L'immeuble de la rue Gabriel Péri, à Saint-Denis, où un incendie a fait deux morts dans la nuit de samedi à dimanche 9 septembre 2012
L'immeuble de la rue Gabriel Péri, à Saint-Denis, où un incendie a fait deux morts dans la nuit de samedi à dimanche 9 septembre 2012 - A. GELEBART / 20 MINUTES

Oihana Gabriel

«Il n’y a même plus de toit!», s’exclame un petit garçon devant les décombres de l’immeuble qui a brûlé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Ce dimanche matin, à deux pas du marché, des voisins, des amis et quelques curieux venaient voir les pompiers encore à l’œuvre après le désastre de la nuit: à 1h30, un incendie, dont l’origine n’est pas encore déterminée, s’est déclaré dans cet immeuble insalubre de la rue Gabriel-Péri. Deux personnes sont mortes au cours de ce sinistre qui a fait aussi 16 blessés dont quatre – parmi lesquels un pompier - sont dans un état grave.

«J’ai été réveillé par des cris, raconte Belhaj, qui vivait dans un appartement donnant sur la cour de cet immeuble ravagé. Je me suis dit que c’était peut-être des bagarres. Ensuite, j’ai vu les voisins en panique. Depuis la cour, on voyait le feu envahir le couloir. Comme on était bloqués, on est passés par derrière: avec une échelle, on est entrés par la fenêtre dans un bâtiment voisin. On a vu des habitants passer de balcon en balcon pour s’échapper, des gens sauter depuis les étages et les voisins apporter des matelas pour les réceptionner.»

Une cinquantaine de personnes d’origine maghrébine ou du sud de l’Afrique, dont beaucoup de squatteurs, vivaient dans cet immeuble. Deux corps carbonisés ont été retirés des décombres dimanche vers 8h.

«On va faire comment sans vêtement, sans maison, sans rien?»

Imed Sleimi, un Tunisien arrivé dans ce bâtiment sans eau courante depuis trois ans, a, lui, décider de sauter depuis le troisième étage. Il relate sa nuit cauchemardesque durant laquelle, accompagné de cinq compatriotes qui vivaient avec lui, ils ont sauté par la fenêtre sur les matelas. Ses amis sont encore à l’hôpital, avec les jambes brisées. Lui s’en sort avec des blessures légères aux orteils. «Dieu soit loué!», soufflent des voisins attroupés. «On va faire comment maintenant sans vêtement, sans maison, sans rien?, s’interroge Imed. Même mes papiers sont restés là haut et tout a brûlé dans ma chambre.»

Fayçal a été un des premiers à arriver sur les lieux. Il connaît bien les squatteurs de l’immeuble, qui vont se doucher et prendre de l’eau potable dans le local de son association Tawhid. «J’ai vu une femme sauter du premier étage avec son bébé, un jeune homme s’accrocher à une gouttière, et tomber avec, s’émeut Fayçal, qui sort de cette nuit blanche agacé par l’inaction de la mairie. On voit en plein cœur de Saint-Denis des choses dignes du tiers monde. La mairie doit assumer ses responsabilités. En attendant des décisions judiciaires, ce sont des familles qui sont en danger.»

Car cet immeuble accueillait beaucoup de sans-papiers arrivés de Lampedusa, selon lui, mais aussi de nombreuses de familles. Laouar, sa femme, son fils de 3 ans et son bébé de un mois sont revenus sur les lieux du drame pour savoir s’ils pourront récupérer quelques affaires et où ils pourront dormir ce soir. «Les pompiers ont récupéré les enfants grâce aux échelles, se remémore Laouar. Tout a brulé… Des voisins nous ont prêté quelques vêtements car les nôtres étaient mouillés.»  

Attaque contre les marchands de sommeil

De son côté, la mairie rappelle qu’elle venait d'entreprendre des travaux d'urgence sur le système électrique, la façade, les conduits de cheminée obstrués et la consolidation des planchers. Et que le propriétaire ne répondait pas aux mises en demeure administratives. Stéphane Peu, l'adjoint au maire chargé de l'urbanisme dans cette mairie communiste, est venu à la rencontre des habitants. Il a souligné la responsabilité des marchands de sommeil et de leur «business de la misère». «Des squatteurs payent 40 € le m2. C’est le prix du marché sur le Champs de Mars! Ici, il n’y a même pas d’eau courante», s’insurge l’élu.

Cécile Duflot promet que les sinistrés seront relogés

La venue de Cécile Duflot (EELV), ministre du Logement, a donné un peu d’espoir à ces habitants qui dénoncent les marchands de sommeil et les nombreux immeubles abandonnés en passe de tomber en lambeaux dans ce quartier. «Une ministre qui se déplace, avec tout son cabinet, c’est rassurant», admet Fayçal. La ministre s’est engagée à ce que les rescapés soient relogés avant ce soir. «Cet événement renforce la détermination du gouvernement et la mienne de considérer que le logement est un bien de première nécessité et qu'on ne peut accepter que des gens vivent dans des situations aussi périlleuses, au risque de leur vie», a souligné la ministre du Logement.