Paris 2024: 6,2 milliards annoncés, mais le budget des JO peut-il vraiment être respecté?

JEUX OLYMPIQUES Le comité d'organisation remet vendredi la deuxième partie de son dossier, portant sur le financement...

Romain Baheux

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L'Arc de Triomphe illuminé aux couleurs de Paris 2024 le 9 février 2016.

L'Arc de Triomphe illuminé aux couleurs de Paris 2024 le 9 février 2016. — Francois Mori/AP/SIPA

On rend la copie. A moins d’un an de l’attribution des JO 2024, Paris transmet vendredi au Comité international olympique (CIO) la partie financement de sa candidatre. La capitale française, opposée à Los Angeles et Budapest, se targue d’organiser le tout pour 6,2 milliards d’euros et a fait de l’argument économique l'une de ses forces. Mais est-ce réaliste ?

Comment Paris a construit son budget ?

Soyons clair dès le début : ces 6,2 milliards ne sont pas versés par la France. La moitié d’entre eux correspond à l’organisation de l’événement en tant que tel, ce qu’on appelle le budget Cojo, pour Comité d’organisation des JO. La somme est garantie par le CIO, ses sponsors et la billetterie des Jeux. Reste quand même trois milliards d’euros à trouver.

Le budget de la candidature parisienne aux JO 2024.
Le budget de la candidature parisienne aux JO 2024. - Sofiane Bahala

« On met en avant le chiffre de 1,5 milliard car le reste proviendra d’investissements privés », explique le comité de candidature parisien. Vendredi, Manuel Valls devrait annoncer un soutien étatique de l’ordre de 1 milliard, qui complétera les 209 millions d’euros de la région Ile-de-France, les 145 de la Ville de Paris et les 135 de la Seine-Saint-Denis, où serait construit village olympique.

Mais le chiffrage est-il pertinent ? « Les candidats possèdent une tendance naturelle à minimiser les coûts, souligne Jean-Pascal Gayant, économiste du sport à l’université du Mans. Ce n’est pas forcément conscient puisque certains éléments ne sont pas maîtrisables mais il s’agit de ne pas alarmer le citoyen-contribuable. » Du côté de Paris 2024, on rétorque que les coûts n’ont pas augmenté entre les premières études il y a dix-huit mois et la remise du dossier au CIO. « C’est qu’on avait visé juste », se félicite-t-on.

Comment Paris veut maîtriser l’explosion du budget ?

Ils sont moins mis en avant que les cérémonies d’ouverture et les médaillés, mais les surcoûts financiers font presque autant partie de l’histoire des Jeux. Depuis les JO de Séoul de 1988, tous les comités ont dépassé leur budget prévisionnel, parfois dans des proportions dingues comme Pékin qui a multiplié par douze sa prévision de base en 2008.

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« C’est celui qui estime le plus mal qui remporte les Jeux, puisqu’il vend des choses à un prix inférieur à ce qu’il en coûtera vraiment pour séduire. Et après, il doit payer. C’est ce qu’on appelle la malédiction du vainqueur », décrit Emmanuel Frot, vice-président du cabinet Microeconomix qui a publié un rapport sur le potentiel économique des JO 2024 en France.

Quels effets économiques peut-on attendre de l’organisation des publié par GrandParisMetropole

Ainsi, Paris pourrait voir les chiffres s’envoler sur deux postes de dépenses : le BTP et la sécurité. « Souvent, vous vous retrouvez à faire travailler des entreprises plus rapidement pour achever la construction des infrastructures avant la date butoir et vous devez les payer en conséquence, poursuit Emmanuel Frot. Dans le cadre d’un bâtiment normal, vous pouvez prendre six mois de plus, pas pour les JO. Quant aux dépenses sécuritaires, la hausse sera inévitable dans le contexte de risque terrorisme où se trouve notre pays par rapport à celui du lancement du projet de candidature. »

« La force de notre candidature, c’est que 95 % des infrastructures sont prêtes ou temporaires, souligne un membre de Paris 2024. On a une piscine à construire dont le prix peut varier mais dans des ordres de grandeur pas aussi importants que si on avait huit salles. Le risque existe mais il est limité. »

Comment Paris veut-il le rentabiliser ?

Pour faire passer la pilule et éviter de se retrouver avec une fronde populaire qui a fait capoter la candidature de Boston – remplacé par Los Angeles — ou Hambourg, Paris a rapidement axé son discours sur les retombées économiques éventuelles. En juin, le comité de candidature a présenté un rapport montrant que la France ramasserait entre 5 et 11 milliards d’euros dans l’affaire.

L'étude du CDES chiffrant les possibles retombées économiques pour Paris 2024.
L'étude du CDES chiffrant les possibles retombées économiques pour Paris 2024. - CDES

Paris 2024 met aussi en avant la construction de cinq mille logements, grâce au village olympique et celui des médias, pour une petite couronne en manque d’immobilier et la création de 119.000 à 247.000 emplois. Bref, la communication est mise autour de l’impact sur le long terme.

« C’est délicat de chiffrer les retombées car c’est souvent optimiste et peu vérifiable, estime Emmanuel Frot. Si on regarde les études réalisées post JO, on voit souvent que les retombées positives sont rares. On parle du tourisme, mais c’est difficile d’estimer les visiteurs qui sont directement imputables à l’organisation des Jeux. »