Coupe du monde 2026: Le Mondial à 48 pays «pour les pauvres», vraiment?

FOOTBALL La Fifa a entériné mardi la formule de la Coupe du monde 2026, qui élargit le nombre d'équipes engagées dans la compétition et soulève de gros enjeux économiques…

afp

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Le projet de Gianni Infantino est soutenu par Diego Maradona.

Le projet de Gianni Infantino est soutenu par Diego Maradona. — Walter Bieri / AP / Sipa

« Faites-le pour les pauvres. » L’imploration, signée Samuel Eto’o fin décembre, était adressée à Gianni Infantino. Le patron de la Fifa, qui manœuvre pour redorer l’image d’une institution plombée par le scandale de corruption sous l’ère Blatter, n’en demandait pas tant. L’Italien se voit sollicité en petit père des pauvres, l’histoire est belle, pour avoir proposé lors de sa candidature d’élargir la Coupe du monde 2026 à 48 équipes (au lieu de 32 actuellement), avec minimum deux places supplémentaires en phase finale pour l’Afrique. « On vous soutient, je vous soutiens personnellement », ajouté Eto’o, l’ancien capitaine du Cameroun.

Le gouvernement du football mondial a validé mardi à Zurich (Suisse) cette proposition. David Trezeguet y voit « un souci d’équité », quand  Diego Maradona la juge comme « fantastique ». Bref, la propagande, sur fond d’égalité des chances, fonctionne à plein. A moins que…

« Démagogique et électoraliste »

A moins que d’autres raisons, moins vertueuses, sous-tendent le projet. « Il y a un côté évidemment démagogique et électoraliste. Infantino, désormais élu président de la Fifa, doit tenir ses promesses vis-à-vis de l’Afrique notamment, analyse Vincent Chaudel, économiste du sport au cabinet de conseil Wavestone. Car le fait d’avoir 48 sélections invitées à la fête a pu inciter certains votes en sa faveur, notamment de petits pays, qui voyaient là une opportunité historique de prendre part à une Coupe du monde. »

Un autre intérêt, et non des moindres, pourrait expliquer la défense ardente d’Infantino pour un Mondial élargi. Celui-ci rapporterait 605 millions d’euros supplémentaires à la Fifa, selon un rapport confidentiel de l’instance, consulté par l’AFP. Les revenus nets atteindraient près de 4 milliards d’euros, contre 3,36 milliards pour le Mondial 2018 en Russie, selon les projections. Dans le même temps, les revenus des droits de télévision progresseraient de 480 millions et ceux du marketing de 351 millions.

L’Afrique récompensée pour ses voix, l’Asie lorgnée pour ses marchés ?

« Il est sûr que plus vous invitez de pays à une Coupe du monde, plus les diffuseurs de ces pays ont intérêt à acheter les droits télé et aux prix du marché, analyse Vincent Chaudel. Des prix qui augmentent d’ailleurs sensiblement si les sélections de ces pays sont en lice. »

Il apparaît clair que cet élargissement favoriserait deux continents en particulier : l’Afrique, qui a servi grâce à ses voix de tremplin à l’élection d’Infantino, et l’Asie, qui investit des sommes folles depuis quelques années dans le football. Il n’y a qu’à voir durant ce mercato hivernal. « L’Afrique est avant tout une terre de talents, ce n’est pas là qu’il y a le plus d’argent à aller chercher. En revanche, l’Asie, et la Chine en particulier, est un marché en développement » : c’est ainsi que notre économiste résume l’enjeu d’un Mondial élargi. La Fifa se réserve d’ailleurs le droit d’adapter le coup d’envoi des matchs à partir de la Coupe du monde 2026 en fonction du décalage horaires des pays sur la pelouse. Ce qui devrait plaire aux pays d’Asie, condamnés à chaque édition à se lever au milieu de la nuit…

Quelle répartition entre confédérations ?

La question est aussi de savoir si la nouvelle répartition des places par confédérations permettra une ouverture aux « petits pays ». 20 Minutes s’est amusé à établir une solution de cette répartition à 48 équipes en suivant les logiques de l’actuelle. Voici ce que ça pourrait donner :

Le tableau fictif d'un Mondial à 48 équipes.
Le tableau fictif d'un Mondial à 48 équipes. - DR

Dans la colonne de droite, on a ajouté les équipes les mieux placées au classement Fifa n’ayant pas participé à la Coupe du monde 2014, et donc « favorites » à l’intégration en 2026. On y trouve des équipes de haut niveau (Pays de Galles, Turquie, Sénégal, Paraguay), d’autres plus ou moins habituées aux compétitions mondiales (Tunisie, Arabie saoudite, Nouvelle-Zélande) et seulement quatre vrais petits tout petits : Ouzbékistan, Emirats arabes unis, Chine, Panama. Niveau ouverture, c’est pas dingue dingue.