Les compléments alimentaires sont utilisés pour la musculation notamment.
Les compléments alimentaires sont utilisés pour la musculation notamment. - S. Shalash / Reuters

Romain Scotto

A l'origine, Felipe Contepomi s'est rendu au Sénat pour évoquer les pratiques dopantes dans le rugby professionnel. Avec sa double casquette de joueur et de médecin, l'international argentin a évoqué un autre fléau : l'usage abusif de compléments alimentaires. «Moi, je suis de la vieille école. Je ne prends pas de»supplémentations«et je n'en ai jamais pris. Mais dans les clubs, les joueurs en prennent sans se demander ce qu'il y a dedans.»

Selon lui, 89 % des jeunes rugbymen en consommeraient au quotidien. Son inquiétude concerne les effets à long terme de ces produits. «Il y a beaucoup de risques pour la santé. On n'a pas vu ce que cela procure sur la durée, s'alarme le joueur-médecin. Certains prennent deux, trois produits dans la journée. Dès qu'ils entendent qu'il y en a un nouveau, ils l'essaient.» Minéraux, protéines, acides aminés, vitamines, antioxydants, produits ergogéniques, tout y passe.

Sur la santé des sportifs, les risques seraient multiples, selon Estelle Peyen, diététicienne auprès de plusieurs boxeurs pros. Avec ces compléments, beaucoup excluent de leur alimentation d'autres nutriments essentiels comme les lipides. «Il y a des apports minimums nécessaires pour les acides gras essentiels, dans la prévention des maladies cardio-vasculaires, les fonctions cognitives… Sans entrevoir l'ombre des pathologies, on peut aussi observer de la constipation.»

Des cas de dopage


En juin 2009, la Société française de nutrition du sport (SFNS) a aussi publié un rapport sur le risque de pollution de ces compléments. Derrière un étiquetage très rassurant se cachent des anabolisants ou stéroïdes. Le spécialiste du 400 m haies Naman Keita en a fait la découverte en 2007 en ingérant un complément pollué à la testostérone. Deux ans de suspension. Par précaution, Estelle Peyen ne propose donc jamais ce type de produits à ses boxeurs. La spécialiste part d'un principe simple : «On arrive tout à fait à avoir des résultats avec des aliments courants. Si certains revoient leur schéma nutritionnel quotidien, c'est déjà beaucoup.» Felipe Contepomi confirme que c'est la «fainéantise» du sportif qui pousse les préparateurs à compléter leur alimentation. Pour éviter tout risque à long terme, un petit retour aux fourneaux s'impose.