidence au début. Il restait des blessures à vif des précédents échecs [des candidatures françaises aux JO]. Quand je suis arrivé à Londres pour les Jeux de 2012, j’ai réuni les sportifs pour leur parler d’une éventuelle candidature. Et surtout leur dire : « si nous y allons, il faut gagner ». A un moment, il faut une voix, qui ne peut être que celle du chef de l’Etat, pour dire que la France est prête.

Convaincre la Mairie de Paris a-t-il été si difficile ?

La Ville de Paris, et c’est légitime, a pesé le pour et le contre, notamment la question des coûts, avant de s’engager. J’ai parfaitement compris ces réserves. Pour les lever, il fallait démontrer que l’Etat serait là, comme un partenaire et non comme l’acteur principal. Qu’il ferait en sorte de fédérer, et de s’effacer pour que la Ville et le mouvement sportif puissent être en première ligne. Ce sont ces arguments qui ont, je pense, convaincu Anne Hidalgo et ensuite le Conseil de Paris.

Anne Hidalgo et François Hollande.
Anne Hidalgo et François Hollande. - J.E.E/SIPA

Comprenez-vous l’opposition d’une partie des Français à ces Jeux ?

La population de Paris mais aussi du pays tout entier, se pose deux questions. D’abord, est-ce que ça ne va pas coûter trop cher, avec des prélèvements supplémentaires ? Il faut rassurer, en disant que beaucoup d’équipements existent déjà, et que ce qui sera réalisé va rester pour tous les habitants, au service des générations futures. L’autre interrogation concerne l’environnement et la qualité de la vie, avec les travaux, les désagréments… Là aussi, nous avons voulu que la candidature soit exemplaire dans l’innovation technologique et sur le développement durable, dans la continuité de la Conférence de Paris sur le climat.

Il y a aussi la crainte des attentats. Organiser les Jeux, est-ce faire de la France une cible prioritaire ?

Mais le risque est partout, tout le temps. Il n’y a pas qu’en France, hélas, qu’il s’est produit des attentats. Nous avons organisé l’Euro [en juin 2016] dans une période durant laquelle la menace était maximale. On a démontré qu’on était les mieux préparés pour organiser une telle compétition et protéger tant les athlètes que la population. Quand je suis allé aux Jeux de Rio en août 2016 pour défendre notre candidature, la seule question qui m’était posée était : avec les attentats, êtes-vous encore candidat ? Ma réponse était que nous sommes d’autant plus candidats. Les Jeux sont une réponse à ce qui nous est arrivé.

Aurez-vous un rôle dans l’organisation de ces Jeux ?

Pas un rôle direct. En ce qui me concerne, il y aura des projets autour des Jeux qui pourront être soutenus par la Fondation. Et elle le fera avec tout mon engagement personnel.

Vous n’allez donc pas solliciter le comité d’organisation ?

Ce n’est pas ma place. Je saisis cette occasion pour dire combien Tony Estanguet et Bernard Lapasset ont été admirables. Le choix de ces personnes a été déterminant.

Ils avaient aussi pour mission de faire retrouver à la France sa place dans les instances internationales. Y avait-il un déficit à ce niveau ?

Nous avions sûrement négligé ça dans le passé. Nous avons souvent pensé qu’il suffisait d’être la France pour être aimée, choisie. Mais cela ne se passe plus ainsi. Il y a une diplomatie sportive à engager, et c’est celle-ci qui nous a permis d’être choisis pour l’Euro 2016 ou le Mondial de handball. On devient un lieu recherché grâce à nos équipements, à notre accueil, à la sécurité. C’est très important dans le domaine du sport, mais aussi dans le domaine économique. A chaque fois, il y a des dizaines de milliers de visiteurs et des dizaines de millions, voire des milliards, de téléspectateurs qui regardent la France.

Où serez-vous au mois d’août 2024 ?

Je ne serai pas sur la piste, malgré l’entraînement poussé que je pourrais engager dès maintenant (sourires). Mais je serai en tribunes pour l’ouverture, je l’espère.

Aurez-vous un pincement au cœur de ne pas récolter les fruits de votre travail ?

J’aurai un battement, pas un pincement. C’est une leçon de vie. Quand je travaillais pour la candidature, je savais que je ne serai pas chef de l’Etat en 2024. Mais ce qui comptait, c’était qu’un président français puisse ouvrir ces Jeux. On travaille toujours pour son successeur, même s’il ne le sait pas toujours.