Pour une fois qu’on avait envie de dire du bien de la Sky, l’actualité a failli tout foutre en l’air. La faute au fameux Vortex, cet ajout aérodynamique constitué de bandes de petites billes d’air réparties sur les bras et les épaules qui auraient donné à Geraint Thomas ou Christopher Froome un avantage  non négligeable dans le prologue de samedi. Il y avait pourtant matière à s’enthousiasmer pour les nouveaux équipements de la Sky : c’est en effet la première fois qu’une équipe engagée sur le Tour permet de différencier ses coureurs… grâce à leur nom inscrit au dos de leur maillot.

Une petite révolution dans le vélo, même si on ne va pas demander à Dave Brailsford, le directeur sportif de l’équipe britannique, de déposer un brevet pour autant. L’équipe IAM avait tenté sa chance en 2015 avant de se faire retoquer par l’UCI, qui a donc fini par faire évoluer son règlement.

Le point de réglement autorisant l'identification des coureurs par leur nom.
Le point de réglement autorisant l'identification des coureurs par leur nom. - DR/UCI

« La nouvelle tenue a été validée par tous les organismes compétents, nous a confirmé la Sky herself. Les coureurs adorent cette petite touche personnelle, et cela permettra aux fans de reconnaître chaque membre de l’équipe beaucoup plus facilement sur la course ». Nous voilà au cœur du sujet et d’une interrogation lancinante.

« Mais bordel c’est qui le 144 de la Sunweb qui essaie de sortir du peloton à la flamme rouge làààààààààààààààààààààààààà ????? »

Et encore, imaginez que nous, on est vaguement connaisseurs de la chose. Mais le téléspectateur qui ne mate le vélo que pendant le Tour, il doit se demander quel sport il regarde parfois. Et ben c’est simple : le seul sport au monde où plus les années passent, plus c’est compliqué d’arriver à reconnaître les coureurs. Avant le port des casques obligatoires, on s’en sortait vaguement : Le crâne de Pantani, les cheveux roux de Jan Ullrich, l es cheveux blonds de Pascal Hervé, le monde du vélo était d’une simplicité réconfortante. Aujourd’hui, c’est une galère sans fin de mettre un nom sur un casque blanc parmi d’autres casques blancs, à quelques exceptions près :

  • Les porteurs de maillots distinctifs (sauf Si Peto Sagan les a tous)
  • Thibaut Pinot, qui est toujours le dernier FDJ du peloton
  • Pierre Rolland, qui est toujours le maillot vert à l’attaque
  • Nacer Bouhanni, qui est le seul Cofidis que vous verrez du Tour
  • Christopher Froome, qui a le maillot jaune à partir de la 5e étape jusqu’à Paris
  • Haimar Zubeldia, le vétéran de la course, qui court avec des cannes

 

Mais voilà que la Sky, sans cesse à la pointe de la technologie, nous offre un monde nouveau, fait de repérage facile et de petits cris d’animal excité, à base de « MAIS IL MET QUAND LE CLIGNOTANT CET ENFLURE DE MIKEL LANDA IL A DEJA FAIT EXPLOSER TOUT LE MONDE ????? » avant même avoir été averti par Thierry Adam sur la Moto 2.

Peto Sagan, combo coupe de cheveux de rock star + maillot de champion du monde.
Peto Sagan, combo coupe de cheveux de rock star + maillot de champion du monde. - Peter Dejong/AP/SIPA

L’idée d’une généralisation des noms de tous les coureurs au dos des maillots a bien fait marrer Rein Taaramäé,l’Estonien passé par la Cofidis : « C’est vrai que dans le feu de l’action, on met parfois un peu de temps à savoir quelle roue on a prise. Là, avec le nom, je pourrais savoir direct si je me suis trompé et si j’aurais dû choisir un mec avec des meilleures jambes (rires) ». Cédric Vasseur, le consultant de France TV qui suit l’épreuve à l’arrière de la moto, est plus circonspect. « Même si tous les mecs avaient leur nom sur le maillot, ça ne changerait rien, moi je me réfère au dossard pour savoir qui j’ai devant moi, c’est une habitude ».

Et le téléspectateur dans tout ça, puisque c’est lui qu’on imaginait comme le premier bénéficiaire de cette grande avancée pour l’ensemble de l’humanité ? Nos premières impressions de cobayes volontaires sont plutôt mitigées.

  • L’emplacement du nom est mal choisi. Les Sky ne prennent jamais les échappées, donc on voit seulement leurs maillots de face à l’avant du peloton.
  • Les vues aériennes depuis l’hélicoptère sont trop lointaines pour qu’on voit autre chose que des couleurs et des formes.
  • Les coureurs sont souvent voûtés sur leur vélo, on voit donc plus souvent leurs fesses que leur dos

 

Bilan, le nom à l’arrière du maillot, c’est bien, c'est beau, mais cela ne suffit pas au suiveur lambda. Heureusement, les lecteurs de 20 minutes ont le cerveau qui fume d’idées de génie. On vous résume leurs meilleures propositions pour identifier les coureurs au plus vite.

> La plus alambiquée mais pourquoi pas

« Des casques de couleur différente pour chaque coureur d’une équipe mais avec des similitudes entre les équipes, genre tous les leaders de la course avec la même couleur de casque »

> La plus sûre

« Nom sur le casque en grandes lettres et dans le dos, ainsi qu’une plaque sur le vélo »

> La plus « Pro Cycling manager »

« Pour les courses de chevaux il y a quelques années sur Canal +, quand un commentateur désignait un jockey, il y avait un curseur qui pointait dessus. Ce serait intéressant, avec un curseur sur une vue d’hélico ou de moto suiveuse, sur un coureur en particulier dans un peloton »

> La plus logique

« Le nom sur le cul »

 

Un brainstorming de qualité, à faire rougir les pontes de l’UCI. Celles d’ASO ont déjà étudié la question. Depuis trois ans, l’organisateur du Tour de France met à disposition des diffuseurs un système de gélolocalisation des coureurs très sophistiqué, comme le détaille dans l’Equipe Julien Goupil, le responsable médias d’Amaury Sports. « Des capteurs sont posés sous la selle de chacun des coureurs, nous permettant d’avoir la position exacte des coureurs sur GPS. Cela nous amène aussi des informations plus précises sur la composition des groupes, les écarts, ou les vitesses instantanées ».

L'interface du jeu vidéo Pro Cycling manager.
L'interface du jeu vidéo Pro Cycling manager. - Capture d'écran/youtube

Autant d’outils censés faciliter la vie des téléspectateurs mis à disposition de France Télévisions, responsable du signal intégral livré aux télés du monde entier. Mais des outils encore utilisés à petite dose, « parce que trop de data tue le data », nous explique-t-on chez France TV. Le petit favori de la réalisation, jusque-là ? La vitesse des échappées et celle du peloton comparée en temps réel. Reste à savoir qui sont les échappés et qui mène la chasse quand on ne peut pas mettre le son.