Un médecin transporte des glaçons afin de soulager des personnes souffrant d'hyperthermie, le 13 août 2003 à l'hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne).
Un médecin transporte des glaçons afin de soulager des personnes souffrant d'hyperthermie, le 13 août 2003 à l'hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé (Val-de-Marne). - T.COEX / AFP

Corentin Chauvel

L’été est régulièrement une période creuse pour l’actualité. Une saison où les sujets sur les vacances et la météo se partagent la une des médias. Mais parfois, les événements diplomatiques, culturels, criminels ou climatiques, se bousculent pendant cette seule période estivale, voire au-delà, et marquent à jamais l’histoire. 20 Minutes revient sur cinq étés marquants des cent dernières années.

Pour conclure notre série, nous revenons en France, à une époque beaucoup plus récente. Lors de l’été 2003, c’est un phénomène naturel, le climat, qui va défrayer la chronique et causer une véritable catastrophe sanitaire en France. Si le pays a déjà connu de sévères canicules ces cinquante dernières années (1976 et 1983), jamais le bilan de surmortalité lié à la chaleur n’a été aussi élevé: 15.000 morts (dont la moitié âgée de plus de 85 ans) contre 4.700 en 1983.

L’été «le plus chaud jamais observé depuis 1950»

Le drame climatique dure environ deux semaines, les quinze premiers jours d’août, soit une durée «exceptionnelle» pour un épisode caniculaire, selon Météo-France. Cette durée, alliée à une intensité (entre 35 et 40 degrés) et une extension géographique (toute la France est touchée) remarquables, font de l’été 2003 «le plus chaud jamais observé depuis 1950».

Sur le terrain, la situation sanitaire se dégrade très rapidement, notamment en Ile-de-France et dans la région Centre. Devant l’afflux de personnes âgées déshydratées dans les hôpitaux, les lits viennent à manquer, tout comme le personnel. Le 6 août, le président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, Patrick Pelloux, s’alarme devant l’ampleur du phénomène, demandant une intervention des pouvoirs publics.

Hôpitaux, forces de l’ordre, pompes funèbres débordés

Sauf que pour le ministère de la Santé, la situation est «normale», et pour la Direction générale de la Santé (DGS), cette surmortalité est tout à fait «naturelle». L’engrenage se poursuit alors les jours suivants, jusqu’à la mi-août. Policiers et pompiers sont sur le pied de guerre, enchaînant les découvertes de personnes âgées décédées chez elles. A Paris, on enregistre jusqu’à 50 décès par semaine et par arrondissement contre trois en période normale. Et ce sont ensuite les pompes funèbres qui se retrouvent débordées, obligées de placer des corps dans des tentes réfrigérées en attendant qu’ils puissent être enterrés.

Le 13 août, soit une dizaine de jours après le début de l’épisode caniculaire, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a écourté ses vacances et lance le «Plan blanc». Ce plan d’urgence apporte enfin un véritable soutien dans les hôpitaux avec des mesures d’urgence et permet une régression rapide de la surmortalité jusqu’à la fin de la situation climatique.

Le gouvernement sourd aux critiques

A la fin de l’épisode meurtrier, le gouvernement rejette les critiques. «Nous avons réagi dès qu’il fallait le faire, je n’ai aucun regret», affirme le ministre de la Santé, Jean-François Mattéi, qui décline toute responsabilité. La responsabilité est placée sur les autres services de santé, telle que la DGS, qui ne lui aurait pas transmis les informations nécessaires. Outré, Lucien Abenhaïm, directeur de la DGS, démissionne le 18 août. Il publiera en novembre un livre dans lequel il accuse Jean-François Mattéi d’avoir fait de lui un bouc émissaire livré à la «vindicte publique».

Pourtant, début septembre, un rapport d’experts, suivi d’une mission parlementaire, vient plutôt conforter la position défendue par le ministre de la Santé, soulignant «un manque d’anticipation, d’organisation et de coordination de tous les acteurs du système sanitaire». La leçon de cet événement spectaculaire sera retenue dès l’année suivante avec la mise en place d’un véritable système de veille sanitaire et d’alerte se traduisant par l’application automatique d’un plan canicule durant tout l’été et ce, dès le 1er juin. Cela contribuera notamment à contrôler beaucoup efficacement la canicule suivante de 2006.