Euro 2016 : Les questions qui entourent les débordements de Marseille et Nice

SECURITE Les altercations entre supporters à Marseille et à Nice remettent au goût du jour le débat de la sécurité dans les stades de l’Euro 2016…

W.P.

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Affrontements entre supporters et policiers, à Marseille.

Affrontements entre supporters et policiers, à Marseille. — Darko Bandic/AP/SIPA

La journée de samedi a été marquée par des affrontements entre supporters russes et anglais à Marseille et impliquant des Nord-Irlandais à Nice, entraînant une vague d’interrogations à propos de l’encadrement des supporters tout au long de l’Euro 2016. 20 Minutes fait le point sur les questions soulevées par les événements de Nice et Marseille.

  • La consommation d’alcool va-t-elle être interdite ?

La vente d’alcool a été encadrée dans plusieurs villes hôtes de l’Euro 2016, comme à Bordeaux, où il est interdit de consommer des alcools forts (supérieur à 20 %) après 20h ou à Lens, où l’alcool est banni pendant 24 heures les jours de matchs. En revanche, la bière coule à flots à l’intérieur des fan-zones. Inacceptable pour beaucoup, cette contradiction s’explique par le fait que Carlsberg sponsorise la compétition, et que l’UEFA dirige ces enclaves. Le Brésil avait été confronté au même genre de polémique en 2014, quand la marque de bière Budweiser, et la FIFA, avaient obligé l’Etat fédéral à adopter une législation exceptionnelle pour l’occasion.

Les affrontements de Marseille poussent néanmoins le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Pierre-Henry Brandet, à envisager une interdiction de la vente d’alcool autour des stades, même si c’est une décision qui revient aux municipalités des villes hôtes. Eric Ciotti a quant à lui renvoyé la balle dans le camp du gouvernement. « La vente d’alcool à emporter doit être interdite les jours de match dans les villes hôtes et dans les fan-zones, ainsi que sa consommation dans certains périmètres à risque. »

 

  • Comment les Russes et les Anglais se sont retrouvés ensemble au Stade Vélodrome ?

L’UEFA est seule garante de la sécurité à l’intérieur des stades accueillant les matchs de l’Euro. C’est donc l’instance européenne qui doit répondre des incidents du Vélodrome, samedi soir. Des supporters russes ont atteint des Anglais, qui partageaient la même tribune qu’eux, en leur envoyant des projectiles, avant de charger leurs victimes qui se sont empressées de changer de tribune. Comment, alors que les parcages sont largement démocratisés dans un football moderne où l’on ne mélange plus les supporters, Russes et Anglais ont pu suivre le match aussi près les uns des autres, uniquement séparés par quelques agents de sécurité ? L’UEFA a reconnu dimanche « des problèmes de séparation » sans apporter plus de précisions.

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  • Les supporters impliqués dans les échauffourées étaient-ils des hooligans connus ?

Afin de réduire le risque d’affrontements comme ceux qui ont été observés samedi, les autorités françaises se sont renseignées auprès des pays européens, dont le Royaume-Uni, auprès desquels la France a obtenu le retrait du passeport de 2.000 interdits de stades et/ou personnes connues des autorités britanniques, et 3.000 sur le reste de l’Europe. Les épisodes de Nice et Marseille ont mis en scène des personnes pour la plupart inconnues des services de police étrangers, d’où le fait que « la France n’a pas pu prendre d’interdictions d’entrée sur le territoire à leur encontre » selon Pierre-Henry Brandet, cité par l’AFP. Est-ce suffisant pour affirmer qu’il n’y a aucun hooligan sur le sol français ? Non, car la France est dépendante de la politique interne de chaque nation européenne envers ses supporters.

  • Qui sont les spotters et à quoi servent-ils ?

Pour repérer les éventuels trouble-fêtes, la France a fait appel à des spotters, ou guetteurs, en provenance des différents pays européens, principalement ceux participant à l’Euro 2016. Leur rôle préventif est remis en cause depuis les épisodes de samedi, tout autant que leur nombre (192), nettement inférieur aux presque 600 policiers étrangers présents en Allemagne à l’occasion du Mondial 2006. L’Angleterre ne compte, à l’instar des autres pays, que huit guetteurs pour l'Euro, là où elle en avait plus de 70 en Allemagne.

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  • La police française est-elle préparée à gérer un tel flux de supporters ?

Enfin, la dernière grande question soulevée par les heurts entre supporters russes et anglais concerne la gestion du supportérisme en France. Invité sur le plateau de France Info le 8 juin, le sociologue Nicolas Hourcade expliquait notamment que le fait d’anticiper les matchs difficiles du championnat de France à coups d’interdictions de déplacement des fans tout au long de l’année faisait qu’« il n’y a pas de routine et d’habitude de travail » chez les policiers, alors que la gestion des flux de supporters est un exercice relativement périlleux. Le sociologue avait alors illustré son propos en citant la finale de la Coupe de France entre PSG et OM : « On s’en est aperçu […], le dispositif n’était pas bien dimensionné. » Reste à savoir ce qu’il en est réellement du dispositif des villes hôtes de l’Euro…