Un Rom dans un camp près de Paris, le 22 août 2012
Un Rom dans un camp près de Paris, le 22 août 2012 - Jacques Brinon/AP/SIPA

Mathieu Gruel

Bien malgré eux, les Roms se sont retrouvés au centre de toutes les attentions ces dernières semaines. Après les démantèlements de camps à Lille (Nord), Lyon (Rhône) ou Paris, qui ont fait jaser à gauche, une réunion interministérielle leur était consacrée ce mercredi, à la demande du collectif Romeurope. Une façon pour Jean-Marc Ayrault de reprendre la main sur ce dossier, et de placer le travail au cœur de l’insertion de cette communauté.

«C’est le point essentiel!» explique Henri Peltier, vice-président régional de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars). Pour lui, «il faut impérativement leur donner la possibilité de travailler». Mais cela était jusqu’à présent rendu difficile par une mesure transitoire.

En France cette restriction, qui vient d’être levée par la ministre du logement Cécile Duflot, signifiait que les Roumains et Bulgares se voyaient appliquer la même règlementation que les étrangers ressortissants de pays tiers à l’Union européenne. L’employeur qui décidait de faire travailler un Roumain ou un Bulgare devait, jusqu’à ce mercredi, se soumettre à un certain nombre de procédures contraignantes et s’acquitter du payement d’une taxe à l’Office français pour l’immigration et l’intégration (OFII). De quoi refroidir les ardeurs d’éventuels employeurs. Et de stopper le processus d’intégration.

Permettre l’insertion

Des solutions pour intégrer les Roms existent pourtant. «Il y a tout d’abord les villages d’insertion, ces petites unités mises en place en 2007, qui permettent à de petits nombres de s’intégrer. Mais il s’agit de solution provisoire», détaille Henri Peltier. Dans le nord, un projet baptisé «Roma», vise également à permettre l’intégration en France, «quand ils le désirent».

Ce projet, créé il y a deux ans et conduit par Aurélien Dierckens, permet la mise en réseau et la coopération transnationale, entre la France et la Roumanie. Le but étant de développer des projets de médiation santé et de permettre l’insertion des Roms migrants dans chacun de ces deux pays. «On part de leur parcours professionnels pour monter des projets de vie avec eux», explique le responsable du projet, pour qui «l’accès au logement reste la priorité pour permettre l’intégration.»

D’abord auto financé, ce projet porté par le Réseau associatif Roma est désormais financé par le Fonds Social Européen (FSE Nord Pas de Calais) et les associations caritatives et sociales, à hauteur de 150.000 euro par an.

«Réelle volonté politique»

Ces solutions, expérimentées dans les Nord où la population de Roms est estimée à quelque 2.000 personnes, pourraient s’étendre à la totalité du territoire, qui en compte environ 15.000. Des initiatives semblables à «Roma» existent d’ailleurs à Lyon, Grenoble, Nantes, ou encore dans le Var. «Il manque juste un organisme qui permette de coordonner toutes ces initiatives», détaille Aurélien Dierckens.

«Des solutions existent pour les intégrer. Il faut simplement qu’il y ait une réelle volonté politique», résume Henri Peltier, pour qui « l’accès au travail et l’accompagnement des enfants vers la scolarité sont donc les priorités », pour permettre l’intégration. Reste la question du démantèlement de camps, «qui fait tomber à l’eau tout le travail d’insertion».