C'est sur des sites Internet tels que Leboncoin.fr, que des lycéens ont décidé de revendre des ordinateurs offerts par la Région Languedoc Roussilon
C'est sur des sites Internet tels que Leboncoin.fr, que des lycéens ont décidé de revendre des ordinateurs offerts par la Région Languedoc Roussilon - VALINCO/SIPA

Mathieu Gruel

«C'est comme si l'État m'avait fait un don.» Contacté par 20 Minutes, Cédric*, lycéen de terminale, a décidé comme plusieurs de ses copains, de revendre sur Internet l'ordinateur mis à disposition en début d'année dernière par la région Languedoc Roussillon, dans le cadre de l'opération LoRdi.

Et même s'il reconnaît que c'est «un peu bizarre de faire ça», il explique que l'ordinateur ne lui était d'aucune utilité. «Il est super, mais il n'a pas de lecteur DVD. Je vais donc le vendre et en racheter un autre.» La vente de son LoRdi va ainsi lui rapporter 250 euros et faire un deuxième heureux. L'acquéreur, un étudiant de 25 ans, s’est en effet dit «très intéressé» par la transaction.

Contribuables mécontents

Vincent, élève de terminale, a lui aussi décidé de se séparer de sa machine. «Ça va faire des p'tits sous pour aller en boîte», plaisante le jeune homme. «De toute façon, personne ne l'emmenait au lycée. Certains avaient même peur de se le faire voler.» Lui, va se faire 220 euros d’argent de poche avec cette vente. En plus, «J'en avais déjà un ordi…», détaille-t-il. «Et puis c'était un don.»

Sauf que le Conseil régional avait posé certaines conditions au moment d'équiper les 32.000 lycéens de la région Languedoc-Roussillon. «Les élèves et les parents ont dû signer une convention, dans laquelle ils s'engageaient notamment à ne pas le vendre», précise-t-on du côté de la région.

Certains contribuables locaux n’apprécient pas non plus la démarche de ces jeunes lycéens. «Les gens ont vu mon annonce sur Internet et m’ont appelé. Certains pour me dire que je devais avoir honte. Qu’ils payaient des impôts pour nous permettre d’avoir ces ordis et qu’il était anormal que je le revende…» explique Cédric, qui reconnaît avoir reçu une vingtaine de messages de la sorte.

Des poursuites envisagées

Très mécontent lui aussi, le président de la région, Christian Bourquin, a prévenu dans Midi Libre que «LoRdi est la continuité de notre démarche sur les livres scolaires. Mais il y a toujours des travers, contre lesquels il faut lutter, notamment en engageant des poursuites...»

Contacté par 20 Minutes, la région précise ainsi qu’elle va «étudier les  cas recensés», avant d’envisager d’éventuelles poursuites. Elle relativise également l’ampleur du phénomène: «Il s’agit de vingt à trente jeunes, sur les 32.000 élèves équipés. Il y a toujours des écarts et on les regrette, mais nous restons confiants dans la jeunesse.»

Favoriser l’usage du numérique

A l’origine, LorDi était une promesse de campagne lors des élections régionales. Sa mise en place à la rentrée scolaire 2011 visait à permettre l'enseignement pendant le temps scolaire au lycée, ainsi qu’une utilisation en dehors de l’établissement pour le travail personnel ou les activités ludiques. «Sauf qu’on a dû s'en servir une seule fois en cours pendant l'année», a détaillé à 20 Minutes l’un des jeunes lycéens interrogé. «Bien sûr, il y a encore du travail à fournir, pour coordonner notre action avec celle du rectorat», expliquait-on ce vendredi du côté de la région.

L’Académie de Toulouse (Haute-Garonne) annonçait d’ailleurs, dans l’édition de juin de la lettre du recteur, qu’un groupe allait être constitué pour aborder la problématique «LoRdi». «C’est vrai que certains professeurs ont du mal à s’y mettre», confessait-on également du côté du Conseil régional. Malgré tout, la volonté de favoriser l’usage du numérique en Languedoc-Roussillon reste de mise.

(*) Les prénoms ont été modifiés