Romain Scotto

Parce que tous les skippers ne terminent pas la course avec des guenilles, la barbe du Père Fouras, un bateau aussi sale qu’une décharge, voici les règles d’hygiène en mer sur un 60 pieds…

Laver le bateau pour soigner sa monture. Quand on mange, dort et travaille dans un cocon pendant trois mois, mieux vaut tenir son bateau en bon état. Avec du liquide vaisselle ou de l’eau de javel, les skippers prennent régulièrement le temps de nettoyer leur embarcation. Pour Arnaud Boissières, le lavage intégral a lieu tous les dimanches. «C’est un rituel capital, indique Yann Elies, victime d’une fracture du fémur il y a quatre ans. A l’intérieur, il faut que tout soit à sa place. Tout le matériel embarqué bouge beaucoup. Ça se déplace de gauche à droite, d’avant en arrière. Il faut aussi éviter de faire entrer de l’eau à l’intérieur.» Ne serait-ce que pour déceler d’éventuelles voies d’eau.

Les lessives, pour éviter les allergies. L’océan est le seul endroit de la planète où certains rêvent du bourdonnement d’une machine à laver. «Porter une polaire propre, c’est le bonheur», explique Catherine Chabaud, deux Vendée Globe au compteur. Pendant la course, certains se permettent de faire des lessives quand une paire de chaussettes ou un caleçon manque à l’appel. Il y a quatre ans, Yann Elies avait embarqué dix sous-vêtements, ce qui lui permettait d’en changer toutes les semaines. «En fait, l’ennemi du marin c’est l’humidité. Il faut des vêtements qui respirent.» Dans le cas contraire, les navigateurs s’exposent à des allergies.

La toilette, essentielle pour durer. A chacun ses premiers réflexes au réveil. Pour Tanguy de Lamotte, le brossage de dents n’attend pas. «Même en pleine nuit quand je me lève, je me lave les dents.» Le minimum vital pour tout skipper du Vendée. Les plus soigneux vont jusqu’à prendre quelques douches sur le pont quand le temps le permet. Pour cela, un seau d’eau de mer suffit. Le rinçage peut se faire à l’eau douce (un demi-litre). «Parfois on voit arriver un grain, on commence à prendre la douche sur le pont et le grain passe trop vite, on n’a pas le temps de se rincer…» raconte Chabaud. Dans les mers du sud, le froid contraint les skippers à se laver avec des lingettes. Sans cela, certains s’exposent aux risques de mycoses ou de boutons sous les fesses en restant assis à la barre. Dans ce cas-là, Catherine Chabaud sort son arme fatale: «Je mettais du Mytosil, une crème qui sent l’huile de foie de morue.» Au contact du ciré et du sel, les mains et le cou sont aussi très exposés aux risques d’irritation.

Les besoins, dans un seau et par-dessus bord. Le seau, le meilleur ami du matelot. Les bateaux ne possédant pas de toilettes, mieux vaut éviter de se pencher par-dessus bord pour faire ses besoins. Florence Arthaud l’a payé cher il y a quelques mois en tombant à l’eau alors qu’elle tentait d’uriner. Une vieille légende raconte qu'un noyé sur deux est retrouvé la braguette ouverte. La plupart des marins se réfugient donc à l’intérieur du cockpit pour faire leur affaire. A l’abri, ils se contentent d’un seau et un sachet bio dégradable. Arnaud Boissières préfère pourtant se soulager sur le pont: «Je fais ça à l’extérieur, au milieu du bateau. Pour le caca, je prends un seau et je le jette à l’eau.» Le seul dégazage autorisé en pleine mer.

Les poubelles, au fond du cockpit ou à la mer. Il y a encore quelques années, certains skippeurs brûlaient leurs déchets sur le bateau. Désormais, la plupart embarquent avec deux poubelles. «L’une réservée aux déchets bio dégradables qu’on jette à l’eau et l’autre pour les déchets non dégradables, stockée à l’avant du bateau», enchaîne Eliès. Dans un emplacement totalement étanche, les odeurs ne se propagent pas. Celles des pieds et des aisselles suffisent largement.