Paris 2024: «Les JO peuvent être un coup de massue qui plongerait l'économie française en crise»

INTERVIEW L'économiste Jean-Pascal Gayant s'interroge sur la candidature parisienne...

Romain Baheux

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François Hollande et le président du CIO Thomas Bach le 2 octobre 2016.

François Hollande et le président du CIO Thomas Bach le 2 octobre 2016. — Kamil Zihnioglu / POOL / AFP

6,2 milliards d’euros et (presque) pas un centime de plus. Vendredi, Paris 2024 remet la partie budget de son dossier de candidature au CIO, axant sa communication sur la maîtrise du financement de son projet olympique. Si tous les JO depuis 1988 ont dépassé leur coût prévisionnel, l’économiste du sport Jean-Pascal Gayant s’interroge également sur la pertinence économique de la candidature pour notre pays.

Coût réel Jeux Olympiques
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Comment expliquer le dépassement budgétaire de tous les JO depuis ceux de Séoul en 1988 ?

Les candidats ont une tendance naturelle à minimiser le coût de l’organisation pour ne pas effrayer le contribuable-citoyen. Ensuite, entre le moment où l’on élabore le budget des Jeux et l’épreuve en elle-même, le prix des infrastructures a tendance à grimper. Le temps passe, on est obligés de faire appel à des intérimaires pour rendre les chantiers dans les temps, donc la facture augmente. C’est dans la nature du BTP, que cela concerne les Jeux ou non.

Mais est-on condamné à dépasser ce seuil ?

Il y a bien eu la parenthèse enchantée des JO de 1984 où les Américains ont imposé leur manière de faire au CIO parce que plus personne ne voulait organiser les Jeux après ceux de Montréal en 1976. Ces derniers avaient coûté cinq fois plus cher que prévu, ce n’est pas un phénomène propre aux Jeux récents. En 1980, les JO de Moscou ont été une telle charge financière pour l’URSS que cela a pu contribuer à accentuer sa chute.

Paris se vante de présenter un budget maîtrisé et mise sur la « modestie » de sa candidature. C’est la tendance actuelle ?

Ce changement est lié aux Jeux d’hiver de Sotchi de 2014, cauchemardesques pour le CIO car c’était les plus chers de l’histoire (37 milliards d’euros) et que Vladimir Poutine y a paradé en plein conflit sur la Crimée. En mettant en place l’Agenda 2020, sa feuille de route pour les prochains candidats, le CIO veut se racheter une virginité. Les Jeux ne sont plus consensuels comme on l’a vu aux Etats-Unis où Boston a retiré sa candidature.

Le budget de la candidature parisienne aux JO 2024.
Le budget de la candidature parisienne aux JO 2024. - Sofiane Bahala

En France, ils ont quand même rallié la classe politique. Les présidents de groupes à l’Assemblée nationale ont affirmé leur soutien au projet cette semaine…

On a un consensus qui fait un peu plus penser à l’URSS qu’à un pays à forte tradition démocratique. Le débat a été escamoté, on a l’impression que pas une tête ne devait dépasser sur ce sujet dans la classe politique. On n’a pas posé toutes les questions, notamment sur les conséquences pour notre économie.

C’est-à-dire ?

On est incapables de maîtriser les déficits publics malgré l’accroissement des impôts et des taxes. Peut-être que d’ici 2024, on aura un taux de croissance entre 3 et 4 % et une meilleure situation économique mais on pourrait aussi très bien avoir une situation plus tendue. Là, les JO pourraient alors être le coup de massue qui plongerait notre économie dans une crise inextricable.

Les Jeux ont déjà eu plombé les économies grecques et brésiliennes. Quelle conclusion faut-il en tirer ?

Il faut imposer un changement de modèle au CIO et demander une déconcentration temporelle et géographique car le format actuel est pervers. Un pays doit assumer le coût d’infrastructures pour tous les sports olympiques pour une période de quinze jours. En éparpillant les Jeux entre plusieurs pays et en augmentant leur durée, cela les rendrait plus supportables. Là, la France fait des courbettes au CIO. Ça pose des questions de souveraineté nationale, c’est invraisemblable.