Roms: «Ces mesurettes de façade sont insuffisantes»

Publié le 23 août 2012.

INTERVIEW - Saimir Mile, président de l'association la Voix des Roms, estime que les décisions du gouvernement pour faciliter l'accès au travail pour les Roms sont insuffisantes...

Le gouvernement a annoncé ce mercredi qu’il allait supprimer la taxe pesant sur les employeurs des Roms et élargir la liste des métiers auxquels ils peuvent prétendre, ces mesures peuvent-elles changer le quotidien des Roms?

Il faut attendre pour en être sûr mais a priori, non. Ces mesurettes de façades sont insuffisantes. D’une part, beaucoup de ces personnes dans les camps vivent en France depuis des années. Ils ont dû s’adapter et trouver des activités pour survivre en vendant de la ferraille, des fleurs, des journaux… Cela ne sera pas évident de changer d’activité même si certains le souhaitent.

On a supprimé la taxe pour les employeurs, c’est une avancée. Mais on n’a pas parlé de la longueur du traitement des dossiers qui prennent entre trois mois et un an. Une entreprise ne va pas attendre six mois pour employer un maçon. Il faudrait augmenter les embauches du personnel dans les préfectures débordées. Ou supprimer l’obligation d’une autorisation de travail qui concerne les Bulgares et les Roumains pour une vraie égalité avec les autres Européens. J’attends du gouvernement autre chose que des gestes. Mais une politique cohérente pour les Roms.

Dans le même temps, les évacuations de camps roms se poursuivent…

Il y a des décisions de justice qui doivent être exécutées. Monsieur Valls n’est pas huissier de justice mais ministre de l’Intérieur. Il ne devrait pas se réfugier derrière la justification de décisions de justice mais honorer sa fonction de ministre. Notamment en demandant à la police de traquer les actes de discrimination raciale dont les Roms sont victimes. Certains ne peuvent plus rentrer dans un supermarché. Dire que la présence de Roms cause des tensions avec les habitants est irrespectueux et irresponsable.

Le Parisien sort aujourd’hui des chiffres alarmants sur la délinquance des Roms qui a explosé, comment lutter contre cette délinquance?

Je conteste ces statistiques. D’une part parce qu’il y a un problème d’identification. Il existe une expression policière «de type gitan», stéréotype qui ressemble au «type juif». A plusieurs reprises, on m’a sollicité pour traduire en roumain lors d’interpellations de mineurs… serbes ou croates qui n’ont aucun lien avec la Roumanie.

D’autre part, il y a eu des directives de la police à Paris pour qu’elle arrête en priorité des Roumains notamment mineurs. Cela fausse les chiffres. J’ai vu des Roumains arrêtés pour souillure de la voie publique par jet de pierre. Comme trouble à l’ordre public, on fait mieux.

Je ne suis pas angéliste. Il y a chez les Roms, comme chez tous les peuples, des délinquants. Mais il n’y a pas plus de délinquants chez nous que dans l’ensemble de la population française. Et ce n’est pas moi qui le dit mais Emmanuelle Mignon, conseillère de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2004 lors d’une réunion. Les choses n’ont pas changé depuis.

Un accès au travail facilité peut-il faire diminuer cette délinquance?

Je ne pense pas. La délinquance n’est pas liée à la pauvreté ou à l’exclusion. Et on oublie de parler de discriminations à l’embauche. J’ai deux amis français et gitans qui se sont présentés comme des Pakistanais pour trouver un poste de vigile parce qu’ils sont typés… Un autre originaire d’ex-Yougoslavie, mécanicien, n’a avoué qu’après des années à son patron qu’il était Rom.

La priorité pour améliorer le quotidien des personnes dans les camps touche à la formation de personnes-relais qui feraient le pont entre ces exclus et les instances pour faciliter les démarches pour l’emploi ou le logement par exemple.

A quoi servirait  votre proposition d'un statut-cadre des Roms dans l'Union européenne?

Tout d’abord, il faut arrêter les confusions. Le gouvernement parle de Roms quand il s’agit de populations roumaines et bulgares. En Roumanie, on traite les pauvres de tziganes. En France aussi. Dans les bidonvilles, j’ai rencontré des Turcs, des Bulgares, des Roumains non roms et des Roms non Roumains. La plupart des 500 000 Roms vivant en France environ sont Français. Ce statut-cadre définit une identité des Roms, qui partagent une langue, une culture. On propose des pistes concrètes pour chaque domaine, la santé, le logement, l’éducation afin de faciliter l’intégration. La France serait bien inspirée de promouvoir ce texte au niveau européen.

 

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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