Jean Alesi: «Aujourd'hui la F1 me plaît parce qu'il y a un grand suspense»
INTERVIEW•L'ancien pilote Ferrari est toujours aussi passionné de son sport...Romain Scotto
Douze ans après sa retraite, Jean Alesi n’a toujours pas quitté le monde des Grands Prix. Commentateur pour la télé italienne (la Rai), capitaine de l’équipe de France (qui chapeaute la formation des pilotes au sein de la fédé) et ambassadeur de Pirelli, l’ex-pilote Ferrari se passionne toujours autant pour la F1. Sans être un adepte du «c’était mieux avant», il se confie avant le Grand Prix de Monaco, dimanche…
Quel regard portez-vous sur la Formule 1 aujourd’hui?
Je ne loupe pas un grand Prix. J’adore toujours cela. Pour Pirelli, je suis ambassadeur de la marque. Dans le football, il y a les directeurs sportifs, des anciens joueurs. Je joue ce rôle dans la F1. Je suis comme un sommelier qui goute un vin. Il sait ce qu’il y a dedans, la façon dont il a été fait. Pour moi, les pneus, c’est la même chose. Mais je ne suis pas quelqu’un qui s’occupe du développement.
Prenez-vous autant de plaisir aujourd’hui en tant qu’observateur?
Quand j’étais jeune, je voyais les anciens pilotes entrer dans un paddock et ils parlaient toujours du passé. Il n’y a rien de plus énervant que ça. Chaque période a sa difficulté. Aujourd’hui la F1 me plaît parce qu’il y a un grand suspense du premier au dernier tour. Le fait que les pneus se dégradent beaucoup apporte une certaine confusion dans chaque course. On ne comprend pas trop. En fin de course, on ne sait pas qui va gagner.
Un pneu qui se dégrade, ce n’est pas l’idéal pour l’image de Pirelli…
Le grand public s’en fout des pneus. Il veut le show. Et le show est de bonne qualité. A l’origine le but était de diminuer les couts. Pour relancer le spectacle, il fallait un pneu qui se dégrade. On pourrait faire un pneu qui fait toute la course. A mon époque, on ne s’arrêtait pas. En 1990 j’ai fait un Grand Prix complet avec les mêmes pneus. Sans m’arrêter. Aujourd’hui, un manufacturier doit respecter un cahier des charges pour que la course soit excitante. Et il le fait très bien.
Le show à tout prix a ses limites quand même…
Oui, à un moment c’est trop. Il faut faire très attention. Du coup, tout le monde s’arrête au même moment et l’aspect dégradation n’existe plus. Mais les voitures sont fiables. Les pilotes font attention quand ils se dépassent.
Comment jugez-vous le début de saison des Français?
Tous les garçons qui sont là sont des anciens de l’équipe de France. Ils ont des voitures plus ou moins compétitives. Je suis fier de les voir. L’autre jour j’étais avec Jean-Eric Vergne à la maison. Je lui parlais de Monaco, de la pression qu’il a en raison de sa malchance depuis le début de l’année. Ils sont là et je pense qu’ils vont s’ancrer dans le milieu. Arriver en F1, c’est bien, mais maintenant, il faut y rester.
Que manque-t-il à Romain Grosjean pour rivaliser son coéquipier Kimi Raikkonen?
Il est dans une situation pas facile. L’année dernière, il y a eu l’épisode de Spa (son accrochage dès le départ). Le monde entier lui est tombé dessus. Il a fini avec une épée de Damoclès sur la tête. Le plus important sur une voiture comme celle-là, c’est d’être libre dans sa tête. Il a redémarré avec Raikkonen qui va très vite. Ce n’est pas facile. Romain, c’est encore un peu un débutant. Il lui manque la confiance et l’expérience. C’est un gros potentiel qu’il n’exploite pas à 100%. il ne lui manque qu’une victoire. S’il gagne, la pression va retomber.
Qui sera champion du monde?
Soit une voiture rouge ((Ferrari), celle d’Alonso. Soit encore une RedBull. Le mieux armé c’est Vettel qui travaille avec Newey. Pour moi, c’est le magicien. Mais je reste un fan de Ferrari alors quand je vois la Scuderia gagner, ça me fait toujours plaisir.



















