A Dortmund, le mythe d'un mur jaune apolitique noirci par les fantômes du hooliganisme d'extrême-droite

FOOTBALL Le mur jaune de la Südtribune est aussi beau qu'instable...

William Pereira

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Le légendaire mur jaune

Le légendaire mur jaune — ODD ANDERSEN / AFP

Pour les joueurs du Borussia, c’est le douzième homme. Pour les adversaires, l’enfer. Enfin, pour les puristes et adeptes des grosses ambiances en tribunes, c’est carrément le paradis. Le mur jaune (localement connu en tant que Südtribüne) n’en finit plus de fasciner. C’est dit-on, un modèle du genre à l’heure où la cause ultra perd du terrain un peu partout en Europe. Mais il y a un « mais ». Car s’il n’a pas usurpé sa réputation et fait du Signal Iduna Park une véritable cathédrale du foot européen, le mur jaune a aussi ses problèmes. Principalement d’ordre politique. Paradoxal.

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Un athéisme politique de façade

Paradoxal parce que la direction du club milite officiellement pour des tribunes et des groupes de supporters apolitiques au sein du stade du Borussia afin d’anticiper d’éventuels affrontements idéologiques (comme au Parc des Princes à l’époque des virages Auteuil et Boulogne). Mais cet athéisme prôné par l’institution Dortmund n’est en réalité qu’une façade, tant le contexte social de la région finit toujours par prendre le dessus sur le reste. C’est du moins l’avis d’Alexandre Fatton, membre d’une cellule suisse présente dans la Südtribüne ( Confoederatio Helvetica Borussia) et co-fondateur du site Génération WS.

« Le contexte, c’est la Ruhr. La région de Dortmund, Bochum, etc. C’est historiquement une zone industrielle très à gauche qui a traversé plusieurs graves crises comme celle du charbon. Aujourd’hui ce n’est plus comme avant, mais le noyau dur reste la classe ouvrière. »

Dans le mur jaune, c’est un peu pareil. Si le plus gros groupe d’ultras de la tribune, The Unity (près de 1.000 personnes) est donc officiellement apolitique, c’est un peu différent dans les faits puisque nombre de ses membres se revendiquent antifascistes et participent à des manifestations contre l’extrême-droite. « Nous condamnons le racisme et l’intolérance ainsi que la répression étatique. Nous voulons une culture de fans, dynamique et mature », telle est leur devise. « Ce qui est amusant, c’est que leur capo est plutôt de droite », commente Alexandre Fatton.

Les Ultras de The Unity
Les Ultras de The Unity - PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Amusants, les Desperados 99 (DES 99) le sont un peu moins. Ce groupe minoritaire, à tendance d’extrême-droite voire néonazie, se voyait à sa création en successeur du terrifiant Borussenfront (un groupe de hooligans néonazi des années 80) et a rapidement développé une certaine passion pour la bagarre (surtout hors tribunes). Il y a quatre ans, à l’occasion de la première journée de Bundesliga, les Desperados se faisaient remarquer en déployant une banderole en soutien à un groupe néonazi fraîchement dissout par le ministre de l’Intérieur.

« Mais récemment c'est un peu plus calme de leur côté. C'est beaucoup plus modéré », pondère le supporter suisse du Borussia, qui note que cela dégènère très rarement en tribune.

« Ce qui est intéressant c’est que malgré les divergences, ça se passe quand même plutôt bien entre eux dans le stade. Ils mettent le club en avant et gardent leurs combats politiques hors du club à quelques exceptions près. »

Les hooligans d’extrême-droite veulent envahir la Südtribüne

Exceptions auxquelles on peut inclure les Desperados mais surtout leurs successeurs, qui ont commencé à apparaître au moment où les DES 99 se sont calmés : les 0231 Riot. « Ce sont des hooligans similaires au Borussenfront. Leur but est de prendre le pouvoir de la Südtribüne et d’y faire régner une idéologie d’extrême-droite. Ils essayent de prendre le plus de place possible dans la tribune, ils déploient des engins pyrotechniques, des banderoles polémiques… Tout le monde a peur de ces gars-là », s’inquiète Alexandre Fatton, qui se souvient de cette fois où les hoolingans l’ont empêché de déployer la banderole de son fan-club parce qu’ils avaient besoin d’espace pour la leur. « Quand j’ai compris que c’était eux, je n’ai pas fait le malin », raconte-t-il, en essayant de se rassurer comme il le peut.

« Pour le moment, ils sont surtout présents lors des déplacements. » Nombre d’entre eux ont de fait été interdits de stade suite à de graves débordements en marge d’un déplacement à Darmstadt en 2016. Si le club et la fédération mettent en avant leur fermeté à l’égard de la violence dans le football, la situation est en réalité préoccupante pour une Südtribüne en proie à ses vieux démons du hooliganisme. Loin, très loin de l’image idyllique que l’on se fait du monument vu de l’étranger. Comme le dit l’adage : l’herbe est toujours plus jaune ailleurs.