David Bellion, ici à Paris le 23 octobre 2014, évolue désormais au Red Star.
David Bellion, ici à Paris le 23 octobre 2014, évolue désormais au Red Star. - R.Baheux/20 Minutes

Il raconte ses meilleures tables parisiennes, évoque le charme des monuments de la capitale et ses promenades en scooter le long des berges de la Seine. Depuis cet été et son arrivée au Red Star (National), David Bellion profite pleinement de sa nouvelle vie. Après Manchester United et un long passage à Bordeaux (2007-2014), l’attaquant a choisi la troisième division française comme nouvelle horizon à 31 ans. Sans aucun regret.

En fin de contrat, Bordeaux vous a laissé partir cet été. Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre un club de National?

J’avais des touches pour évoluer dans des clubs hiérarchiquement supérieurs mais je voulais vivre à Paris ou à New York. Sans exagérer, j’aurais arrêté ma carrière si ça ne ça s’était pas fait avec le Red Star. Pendant ma carrière, j’ai refusé des sommes énormes pour aller jouer dans des clubs du Golfe. Ça ne m’intéresse pas, je vis ce genre de choix comme un gamin et là, j’ai été séduit par le projet et ce qui émane de ce club.

Vous avez pourtant failli rejoindre les Etats-Unis il y a un an. Pourquoi cela ne s’est pas fait?

J’ai été m’entraîner avec le New York Cosmos et je devais m’y engager mais les conditions n’étaient pas celles prévues avec mon agent. J’ai fait deux entraînements, dont un test ouvert avec des joueurs qui n’avait jamais joué en club, puis un match amical contre une équipe de cinquième division d’un quartier grec de New York. On a joué dans une sorte de champ un peu ouvert et il y avait un bout de béton sur un coin du terrain. Je ne le sentais pas donc j'ai décidé de rentrer à Bordeaux. Personnellement, j'ai aussi dû gérer le cancer du poumon de mon beau-père, qui est décédé en février. Avec ma femme, on a géré ça comme on pouvait entre la France et l'Angleterre, où il résidait. Ca a été une période compliquée de ma vie, je n'étais pas bien à l'entraînement. Je suis allé au bout de mon contrat puis j'ai rejoint le Red Star qui m'avait contacté pendant la saison.

Depuis votre arrivée au Red Star, votre vie précédente ne vous manque pas?

J’ai mis un frein à ma carrière de manière radicale mais je ne recherche pas la gloire des hommes. Je me fiche de savoir ce que les gens peuvent passer de ma vie le soir chez eux. Gratter un club de Ligue 1 à tout prix pour dire à tout prix "moi je joue dans l’élite" et me pointer à l’entraînement dans ma petite voiture ne m’intéressait pas. La Ligue 1 a un côté ronronnant, il faut rester diplomate et ça endort tout le monde. Une semaine avant un match, c’est toujours la même chose. Tout le monde n’est pas heureux dans ce championnat, moi je le suis.

Financièrement, vous y perdez pourtant….

Il a fallu faire des sacrifices. Dans la vie, tout le monde essaie d’aller au plus haut, moi je n’ai pas voulu aller au plus bas. Je n’ai pas mis ma famille en danger mais je me suis débarrassé des choses dont je n’avais pas besoin. J’ai une vie avec moins d’étoiles mais je regarde en bas et je me dis que j’ai de quoi manger. Un moment donné, on m’a même demandé si j’étais sûr de faire ce choix. Vous savez, c’est comme quelqu’un qui est avocat et qui du jour au lendemain quitte tout pour devenir comédien.

Vous découvrez une autre réalité du football…

Il faut s’adapter. Ça ne sert à rien de se dire «avant, je dormais dans tel hôtel». Je n'ai pas exigé que quelqu'un me frotte les godasses pour venir. C’est un milieu qui me ressemble plus. En Ligue 1, tu es déconnecté de la réalité même quand tu ne le veux pas. On ne joue pas pour les mêmes sommes ni pour les mêmes raisons. Il y a des joueurs qui profitent de la prime de victoire pour payer plus facilement leur loyer ou emmener leur épouse au restaurant. Ici, il y a aussi quelque chose de plus brut, comme quand tu pars gamin joueur avec ton sac sur le dos. Les supporters t’encouragent tout le temps. Tu prends un but, ils applaudissent, tu marques, ils applaudissent. On se croirait en Angleterre.

On est accueilli comment sur les pelouses de National en tant qu’ex-joueur de Ligue 1?

Au Red Star, on m’a bien reçu. Quand tu arrives, tu sais que tu vas être catalogué et que certains vont se demander ce que tu fais là et combien tu touches. J’ai pris quelques coups sur les premiers matchs. Parfois, j’ai droit à un marquage individuel pendant tout le match. J’ai pris quelques tampons mais je m’adapte. J’entends quelques remarques dans le public mais ça reste gentillet. De toute façon, je ne suis pas venu là pour pleurer.

Comment voyez-vous votre avenir?

A mon avis, le Red Star sera mon dernier club. Ici, je suis comblé. J’ai mon skateboard, mon scooter, l’école de mes enfants est à côté et ma femme partage cette vision de la vie. Quand je vais à l’entraînement en passant par les quais de Seine et que je regarde les monuments qui m'entourent, je me dis que je suis heureux.

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